‹ Essay analytique sur l'origine de la langue françaiseChapitre 4 sur 10 · QUATRE · texte numérisé non relu

QUATRE

chonque . . . cinq CINOv

siche cbeie SIX,

scept sept SEPT.

huit hieuetle. . . . HUIT.

neuef niuf NEUF.

diche diez DIX.

^|krtiennent aux romanes et à leurs dialectes soit méridioq 90uleux et soulouz (voy. le GLOSSAIRE- de la langue roni ^<>us les mots des romanes.

(4îent aigu, mais il doit se faire sentir; il. en est de ménl^*

RECUEIL DE MONUMEiNS

DEPUIS SON ORIGINE JUSQu'aU XVII* SIECLE.

Notre savant compatriote, Fabbé Sallier, éditeur,

de YHistoire de S. Louis, par Joinville (Paris,

imp. roy., 1761, in- fol. ) , a dit dans sa préface ,

p, IV : « Ceux qui aiment îes antiquités de notre

« langue aiment aussi à voir ses différons âges dans

« les écrits des siècles différons C'est dans les

« historiens ou dans les écrivains en prose qu'il faut « principalement chercher l'histoire de ses progrès ; « elle s'y trouve plus sûrement que dans les poètes. » Nous avouerons franchement que c'est à ce passage que nous devons l'idée primitive de nous livrer à des recherches sur les monumens de la langue française. Plus nous avons réfléchi sur cet objet, plus nous nous sommes pénétré des avantages que , pour l'histoire et la connaissance parfaite de cette langue ,

et dialectes parles dans les quatre parties du monde, TOcéanie

ne formant qu'un article ayec l'Amérique :

Le nombre des langues et dialectes européens s'élève à 587

Celui des langues et dialectes asiatiques, à • 937

Celui des langues et dialectes africains , à 276

£t celui des langues américaines, à • • 1264

"^064 M. Adelung prétend que la Bible a déjà été traduite en cent

trente neuf langues différentes.

on pourrait retirer de la réunion des divers monumens quelle aurait fournis depuis son origine jusqu'à sa formation complète. En conséquence , parcourant les périodes nébuleuses de sa longue enfance , et celles de son adolescence qui se sont écoulées moins lentement, nous avons recueilli sur notre route environ cent quarante des monumens en question ; et après nous être assuré, autant qu'il a été possible , du temps où ceux qui n'étaient point datés ont paru , nous les avons tous disposés dans Tordre chronologique, afin que leur réunion offrît, à des époques très -rapprochées , le tableau gradué des progrès de la langue pendant l'espace d'environ sept siècles , c'est-à-dire du neuvième au seizième inclusivement.

Pour démontrer toute l'utilité dont un pareil travail est susceptible, il faudrait pouvoir exposer ici la série complète de ces inonumens, et surtout la partie historique et les notes philologiques qui accompagnent chaque pièce. Mais ces détails assez considérables excéderaient de beaucoup les limites imposées ordinairement aux articles dont l'Académie autorise l'insertion dans ses Mémoires. Nous nous bornons donc pour le moment à présenter à la Compagnie de simples extraits d'un petit nombre de monumens (environ trente), pris parmi les cent quarante qiie nous avons recueillis ; et quoique ce nombre soit très-restreint , chaque siècle en offrira plusieurs. Nous regrettons de ne pouvoir accompagner çbaque pièce de son historique et des notes; mais une chose qui nous paraît indisp^sable , c'est d'à-

SEUiME^T PRO?IO>CE PAR tiOnS .

Prc^^^mt^r &c-^2c^\^w lîoWo &nw comtm

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( 45) jouler la traduclion à chaque morceau , dont le texte, le style plus que suranné et la bizarre orthographe ne sont pas familiers à tout le monde. Cela regarde surtout la première pièce dont nous allons parler, et celles qui la suivront immédiatement.

hevtièhie siècle.

SEHMENS DB Charles-le-Chaute, de Louis-Ic-Gcrmanique et de leurs armées respectives ; prêtés à Strasbourg le 16 des kalendes de mars' (c*est*à-dire le mardi-gras, 14 février de] 842(1).

Serment prononcé par Louis.

« Pro Deo amur et pro Christian poblo et nostro commun saluament^ d'ist di in auant, in quant Deus sauir et podir me dunai , si saluarai eo cist meon fradre Karlo, et in adiudha et in cadhuna cosa , si cum ora per dreit son fradra saluar dist , in o quid il mi altresi fazet »

Serment de l'armée gauloise, « Si Lodhuuigs sagrament que son fradre Karlo

(1) Forcé, comme nous Pavons dit plus haut, de nous restreindre à des extraits , nous ne rapportons ici qu^un fragment du serment de Louis et celui de Tarmée gauloise, Tun et i*autrc prononcés en langue romane. Nous commençons par ce morceau , quoique très-connu , parce qu^on Va toujours regardé comme le premier germe, Tembryoo de la langue française. Nous croyons inutile de donner ici des extraits des deux sermens de Charles et de Tarmée germanique eo langue tbéotisque; nous les rapportons tous en grand délail dans notre recueil, avec Thistorique et des traductions ioterlinéaires, accompagnées de notes.

{ 46 ) iurat conseiuat. Et Karlus meos sendra , de suo part non los tanit, si io returnar non lint pois , ne io ne neuls cui eo returnar int pois , in nulla adjudha contra Lodhuwig nun li iver (1) »

Tradcction. Pour Tamour de Dieu et pour le salut du peuple chrétien et le nôtre commun, de ce jour en avant, autant que Dieu me donnera savoir et pouvoir, je défendrai mon frcre Charles ici présent par aide et en toute chose , ainsi qu*oa doit, selon Téquité, défendre son frère, pourvu qu*il agisse de même lu mon égard »

u Si Louis tient le serment qu*il vient de jurer à son frère Charles ; que de son côté Charles mon seigneur ne le tienne pas, et que je ne puisse, ni moi, ni autre, Vy ramener, je ne Taiderai en rien contre Louis. >»

Noia. Nous ajoutons à notre travail le /àc simile dei deux seuls frag-

(1) Nous donnons le texte pur de Nilhard, tel qu*il est dans le manuscrit, à part cependant les mots abrégés, que le défaut de caractères abréviatifs nous oblige de rendre en toutes lettres. Nous observerons ici que le texte de Nithard a été corrigé par M. Thierry; ce savant très-versé dans les langues du moyen âge , ayant remarqué que Nithard , Franc de naissance, avait appliqué à la langue romane, Torthographe de sa propre ^ langue, qui était la théolisque, a crû devoir réparer cette faute involontaire en rétablissant, ainsi quMl suit , le texte selon Torthographe romane :

u Pro Deu amor et pro Christian poble et nostre commuQ

saluament, dest di en auant, en quant Deus sauer et poder me donet , si saluaraieu cest meon fadre Karle et en adjuda et ea caduna cosa , si cum om , pcr dreit , son fradre saluar deit , ea qued il mi altresi faze n

u Si Lodewigs sagrament que son fradre Karle juret , conseruet, et Karles meos senher de soa part non Io tenet. Si ieu retornar non l'ent pois, ne ieu ne nucis que ieu retornar en pois , en nulla adjuda contre F^odewig non li ivrai.

meDs en langue romane que nous rapportons ici , d*après le manuscrit de Nilhard que Ton croit du X* siècle ; mais dans notre recueil , se trouTcra le fac êimile des quatre sermons , diaprés le même manuscrit , savoir celui de Louis-le-Germanique , prononcé en langue romane , pour qu*il fût entendu de Tarm^e gauloise; celui de Charles en langue tbéotisque, pour quMl le fût de Tarmée des Germains ; celui de Tarmée des Germains en langue théotisque ; et celui des Gaulois en langue romane.

DOLIESIE SIECLE.

EXTRAIT des Actes du martyr de saint Etienne, tiré d'un manuscrit de Catien de Tours.

(I Por amor Deu , vos pri saignos barun , Se ce vos tuit , escoler la leçun De saint Esteuue le glorieus Barruo, Escotet la par booe eotention , Qui a ce ior reçu la passion.

Saios Esteuue fu pleins de grant bonteit, Emmen tôt celo qui crcigoent eo Diex Feseit miracle o nom de Dieu mendé As cuotrat et au ces a tôt doua santcit Por ce baïereut aulens li juvé

Trâdvct. Pour Pamour de Dieu, je vous prie, seigneurs barons, Si cela tous convient d*écouter la leçon De saint Etienne le glorieux baron ; Ecoutez- là à bonce intention.

Il a aujourd'hui reçu la passion {la mort).

Saint Etienne fut plein de grande bonté , Gomme tous ceux qui croient en Bieuj Il faisait miracles au nom de Dieu demandés j Aux estropiés , aux aveugles , à tous il rendit la santé. Pour cela si fort le haïrent les Juif^

EXTRAIT d'un Poème sir Ooèce , d'après Tabbé Lcbeuf d*abord, puis d'après M. Raynouard qui a fait un travail beaucoup plus approfondi sur ce poème qu'il juge de la ûa du X*' siècle. Nous suivons le texte du manuscrit sans avoir éQàvd à la coupe des vers :

« Nos iove omne quandius que nos estam de gran foUia pcr folledat parllam quar no nos membra per cui uiuri esperam qui nos soste tan quan per terra annam e qui nos pais que no murem de fam per cui salves mesper pur tan quell clamam.

Nos ioue omne menam ta mal iouent que us non o preza sis trada son parent senor ni par sill mena malament ni lus uel laitré sis fai fais sacrament »

Voici comment les vers sont disposes ; il suffira d'en citer deux :

« Nos ioue omne , quandius que nos estam , De gran foUia per folledat parllam ^ etc. »

Trabuctioit selon la coupe des vers :

Nous jeunes hommes , si longtemps que nous sommes , ^

de grande folie par erreur parlons ,

parce que ne nous souvient par qui vivre espérons,

qui nous soutient, tant que par terre allons,

et qui nous paît afin que ne mourions de faim,

parqui que je me sauvasse jespere en tant que l'invoquons»

Nous jeunes hommes menons si mal jeunesse ; que un ne cela prise, s'il trahit son parent, seigneur, et pair, s'il le mène méchament , Et l'un voile l'autre, s'il fait faux serment

I^oia. Le fac simile que nous empranions à Pouvrage de SI. Raynouard se trouve dans notre recueil.

EXTRAIT d'une traduction du Stmboli attriliué à saint Atbanase.

(( Kikumkes vult salf estre deuant totes choses besoing est quil tienget la comune fei.

Laquele si caskuD entière e neent malmisme ne guarderas 3ans dotance pardurablement perirat.

Iceste est a certes la comune fei que uns deu en trinitet , e la trinitet en nnitet aorums ^ . »

Trad. Quiconque veut être sauvé , ayant toute cbpse doit tenir la commune foi.

Si cbacun ne la garde entière et sans mélange ( altération } , sans aucun doute il périra pour toujours.

Cette commune foi est bien certainement que un Dieu en trinité ( en trois personnes ) et la Trinité en unité (un seul Dieu ) nous adorions

ONZIÈSIE SIÈCLE.

EXTRAIT d'une bulte d'Adalbéron , évéque de Metz (de 928 à 966). Cette bulle en romane porte la date de 940 , mais Tortbograpbe de cette pièce empruntée ^ Borel , nous paraît postérieure k cette date et devoir être placée dans le XI* siècle :

« Bonuis sergens et feaules enioie ti ; car por cen que tu as esteis feaules sus petites coses ie t'aususeray sus grant coses ; entre en la ioye de ton signour »

Trad. Bon serviteur et fidèle, réjouis-toi; car puisque tu as été fidèle sur peu de cboses, je te constituerai sur de grandes ; participe ^ la joie de ton Seigneur

( so )

EXTRAIT d'une traduction des quatre Livres des Rois , tiré d'un très-beau manuscrit en parchemin qui existait jadis dans la bibliothèque des Cordeiiers de Paris.

« Li secunds liures des Rejs.

« Sathanas se esleuad encuntre israel et entichad dauid que il feist anumbred ces de israel è ces de iuda. Et li reis cumandad a ioab ki estait maistre cunestables de la cheualerie le rei , que il en alast par tûtes les lignées de israel dès dan iesque bersabée e anumbrast le pople »

Trad. Satan s'éleva contre Israel, et suggéra à David de faire dénombrer ceux d'Israël et ceux de Juda. Et le Roi commanda à Joab , qui était maître connétable de la cavalerie du Roi, qu'il allât par toutes les familles d'Israël, depuis Dan (près du Liban), jusqu'à Bersabée (vers l'Egypte), et qu'il dénombrât le peuple

Nota, Un foc nmile accompagera le morceau entier.

EXTRAIT des lois d'Angleterre en français, ou plutôt dans le gallo-normand que Guillaume -le- Conquérant introduisit dans la Grande-Bretagne au xi" siècle. Elles ont été pu* bliées en 1070. Ce code est en 71 articles dont les cinquante premiers seulement sont en français. Nous ne donnerons ici que le titre et deux ou trois articles relatifs aux mœurs du temps.

« Ces sont les leis et les custumes que li Reis William grantut a tut le peuple de Engleterre après le conquest de la terre ; iceles itneismcs que le Reis Edward sun cosin tint deuant lui.

y^^. So.

A.7.'<ffAv^^

Attntnhrt ceC de xCvmU é c?f de w ^ da« ^ It ttiT mwandaîî» a \oâ.V Ut cdnt «utftw «MwftaVlcC de ix ct)etulcne le mi'quc il en AUitYAv^tuteC WC Kûjie^ ef de iftael dfCdati teCqtieVtûWér c immWlVle ^»o|>lf« c «^ort«(tf ^ trmOtaiV al tet* U wxiwVtç dxnxx, (teO Iftmdt ^oaV. Datnttc dcu àxvjXcà i ftin ç>oi>le tanx <n\mc ô^e \ ab.c Ctl nwlti^ fl^î i^ttc cent ttitu: t àii- anawt. Otielf weftwtC cft de entremette de tel ôttrer' ittiuClt taC volt q^ttC farte fûft' a uo; lente .

Zif* ti'Autb./.tn. t

( îil )

Art,. I. Co est a saueir, paU a saint ygliso : de quel forfait que home out fait en cet tens , e il pout venir a saint yglise , out pais de vie et de membre. E se alquons meist main en celui qui la mère yglise requireit , se ceo f ust u Euesque , u abbeie , u yglise de religion, rendist ceo que il jauereit pris, e cent sols de forfait , et de mer yglise de paroisse \% sols , et de chappele x sols

Art. XIX. Ki purgist femme per forse, forfait ad les membres. Ki abate femme a terre pur faire lui forse , la multe al seignur x sols , s'il la purgist , forfaît est de membres.

Art. XXXV. Si femme est jugée a mort u a defacum de membres ki seit enceintée , ne faced lum iustice dèsquele sait deliuere.

Art. xxxvii. Si le père truitet sa file en auultéric en sa maisonn, u en la maisonn son gendre, ben li laust oure {ocire) lauultere.

Trab. Ce soDt les lois et les coutumes que le roi Guillaume garantit k tout le peuple d'Angleterre après la conquête du pays. Elles sont les mêmes (que celles] que le roi Edouard, son cousin , fît observer avant lui.

Art. 1. C*est a savoir, paix a sainte Eglise: de quel forfait qu'un borome se soit rendu coupable en ce temps , il peut venir a sainte Eglise, et y aura paix, c'est-à-dire garantie de vie et de membres. Et si quelqu'un met la main ' sur celui qui a requis la mcre sainte Eglise, fut-il évêque, abbé Qu religieux, il rendra celui qu'il aura pris, et cents sols pour le délit; et vingt sols pour la mcre église paroissiale, et dix sols par h chapelle

Art. XIX. Celui qui aura abuse d'uuc femme par violence

sera condamné k la mutilation; s*ii Ta (seulement) jetée à terre pour lui faire violence, la peine sera d'une amende de dix sols, payable au seigneur; s*il Ta violée, peine de la mutilation.

Art. XXXV. Si une femme est condamnée k mort (1) ou k défection de membre (mutilation), et qu'elle soit enceinte, on n'en fera justice qu'âpre qu'elle sera délivrée*

Art. xxxvii. Si un père trouve sa fille commettant un adultère dans sa maison ou dans celle de son gendre, il lui est loisible de tuer l'adultère.

EXTRAIT d'une traduction du livre de Job, tiré d*un manuscrit de l'ancien chapitre de Paris.

« Un hom estoit en la terre us ki out nom Job« Parce est dit u li sainz hom demoroit ke li mérites de sa veitut soit expresseiz. Quar ki ne sachet que us est terre de païens et la paienie fu en. tant plus enloié de \isces ke de n'out la conissance de son faileor »

Trad. Un bomme était dans la terre de H us qui eut nom . Job. Par cela il est dit que, ou le saint homme demeurait le mérite de sa vertu est remarquable; car qui ne sait que Hus est terre de païens, et que le paganisme y est d'autant plus en proie aux vices que nul n'a la connaissance de son Créateur. •••

(1) Cette condamnation à mort est en contradiction avec Tarticle lxvii du même code qui porte suppression de la peine de mort. Cet article est ainsi conçu :

De SUPPLICIORUM MODO, Interdicitnui eiiam ne quiioccidaturvel auipendatur pro aliquâ culpâ; ied eruantur oculi et abscidaniur pedeê, vel teeUculi, vel manus, ita quod truncue remaneai vivui in aignmm proditionia et nequitiœ mœ, Secundum enim quantitatem delicti dehêi pœna maleficii infligi.

DOVZIÈ8IE SIÈCLE.

LES SEPT HEURES de la passion, en vers, pièce extraite d'un manuscrit en parchemin de Tancienne Libiiothëque de saint Victor de Paris.

« lou ai a non H. . . kl le ditier a fait.

Dites dieus me pardoinst de quanque iou ai meffait. Et puis si uous dirai de siet eures ki sunt Plus précieuses dautres et plus a garder sont. A leure de matines fu H consiaus tenus Coument li bias iesus seroit pris et batus.

Asamblé sunt li iuis li grant et li menu »

Trad. J'ai nom H... qui le ditier (récit) ai fait. Priez Dieu qu'il me pardonne tout ce que j'ai fait de mat. Et puis je vous parlerai des sept heures qui sont plus précieuses que les autres qui sont à garder (c'est-à-dire Il observer, à méditer).

A l'heure de matines , on tint conseil ( pour savoir)

comment le beau Jésus serait pris et battu.

Se sont assemblés les Juifs, les grands et les petits (le peu-

pie)

Nota. A ce morceau assez étendu sera joint un fac aimile dans noire recueil.

EXTRAIT d'une lettre de saint Bernard, écrite vers Il 30 à son ami Raimond , chevalier, seigneur du Châtel- Ambroise , sur le gouvernement de sa maison ; tiré du Bù bliotheca bibliothecarum manuscriptorutn nova ^ de Bernard de Montfaucon. Parisiis, 1789, 2 voL in-foL Tom. Il, p. 1384 :

a A gracieus et bien heureis en fortune et richcsce

Raimond cheualier sires dou Chasteil-Âmbroise , Bernard démenés ou temps de villece, salut. Demande! aiz a nos de estr-e ensignez de la cusanson et de la meniere de plus proufitablement governeir les choses et chevances familiaires et coment li peire de la maigniée qui est chief et gouvernour de losteil se doit avoir et maintenir »

Trab. a gracieux et bienheureux en fortune et richesses , Raimond, chevalier seigneur du Châtel-Ambroise, Bernard parvenu au temps de vieillesse , salut. Tu nous a demande de t'instruire du soin et de la manière de gouverner le plus à profit les choses et propriétés particulières, et comment le père de la famille , qui est chef et gouverneur de la maison , doit agir et se maintenir

/Voto. Nous (ioDDons dans notre recueil pinsieurs** sermons de saint Bernard.

L'ORAISON DOMINICALE tirée d'un manuscrit en parchemin de Fancienne bibliothèque de saint Victor à Paris.

« Sire père , qui es es ciaux , saintefiez soit li tuens nous , auigne li tuens règnes , soit faite ta volante , si come ele est faite el ciel , si soit ele faite en terre. Nostre pain de cascun ior nos done hui , et pardone nos nos meffais, si come nos pordonons a ços qui meffait nos ont. Sire ne soffre que nos soions tempté par mauuesse templalion , mes sire deliure nos de mal. »

f^oia. Cette prière est prise dans un sermon dont nous donnons un extrait assez étendu dans noire recueil ; cet extrait sera accompagné d'un foG iimih.

DÉBUT de la vie de sainte Batildc, reine de France. Traduite du latin en romans vers ta fin du xii® siècle.

« Beneois soit nostres sires qui youlroit que cascuns hom fust saus et que cascuns veni a la connissaoche de se mérité, sons nons doit être glorefiés en totes coses. car il fait des petits grans et des fous saiges et des poures riches : si corne nos veons qu'il est aempli en ceste glorieuse Royne me Dame saincte Balthalt de la cui yie nos Tolons un peu parler a lonnor et a la gloire nostre seigneur.

Cheste Dame fut née de Sessoigne et estraite de royal lignie et fu en sa jonece des mcscreans »

Trad. Bénit soit Notre Seigneur qui voudrait que chaque homme fût sauvé et que chacun vînt a la connaissance de sa vérité. Son nom doit être glorifié en toutes choses ; car des petits il fait des grands; des fous, des sages; et des pauvres, des riches. Et, comme nous le voyons, cela s'est accompli à regard de cette glorieuse reine , madame sainte Bathilde , de la yie de laquelle nous voulons un peu parler \ l'honneur et a la gloire de Notre Seigneur.

Cette dame est née en Saxe^ de race royale; dans sa jeunesse elle fut enlevée par des mécréans

EXTRAIT de la vie de saint Ignace , évêque d'Antioche ; tiré d*ua manuscrit en parchemin de l'ancienne bibliothèque de Sorbonne. A la fin de ce manuscrit, on trouve écrit de la même main : ^énno Domini M^ €C®.

« Quant trajanus le vit [l évêque Ignace) si li dist , les tu chou maus deales qui mes comandemens

trespasses, et fais as gens nostre loi déguerpir. Sains ignaces li respondi , nus ne devroit apeler bon crestien dyale , car li deale sont molt loing des sergans dieu; mais porche que iai fait as deales maint ennui et quil me heent , tnas tu apelé diale ; ie ne suis mie diale »

Trad. Quand Trajan le vit , il lui dit : Es-tu ce mauvais diable qui transgresse mes commandemens et fait aux gens abandonner notre loi? Saint Ignace lui répondit i Nul ne devrait appeler diable un bon chrétien , car les diables sont trèsloin des serviteurs de Dieu. Mais parce que j'ai cause maint ennui aux diables et qu'ils me baissent , tu m'a appelé diable , je ne suis point diable

Pfoia, Ce passage plus détaillé sera accompagné du fac simile dans notre recueil.

tlUEIZltSlIE SIÈCLE.

RELATION du supplice de Femperenr Murtzùlphe , raconté par Villehardouin , vers 1212, dans sa C<mquesfB de Constaniinople.

« En cel termine si avint que lempereres Morchuflex qui auoit lez œlz traiz , cil qui auoit murtri son seignor lempereor Alexis le fil lempereor sursac , celuy que li pèlerin auoient amené en la terre senfuyoit oltre le braz coiement et a poi de gent. Et Tierris de Los le sot , cui il fu enseigniez > si le prist et lajnena a lempereor Baudoin en Constantinople ; et lempereor Ëaudoin en fu mult liez et emprist conseil a ses homes quil en feroit dhome qui tel murtre

auoit faict de son seignor, a ce fu accordez H conseil que il auoit une colonne en Constantinople enmi la ville auques , qui ère une des plus haltes et des mielz ourées de marbre qui onques fut veue doil : et enqui le feist mener et lo feist saillir aual, voiant tôle la gent que si balte iustise deuoit bien toz li monz veoir. Ensi fu menez a la colonne lempereor Morchuflex et fu menez sus et toz li pueples de la citez acorrut por veoir la merueille. lor fu botez a val, et chaï de si hait que quant il vint à terre que il fu toz esmiez »

Trad. Dans cet intervalle, il arriva que TeDipereur Murtzulphe , qui avait les yeux tirés , celui qui avait assassiné son seigneur Tempereur Alexis , fils de l'empereur Isaac , celui que les pèlerins (les croisés) avaient amené à terre (débarqué), s'enfuyait au - delà du bras ( du Bosphore ) , en cachette et avec peu de gens. Et Thierry de Los le sut, à qui il fut dénoncé, et le prit et Tamena à l'empereur Baudouin a Constantinople. Et l'empereur Baudouin en fut très - content , et prit conseil de ses barons sur ce qu'il ferait d'un homme qui avait comtois un tel meurtre envers son souverain. Tout le conseil fut d'accord qu'il y avait une colonne à Constantinople au milieu de la ville, qui était une des plus hautes et des mieux travaillées en marbre que l'on ait jamais vues , qu'il fallait l'y mener, et le faire sauter du haut en bas en présence de tout le peuple , que tout le monde devait voir un si grand acte de justice. Ainsi fut mené à la colonne l'empereur Murtzulphe ; on k fit monter dessus , et tout le peuple de la cité accourut pour voir ce spectacle. Aussitôt il fut précipité du haut en bas ; et il tomba de si haiit que quand il vint à terre il fut tout fracassé. ••......

PROLOGUE d'une Bible traduite en vers, depuis la Genèse jusqu'à l'histoire du roi Ezecbias. Tiré des manuscrits de Colbert. Le traducteur est inconnu.

« Al roi de glie ( mot abrégé) , a Deu omnipotent , Ke maint senz fin et senz œmmense ment , Le nmnd guuerne tut par son iugement , Ki est a soens chascun lui présent , A chascun sucurable ki a lui se prent , Hon puissance senz definement.

El nun del père , del fiz , del espirist , Des trois persones ke sunt un Deu parfit , Commensement de geste nuuel escript Destorie estrait nest pas de fable dit , Dans en an est en sanle église lit , Et ce dit leronime ki les merueilles vit :

Nest pas leals ki cest tient en despit.

Trad. Au Roi de gloire, 'k Dieu tout-pui:(sant qui est sans fin et sans commencement ^ le monde entier gouverne par son équité.

Qui est à chacun des siens (toujours) présent, secourable \ chacun qui k lui recourt, a puissance sans aucune borne.

Au nom du Père, du Fils, de l'Esprit,

des trois Personnes qui sont un Dieu parfait,

commencement de ce nouvel écrit

extrait d^histoire et nullement de fable,

pendant l'année en sainte église est lu ;

et ce dit (S.) Jérôme, qui vit (étudia) ces merveilles :

n'est pas loyal qui n'aime point ce livre*

FORMULE de convocation de rarrière-Lan , faite en 1241 au nom du prince Alphonse , fière de saint Louis. Cette pièce copiée sur Toriginal fort bien écrit sur un carré de parchemin plié en trois, et feimant avec des lacs de soie, est hérissée d'abréviations , que nous sommes obligé de rendre en toutes lettres, manquant de caractères avec les signes abréviatifs.

« Nostre ame et féal en nom de Dieu a vos me recomande tant que fair se puet , ci uos faizons sauer que noyze seit mue entre nostre cosein de la marche e nos , e auons talent de ly mouer guerre e * débat efondre o leide de nostre seigno le rey ; preceu uos mandons que a vostre poer ueignez a nos o to harneis que a cheualer aparteint; et a ceu ne faiglez , e nos vos a scauros gré, et de tôt nostre poer e cheuance no lo cognoistrons tant e si fort que seré contant de nos. Donné a Poeters, le jor dauant la tiphaine , M. CCXLL signé Alphons. »

Trad. Notre amé et féal* au nom de Dieu, à vous me recommande autant que faire se peut ; ci nous vous faisons savoir que division s'est élevée entre notre cousin de La Marche et nous ; et que nous avons envie de lui faire la guerre , et terminer le débat avec Taide du Roi notre seigneur ; c'est pourquoi nous vous mandons qu'autant que vous le pourrez, vous Teniez près de nous avec tout l'équipage qui appartient a un chevalier; ^ ce ne manquez; nous vous en saurons gré, et de tout notre pouvoir et nos moyens, nous reconnaîtrons tellement ce service que vous serez content de nous. Donné à Poitiers, le jour avant l'Epiphanie (c'est-à-dire le 5 janvier), 1&41. Signé Alphonse.

Au dos est écrit: « A notre amé et féal Gerards Galains. » Et au côté opposé est écrit d'une main différente : « Lettre de monseigneur le comte de Poitiers pour Gérard Calain. »

EXTRAIT de la Bible hystoriaux ou f/ystcires éstolas' très, trad. du latin de Pierre Comestor, par Guiart Desmoolins vers ta fin du xiu* siècle , tiré d*uD superbe mauuscrit de eettc Bible , daté de 1297, qui était à Lyon dans la ricbe bibliothèque de feu M. Coulon. Nous y avons copié nousmême la traduction du pseaume 119, Disii Dominus Do^ mino meo Voici les cinq premiers versets de cette traduction très littérale.

« Nostre sires dist a monseign' sies toi a mes dextres.

De ci atant que ie mette aocmis ^oubs le charnel de tes pies.

Nostre sires mettra hors de Syon de la uer^e de ta uertu seingoeurie ou milieu de tes anemis.

Li commencemeos est a toi ou iour de ta uertu et ou resplendissement de tes sainz. ie tengendrai deuant que lucifer fust.

Nostre sires a iuré , et ne se repentira mie. tu es par«durablement prebstres selonc lordre de Melchisedec.

Nostre sires qui siet a ta destre debrisera les rois ou iour de son ire »

TfiXTi LATIN. Dixit Dominus Domino meo : sede à deztris meis.

Donec pooam inimicos tuos : scabellum pedum tuornin.

Virgam virtutis tuae emittet Dominos ex Sion : dominare in medio înimicorum toornm.

Tecum principium in die virtutis tuae , in splendoribns sanctorum : ex utero ante lociferum gcnoi te.

Juravit Dominus, et non pœnitebit eum : tu es sacérdos îd aeternom secundiim ordinem Melchisedech.

Dominais à dextris tais : confregit in die irae sus reg^..,..«

( Gi )

QVATORZIÈnE SIÈCLE.

EPITAPHE qui se voyait jadis gravée sur une tombe dans le cloître des Cordcliers à Reims.

« Cl : DEVANT : GIST : EN : ICESTE : AIRE :

Li : CORS : tuoMAS : lapothecaire :

QUI : passa : nuef : iours : en : ianvier :

LAN : TROIS : cens : xi : et : un : millier :

DIEX : QVI : YENRA : POVR : NOVS : 1VGIER :

LE : YVELLB : AVEC : LVl : HERBERGIER. ))

iVoio. Un fac êimile en caractères gothiques assez sioguliers est joint à cette épitapbe dans notre recueil.

EXTRAIT d'une ordonnance de Févêque de Metz (Adlëmar de Monteil} du 16 septembre 1832, qui reproche ans moines de cette ville et des environs ,

« 1" de porter des solers destranchiés com cheualiers , des chausses de colour, des robes des plous précieuses et sintes de sintures d'argent auec las ou nowes de soie si estroits com damoiselles , et des flos tant quils puissent couurir leurs espaules.

2" de cheuaucer a grans espées com ung conte les iambes descouvertes.

3" d'aller de «eu et de ior en place commune, en nosses, en danses et en aultres leus que ne sont mie a dire.

4* de menjufer en iardin auec femmes séculières et nonains a grant foison de menestriés »

Nota, Ce fragment n*a pas besoin de traduction. Ces déréglemens , qui

(rnaicDl à Tignorancc el à la grossièreté du siècle, ne regardaient que les moines ; le haut clergé et le clergé séculier ne présentaient pas de tels abus. Un pieux évéque de Metz (Pierre de Luxembourg, mort en 1387,) fut mis au rang des bienheureux en 1537.

EXTRAIT du recueil des ordonnances de nos rois, tom. 111, pag. 891, oîi se trouve un Règlement pour les tisserands de toile, donné par le roi Jean h Trojes « le u mardi darrenier iour d*octobre (Bf) Tan de grâce mil « trois cent cinquante sept.) L'article vu de ce régletncnt est ainsi conçu :

« item. Se uns ouurier dudit mestier ouuroit auec une femme laquele il disoit estre sa femme en lostel daucuns desdit tixerans ; se il estoit ainsi que il veinst a la congnoissance du maistre du mestier ou du maistre de lostel chiez cui il demouroient que elle fust sa concubine , le maistre ou sergent dudict mestier auoieni accoustumé d'aller en lostel ou il demouroient, sigpilier au maistre dudit hostel comment le valet et femme nestoit mie espoux : et se il estoit ainsi que après ceste signification le maistre dudict hostel les souffrist à gésir ( couclier ) ensemble en son hostel et en ung lit, ycilz maistre estoit a six solz six deniers tournois d'amende ; cest assauoir cinq solz audict preuost pour le Roy et dix huict deniers tournois pour lesdiz maistres et sergens dudict mestiers »

Pfota. Ce morceau , qui n^a pas besoin de traduction , prouve que le gouvernement exerçait la plus grande surveillance sur les mœurs.

EX TRAIT d*un manuscrit provenant de rancîciinc Libliotbeque de la maison de TOratoire a Paris , et qui a pour titre : CES ci LOU psaltier trait et translatait en romans j en laingue lorrenne selonc la veritait et selonc iou commun laingaùje au plub prêt dou latin qucn puet bonnefnent. On lit à la fin : Ci finit H psaultier en rofnans escript et translateit per une main laie, M CCC LXV ans, ( 1. vol, tn-12. ] Domus oratorii parisiensis. »

Nous allons rapporter le commencement du psaume second , Qu^re fremuerunt gentes ^ etc, , il u*est point divisé paV versets dans le manuscrit , car ce n*cst guère que vers le XTi" siècle qu*on a adopté cette division ; cependant , pour rendre plus intelligible cette traduction , nous numéroterons les quatre premiers versets que nous rapportons :

tt I. Pourquoi firmissent et sont troublez et courircieit li gens , et li pueuples ont penceit vaniteit et pour niant : 2. li roys de terre et li princes se sont tuit mis ensemble et estoit d'un escort encontre nostre signour et contre son eslut et son crist. 3. or esronpons lour loiens et nous getons fuer de lour subiection et dure seruitude. 4. or ils qui lassus es cielz habite se moqueroit d'eulz et nostre sires fronceroit per dérision son neiz sur eulz »

Au lieu de traduction française nous donnons le latin.

1. Quare fremuerunt gentes , et populi meditati sunt inania. 2. Astiterunt reges terra; , et principes convenerunt in unum adversus Dominum et adversus Cbristum ejus. 8. Dirumpamus vincula eorum, et projiciamus à nobis jugum ipsorum. 4. Qui babitat in cœlis irridebit eos : et Dominus subsannabit cos.

Nota, Nous regrettons de ne pouvoir rapporter ici, comme dans notre

recueil, le prologue de celle traduction du Psautier; Fauteur y parle de rétat où était la langue romane de son temps et de la difficulté de traduire le latin dans cette langue: «Pour tant, dit-il, que langue ro- « mance est plus asseiz que nulle aulire langue enlieire etperfaite, il « n*est nulz tant soit hoin clers que lou lailin puiessent translaleir entiei- « reroent en roumant. • Ce prologue assez long est curieux.

L'ORAISON de Jean Dupin.

c( Ci commence loroyson jehan Dupin.

Ihucrist parfais de tous temps , mes Dieu , mes sires et mes rois qui pour nous vot naistre et morir. et tu fus devant tous les siècles, et p. tous tems sens fin seras. Je qui suis ta créature q. ma fais et a voula q. ie soye. Glorifiés soyes tu de tous les maux et les biens qui me vendront. Sire qui me a £eiis et es poy&sans de moy deffaire, fais ta volenté de moy. Sire Dieu , aies merci de moy. sauue moy, garde moy p. tous temps de la temptacion de Tannemi »

Trad. Ci coramcDce l'oraison de Jean Dupin.

Jësus-Christ , parfait de tout temps, mon Dieu, mon Sei« gneur, mon roi, qui pour nous a voulu naître et mourir. Tu fus ayant tous les siècles^ et dans tous les temps tu seras saos fin. Moi qui suis ta créature, (c'est loi) qui m*as fait et qui a voulu que je fusse. Que tu sois glorifié de tous les maax et les biens qui m*arriveront. Sire, qui m*a fais et qui as le pouvoir de me détruire, fais de moi ta volonté. Seigneur Dieu, aies pitié de moi, sauve-moi, garde^moi en tout temps de la tentation de l'ennemi

Nota. Le caractère de ce manuscrit tient de celui qu^on a appelé depuis civilité; nous donnons le fac timile de cette prière dans notre recueil.

ZcM jsii^-t i. ■ 7-x> rit.'x'^t^o,n^ .

QVOZIÈDTE SIÈCLE.

EXTRAIT d'une pièce sur les MiRAtLES de là Sainte Fierge , tiré d*un manuscrit de ]*anciennc bibliothèque de Notrc-Darnc de Soissons. Le but de Tauteur est de persuader qu*il suffit d*étrc (idèle ^ réciter quelques prières 'k la Sainte Vierge , pour être assuré de son silut*

« Bien vous puis de celui tant dire Quil ne sauoit chanter ne lire En romantier chartre ne brief , Ne ne sauoit longue ne brief.

Vue messe sans plus sauoit Salue sancta parens quauoit A prise denfance et dusagc.

N'en karesme , ne en charnage N'a pcntecoste , n'a noel Ne chantast nul for el , Cesloit tous iors tous ses effors Et por les vifs et por les mors »

Tbad. Je puis bien vous dire de celui-ci qu'il ne savait clianter, ni lire en romance, ni charte, ni bref, et ne savait ni longue, ni brève. II ne savait qu'une messe, (et e*était celle ) salve , sancta Parens qu'il avait apprise d'enfance et d'usage ( a force de la répéter ). Ni en carême , ni en cLarnage ( temps ou l'on peut manger de la viande ] , ni a la Pentecôte , ni à Noël, il ne chanta autre chose que cette messe; c'était tout ce qu'il pouvait faire pour les vivans et pour les morts..... ( La Vierge fit un miracle en faveur de cet ignorant. )

Nota. Celle pièce esl accompagnée d*un fac simile dans noire recueil.

EXTRAIT cVun recueil de moralités , tiré d*u» maous^ crit sur papier , de Tancicnne biLIiollièque de Tabbaye de Sl.-Vielor de Paris.

« Corne len veult jouer aux esches len les prent en YD sachet et fait on au jeu plusieurs personnai* ges Roys, Roynes, chlrs et villains. et après le' jeu les remet on ou sachet ou l'en les prinst. et avient aucune fois que celluy qui a esté Roy au jeu est au fons du sachet, aussi joue nostre seigneur de nous qui nous prent en la terre touz nuz et nous met en diuers estaz au monde et a la mort résout touz homes en terre , car autant a le poure en terre comme a le Roy »

Trad. Lorsque Ton veut jouer aux échecs , on les prend dans un sac, et on place au jeu plusieurs personnages , rois, reines, chevaliers et vilains (les pions ) ; et, après le jeu, on les remet dans le sac ou on les avait pris. 11 arrive parfois que celui qui a été roi au jeu se trouve au fond du sac. Ainsi Motre Seigneur dispose de nous; il nous prend dans la terre tout nus , et nous place en ce monde dans divers états ; puis à la mort il remet tous les hommes en terre ( en parfaite égalité), car, dans la terre, le pauvre possède autant que le roi

Nota. Ce morceau sera accompagné d^un fac simile dans notre recueil.

EXTRAIT d'une circulaire de Charles VII, encore dauphin , dans laquelle il justifie le meurtre du duc de Bourgogne, Jean-sans-peur, commis sous sts yeux le 10

septembre 1419 , dans Tentrcvuc de Moutereau. La lettre entière est dans notre recueil ^ nous nous bornons ici à un fragment copié sur Toriginal.

« De par le régent Daulphin de Viennois , duc de Berry, de Tourraine et conte de Poitou.

Chiers et bien amez , nous tenons que nous auez assez sceu cornent nagueres nous assemblasmes auec-

ques le duc de Bourgongne il nous promist

entre aultres choses faire , dedans ung moys sur la foy et serment de son corps , guerre aux anglois anciens enemisde mond. seigneur et uostre (le roi)

a laquelle cause soyons uenus en ceste uille de monstereau et en icelle ayons fait bailler le cliasteau de cette dicte uille en nous deslogeant ; et après que nous feusmes auecques luy en la manière que il demanda, lui remontrasmes amiablement corne nonobstant ladicte paix et sesd. promesses il ne faisoit ne auoit fait aucune guerre ausd. angloiz, ne aussy fait vvider les garnisons que il tenoit, ainsy que promis auoit esté par led. de Bourgongne , desquelles choses faire et accomplir le requérions, a quoy il nous respondit plusieurs oultrageuses paroles , et tira son espée pour nous courir sus et villenner de nostre personne, laquelle comme depuis auons sceu il entendoit prendre et mectre en sa subjection ; de laquelle chose, la mercy nostre seigneur, et par la bonne aide de nos loyaux serviteurs auons esté preseruez et luy mort pour son oultraige et sur la place. sy vous signiffions ces choses comme a ceulx que

somes certains que estes très ioyeux dont ainsyauons

esté piëserué d'un tel péril; et vous prions

Escript a nemoux , le xvij° iourde septembre {1 41 9). signé CHARLES et à côté à droite Mallikre. »

Cette lettre , d*une petite écriture ronde , semi^gotbique , approchant du caractère civilité , assez difficile à déchififrer a cause des abréviations que nous avons fait disparaître , est sur une seule page en vingt-cinq longues b'gncs. On y voit les trous par lesquels on faisait passer les fils de soie qui la fermaient avec de la cire. L*adresse est au milieu du verso , et porte :

A nos CHISRS ET BIEN AHEZ LES CONSEILLIEIZ BOVKGEOIS ET HAOITANS DE LA VILLE OE LYOIf.

DÉLIBÉRATION de la chambre des comptes de Dijon, Les membres de cette chambre , président , maîtres , auditeurs et clercs , étaient très - assidus II se rendre à ladite chambre tous les jours de la semaine depuis six heures du matin jusqu'^ six heures du soir. Par esprit de piété plu* tôt que par désir du repos, ces Messieurs prirent la délibération suivante :

« Le samedy douziesme de iuillet 1438, par Messeigneurs des comptes a esté délibéré que attendu que iournellement des le matin iusques au soir, chacun iour ouurant de la sepmainis , ils sont en la chambre des comptes : que le samedy après disner ne y seront plus doresenayant en ladicte chambre pour besoigner, mais yront aux \espres et le diuin office en honneur et reuerance de la benoyste \ierge marie; considéré aussy que en la

chambre des comptes a Paris les seigneurs de ladicle ils ne vont point en ycelle pour besoingner les samedys après disncr. »

EXTRAIT de la vie de Louis H (et non Louis III) duc de Bourbon, mort en 1419, écrite par Jean Dorronville , vers la fia du xy« siècle. Ce fragment est relatif à la manière dont ce bon duc célébrait ordinairement la fête du roi de la fève :

« Vint le iour des Roys ou le Duc de Bourbon fist g^rand feste et lye chère et fist son roy d'ung enfant en laage de huict ans , le plus poure que l'on trouuast en toute la uille ; et le faisoit uestir en habit royal, en lui baillant tous ses officiers pour le gouuerner, et faissant bonne chère a celuy roy, pour reuerance de Dieu. Et le lendemain disnoit celuy loi à la table d'honneur^ après venoit son maistre d'hostel, qui faisoit la queste ppur le poure Roy, auquel le Duc Loys de Bourbon donnoit communément quarante liures pour le tenir à Tcscole, et tous les chevaliers de la cour^ chascun un franc; et les escuyers chascun un demi-franc ; si montoit la somme aucune fois près de cent francs , que l'on bailloi t au père ou a la mère pour les enfans a enseigner à l'escolle sans aullre œuure ; dont maints d'iceulx en uiuoicnt a grant honneur, et celle belle coustume tint le vaillant duc Loys de Bourbon , tant comme il vesquil. »

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