‹ Essor ou déclin de l'Eglise [microform]Chapitre 7 sur 85 · I. En France, du moins · texte numérisé non relu

I. En France, du moins

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d'autres crises : elle n'a pas peur de celle-là.

Le grand danger que court aujourd'hui rÉgUse, c'e§t de vouloir s'adapter; qu'elle résiste à cette perpétuelle tentation ! Ce n'eSt pas à eUe d'accommoder son message, mais aux civilisations de se l'assimiler. Qu'elle renforce donc son intransigeance I Qu'elle n'écoute pas les appels trompeurs que l'Esprit mauvais murmurait déjà à l'oreille du Sauveur ! Aujourd'hui, tout l'invite à oubHer sa mission essentielle, qui e§t de donner aux hommes, sans concessions, les " paroles qui ne passent pas ". Si elle renonce à ce monopole, pour de problématiques accroissements, c'en eSt fait d'elle. Car l'ÉgHse n'eSt pas de ce monde. Elle eSt le royaume de Dieu; bien loin de s'essayer à l'impossible tâche de combler le fossé qui la sépare de la terre, elle doit, sans se lasser, rester en dehors et au-dessus des fluâuations successives. La seule attitude de rÉgUse, c'est la Rupture.

Sur le plan de la doctrine, cela se traduira par \in retour intégral aux formes traditionnelles, référence aux textes officiels qui garantissent la reétitude et renforcent l'apologie. Surtout pas d'accommodations : elles con-

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duisent à tous les abandons. La " vérité '% dans sa dureté, sans gauchissements I

Dans l'aâion, les catholiques se souviendront que les compromis n'engendrent ni estime, ni avantages. Qu'ils se gardent donc des coopérations prématurées. Leur force, ce sera leur union. La seule affirmation de leur Credo et de leur appartenance au Peuple de Dieu vaudra mieux que de téméraires avances.

L'Église ne sortira de la crise qu'en refusant de s'inâtaUer dans les institutions. EUe a moins peur de Néron que de Constantin.

...ou ADAPTATION?

Ceux qui reprochent à l'Église son manque d'efficacité temporelle, la convient à une réforme diamétralement opposée. L'Église — - en Occident — n'a pas évolué avec la société civile. Elle eSt restée figée dans les formes féodales qui lui avaient jadis réussi. De nos jours, au lieu d'être mêlée à la société, comme elle l'était au moyen âge, où paroisse et commune avaient même mesure et même vie, l'Église eSt '' absente '* de la cité. Elle plane au-dessus

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de rhumanité au lieu de s'incarner dans sa chair et son sang. Dans son message elle a tout ce qu'il faut — et au-delà — pour animer les Structures présentes, et dresser les plans du futur : mais elle ne s'en sert pas. Elle laisse des étrangers, ou des adversaires, prendre les initiatives décisives, en matière de doéfcrine, de culture, ou d'aâdon. Quand elle agit, ou quand elle parle, il e§t souvent trop tard. Qu'il s'agisse de la recherche scientifique, des lois sociales, ou de l'humanisme, les novateurs sont rarement de chez elle. Ce n'eSt pas de cette manière qu'elle gagnera le monde au Christ.

Il e§t encore temps pour l'Église de tenir sa place — et même la première — dans l'élaboration de l'avenir ; mais à une condition : c'eSl de s'incarner : " Dieu s'eél fait homme pour que l'homme se fasse Dieu. " Alors — mais alors seulement — l'Église reprendra vie.

Pour l'immense majorité des partisans de l'adaptation, cette insertion dans la civilisation contemporaine entend formellement respecter le contenu intégral de la Foi. Ils ne ménagent pas leurs critiques à l'ÉgHse et à la hiérarchie, et les suggérons qu'ils lui adressent portent sur de nombreux cantons. De leur expérience

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quotidienne au contaét de niasses déchristianisées, beaucoup d'apôtres, prêtres ou laïcs, ont conclu à la nécessité de modifications

— ordinairement secondaires, mais pressantes

— pour une évangélisation efficace. Ils souhaitent qu'un enseignement religieux concret et adapté remplace une prédication et une catéchèse trop coupées de l'Évangile. A la théologie, qui n'eêt pas close comme la Révélation, ils demandent — sans rien sacrifier — un effort de synthèse et de réalisme, mettant au centre et à la portée de la spiritualité de ce siècle les dogmes majeurs du Christianisme.

Ils font remarquer que le culte et la liturgie sont souvent incompréhensibles. Pour cette raison, la foule et souvent l'élite des chrétiens n'ont pas accès à la grande prière communautaire. Ils pratiquent — quand ils le font — une religion formaliste sans rapports avec le reste de leur vie. L'Église ne viendra-t-elle pas à leur aide, en leur facilitant la réception des sacrements et l'intelligence des rites sacrés ? Ils font observer que l'indépendance des laïcs eSi- souvent plus verbale que réelle. Conscients que le lai'cat a atteint sa majorité, ils revendiquent pour lui des responsabilités plus éten-

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dues. Il n'eêl pas jusqu'aux questions finaneières, en particuliejt pour les adfces du culte, qui ne soient pour eux l'occasion d'un vœu de réforme.

De ces appels — et de beaucoup d'autres — qui ne sauraient ici trouver place — il eSt évident qu'ils traduisent toujours la même requête : que l'ÉgHse s'adapte au monde moderne, si eUe veut le reconquérir.

Se raidir pour tout sauvegarder ? ou s'incorporer pour tout conquérir ? Tels sont les deux pôles de l'opinion catholique — du moins dans notre pays.

l'incertitude des catholiques.

A qui faut-il donner raison?

La réponse eét de grande importance. Elle commande l'attitude pratique de la majorité des catholiques. Car ceux-ci n'ont pas pris parti. A la fois attirés par ces valeurs nouvelles, et troublés, en défiance, devant tant de déviations, ils regardent et ils attendent. Certains, par timidité -ou quiétude. D'autres, — totalement sincères — parce qu'ils ne savent comment sortir du dilemme qui, au plan colleétif.

a constitué ces deux groupes, et qui, au plan personnel, écattèle crueUement leur âme. Car ils appartiennent à deux mondes, et ils le savent. Loyaux à l'un et à l'autre, ils se gardent d'aucune exclusive : citoyens de la terre, ils se sentent solidaires et responsables de son destin; fils de Dieu, ils connaissent leur mystérieuse incorporation à son Église et leur transcendante vocation. Pour ne pas trahir, ils renoncent à choisir et à s'engager.

Mais, en attendant, ils perçoivent le malaise et ils en souffrent. La crise du monde, ils voient bien qu'elle retentit fatalement sur l'Église, qui y plonge ses racines. Ils n'ont pas peur pour elle, et son triomphe final. Mais ils se demandent comment elle pourra sortir du présent et par quelle voie ils pourront l'y aider. Sur eux — et à leur insu — s'exerce l'influence, et peut-être l'attrait, de cette mystique progressiste qui séduit leurs contemporains. Alors, quand ils voient leur Église divisée, tiraillée par ses fils, entre le refus et la participation, agitée de remous, partagée entre l'immuable et l'actuel, son malaise devient personnellement le leur et, pour fuir le vertige, ils s'enferment dans la prière ou le " divertissement ".

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Se raidir, s'adapter, attendre. A qui faut-il donner raison, et quel e§t le sens de cette crise ? Que signifient ces initiatives et ces inquiétudes ? Une agonie ou une croissance ? Automne ou printemps de l'Église ?

A cette question qui tourmente tant de consciences catholiques, à cette accusation de nos adversaires. Nous avons considéré que c'était Notre premier devoir de répondre.

Père et Pa§teur de vos âmes. Nous entendons tous les jours l'appel qui monte, de tous les horizons, vers ce carrefour qu'est Paris. De Province ou de l'Étranger, des cénacles ou des ateliers, lettres, revues, congrès, entretiens familiers posent la même question, réclament un même arbitrage. C'eét la raison pour laquelle Nous avons choisi, cette année, pour Notre Lettre Pastorale, ce sujet d'une telle a£hialité.

Notre réponse ne prétend pas tout résoudre.

De cette crise. Nous dirons seulement qu'en tant qu'elle témoigne d'une division des catholiques, elle e§l un mal, et doit cesser. En se prolongeant, les excommunications réciproques entre frères de Jésus-ChriSt constitueraient un scandale, et un obstacle à la marche en avant. Dans la mesure, au contraire, où ces engage-

ments symétriques témoignent d'un amour passionné de l'Église, ils sont une preuve de sa vitalité, le signe d'une crise de croissance. Ce pullulement d'idées et d'entreprises e§t autrement rassurant qu'une satisfaéHon stagnante. Nous voudrions à la fois calmer l'angoisse que Nous discernons, chez trop de catholiques, en face des temps qui viennent; et troubler la sécurité trompeuse où s'enlisent un trop grand nombre de nos fidèles. Aux uns et aux autres. Nous voudrions montrer que l'unique explication de la crise présente et l'unique critère de certitude et d'aétion pour le chrétien d'aujourd'hui, résident dans la nature profonde de l'ÉgUse, telle que son dogme et son histoire nous la révèlent.

Bien loin de faire conclure à son déclin, tout fait présager son essor l Nous dirons seulement — et ce seront nos consignes d'aélion — quelles sont, pour le présent, les conditions de ce Printemps.

Seconde partie L.e mystère de VEglise

Il eêt impossible de porter un jugement sur l'Église dans le monde moderne sans se référer à sa nature profonde, telle qu'elle ressort de sa Théologie et de son Histoire..

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