SA MALFAISANCE
Absente, il ne faut donc pas compter sur elle. Mais, c'est surtout si elle était vivante, qu'il faudrait l'écarter. Car elle e§t le premier ennemi. La raison de sa malfaisance ? C'e^ que ses fins sont contraires à l'homme; plus encore, au moderne humanisme. Entre elle et lui, c'eSt le divorce. Les deux syélèmes ne sont pas seulement différents : ils s'opposent.
Et d'abord, sur la conception de l'imivers.
Que nous en apprend la Science, en effet ?
EUe nous montre son unité, dans l'espace et dans la durée. Une continuité dynamique, partant de la matière, explique l'homme et la société. Ce devenir n'e§t pas quelconque : c'eSt un enchaînement " dialeétique ", une évolution fatale et montante qui, par le progrès constant de la Technique, aboutira à l'émancipation de l'homme à l'égard des mythes et des servitudes et lui permettra au sein d'une
B^ssor ou déclin de l'Église i8
humanité communautaire de " posséder la terre " à laquelle il a droit. Morale optimiste qui croit au bonheur et, non contente de le chercher, en écrit, ligne par ligne, la " Somme " : en étudiant méthodiquement ses conditions biologiques, psychologiques et sociologiques. Face à ces perspectives créatrices, que proposerait l'Église ? Un univers Statique et " théiste ", une philosophie dépendante et figée en d'impossibles dogmes, une morale négative et a priori où l'esprit de caSte voisinerait avec la défiance jalouse à l'égard d'une science si prompte à détrôner Dieu. Quant à la personne humaine, affirme-t-on, l'ère chrétienne en a façonné un modèle sans force ni beauté. Le Christianisme a déviriHsé l'homme^. En l'invitant à l'évasion dans l'au-delà, il le détacherait des tâches terrestres, et le détournerait d'un engagement fraternel dans la Cité qu'il habite. Faible dans la lutte, inefficace dans l'aâion, timide vis-à-vis de l'aventure, du fait de son éducation bourgeoise ou refoulée, le chrétien ne serait pas un '* compagnon ";
I. Il faudrait citer ici tout le courant néo-païen issu de Nietzsche, Hegel, Marx, etc. Cette doétrine fait le fonds de toute la littérature antichrétienne d'aujourd'hui.
Qui fera V unité du monde d 19
on ne peut compter siir lui pour conquétir la terre.
Avec un tel programme, comment l'Église ne serait-elle pas une étrangère dans une humanité qui croit en soi-même et qui se livre dans l'enthousiasme à l'élaboration d'un avenir: à la fois plus réel et plus beau ? Rien d'étonnant si cette conquête s'opère sans eUe, et même contre elle, dans la mesure où elle s'oppose à son succès. Non, pour construite le nouveau monde, l'homme moderne n'attend rien de l'Église : il refuse, il récuse ce témoin d'un temps révolu.