‹ Essor ou déclin de l'Eglise [microform]Chapitre 32 sur 85 · DANS LE MONDE · texte numérisé non relu

DANS LE MONDE

Du réquisitoire dressé par l'athéisme contemporain contre l'Église, retenons loyalement un fait : la déchristianisation du monde. Mais à

»ne civiKsation chrétienne type, ni un modèle unirbrme de sainteté qui seraient à canoniser pour en faire une norme. Il n*y a eu que des institutions — ou des personnes — plus ou moins pénétrées du Christianisme et de ses vertus.

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condition d'en expliquer aussitôt le sens. Car cette évolution eSt autrement complexe qu'on ne veut bien le dire.

LA DÉCHRISTIANISATION...

Il e§t vrai que l'Église a perdu des peuples, et que le nombre des croyants diminue en Europe. Mais les Statistiques, à l'inverse, montrent que les effeâifs augmentent ailleurs : en Afrique, dans les deux Amériques, et en Asie, l'Église voit s'adjoindre à elle de nouvelles provinces, soit par le progrès de la natalité dans tel ou tel pays catholique, soit par l'aéHon des missionnaires. En Asie, et en Afrique, en particulier, où le clergé indigène eSt de date récente, il faut bien plutôt parler d'origine que de vieillissement ^. Concédons néanmoins que

I. L*appel de Mgr Yu-Pin, évêquc de Pékin, en fournirait un récent témoignage : " ... Sans la reconStruâion spirituelle... la Chine aurait un corps sans âme. ... EUe a entre les mains une occasion qui ne se répétera pas : U n'y aura qu'une reconstruction de la Chine. C'eSt pourquoi je lance un cri d'appel... Je désire trouver des ingénieurs, des doâeurs, des professeurs, des journalistes... qui, tout en s'engageant dans leur carrière professionnelle, apportent quelque chose de plus à la Chine : le témoignage chrétien de leur vie ."

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le dépérissement de la croyance et de la pratique religieuse garde un caractère universel.

En ce sens, d'abord, qu'on le rencontre sous tous les méridiens, et qu'il affeéfce tous les groupes sociaux : races, classes, etc.; mais aussi — et surtout — en ce sens qu'il e§t commun à toutes les religions. Un rapport de concomitance a été en effet dégagé entre la crise religieuse et la présence de la civilisation moderne. Partout où elle apparaît, la croyance religieuse diminue^ dans les masses. Indice deux fois révélateur : si la civilisation technique expulse ainsi, partout, le sentiment religieux, c'est qu'elle contient des éléments qu'il e§t

I. Cette loi se vérifierait surtout chez les populations qui ne possèdent pas de religion déterminante, comme la Chine ou le Japon, qui se sont mis à l'école des dieux de l'Inde et où l'État a pu affirmer, à notre époque, son ralliement au laîcîsme occidental. On a fait observer qu'en revanche, dans l'Inde, dans les pays arabes, et en général dans les pays où la dénomination religieuse constitue le faâeur prédominant de la nationalité, le bouddhisme et l'Islam se réveillaient pour fanatiser les masses. Mais on voit ce que cette attitude politique a d'occasionnel et d'étranger aux valeurs religieuses ellesmêmes, ici seules en cause. Même de ce point de vue, du re§le, ** la vie religieuse musulmane diminue rapidement en Syrie, en Egypte, en Afrique du Nord. Aux Indes, die commence à baisser. ** (P. Desqueyrat, UApoSiasie des temps nouveaux^ Travaux, oâobre 1946, p. 17.)

grand temps de neutraliser ou de remplacer :

précieuse consigne d'aéHon pour les chrétiens. Mais si, par ailleurs, la régression eSl commune à toutes les confessions, il eât manifestement injuste d'en faire peser toute la responsabilité sur la seule Église catholique. D'autres causes, objeâives ou subjeâives ^, interviennent pour expliquer un phénomène — douloureux, certes, et même au dire de Pie XI " scandaleux " — mais dont les fautes ou la carence des catholiques ne suffisent pas à rendre compte. Ceux-ci en ont leur part — et leurs examens de conscience, privés ou publics, en cette matière ne font point défaut de nos jours. Mais le dénigrement systématique e§t-il toujours bien informé ? Certainement non. Si le Chri^ a perdu l'audience des masses, si les mœurs et la pensée se sont construites insensiblement et presque totalement en dehors de l'Église, cela provient souvent de causes externes et lointaines. On sait que l'influence des idées ne se fait sentir que longtemps après leur diffusion dans les élites. Dès la Renaissance, mais surtout au xviii® siècle, ces dernières prônaient un culte tout naturaliste de l'individu, une philosophie de l'homme où

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