RÉFORMES DE STRUCTURES
Ainsi, votre mission présente comporte une étude et une réforme profonde des stru^ures et ceci, en tous les domaines. La plus urgente concerne la vie sociale et économique. Nous savons que des chefs d'entreprise courageux, en contaâ: étroit avec les milieux ouvriers, ont écouté la voix pressante de l'Église en France leur rappelant naguère " simplement, mais fortement, le principe d'une orientation de plus en plus nette " des relations du capital et du travail " vers le contrat de société ^ ". Ils travaillent hardiment, par leurs idées et leurs réalisations, à rénover dans ce sens l'esprit et la èlru6ture de leur entreprise, en associant les travailleurs à sa gestion, à sa propriété et à ses fruits. Nous savons par ailleurs qu'un grand nombre de laïcs cherchent à promouvoir une organisa-
1. Déclaration de l'Assemblée des Cardinaux et Archevêques de France en février 1945.
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tion professionnelle véritable, qui dose sagement une authentique représentation professionnelle avec un contrôle suffisant de la puissance publique. De telles réformes mettent en application des formules techniques sur lesquelles nous n'avons pas à nous prononcer, et qui peuvent être diverses. Mais elles se situent dans la ligne des suggestions déjà données par l'Encyclique Quadragesîmo ^nno.
Elles sont nécessaires pour résoudre les problèmes économiques et sociaux. Elles posent les conditions sans lesquelles le relèvement du prolétariat ne pourra s'accomplir. Nous encourageons donc vivement ceux des laïcs à qui leurs responsabilités permettent une aâdon sur ce plan, à entrer dans cette voie ou à y persévérer, malgré les difficultés de toute nature qu'ils y rencontrent.
Ce que nous venons de dire de l'entreprise, nous retendons à tous les autres secteurs de la vie publique : urbanisme, vie économique, " politique ", au sens large, échanges internationaux, culture, éducation, loisirs, vie artistique, etc. La présence des chrétiens partout : c'eét toujours Notre mot d'ordre le plus clair. Qu'ils soient le " ferment ", la pâte lèvera.
LE TRIPLE PLAN DE l'aCTION.
Encore faut-il, comme on l'a dit très justement, qu'elle soit vraiment de la " pâte "et non une " matière faâice ^ ". Or, c'e§t ici que le problème du Temporel rejoint celui de l'Apostolat. Les conditions présentes de ce qu'on appelle la " civilisation moderne " ne sont plus humaines : le message surnaturel, même porté par les élites les plus prestigieuses et les plus ferventes, ne rencontre plus le " naturel ", mais un mélange d'éléments disparates et anarchiques, qui ne peuvent plus — dans la généralité des cas — servir de support, et encore moins de pierre d'attente, à la grâce. Voilà pourquoi la tâche des chrétiens e§t si nettement tracée : s'ils ne guérissent pas, s'ils n' " aménagent " pas les institutions, s'ils ne substituent pas un climat respirable à l'ambiance délétère de ce " monde sans âme ", leur e£Fort d'évangéUsation risque fort d'être compromis. Pour convertir le monde, il ne suffit pas d'être des saints, et de prêcher l'Évan-
I. P. Desqueyrat, U Apostasie des temps nouveaux. Travaux, octobre 1946, p. 22.
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gile : ou plutôt l'on ne peut ètto. un saint et vivre l'Évangile qu'on invoque, sans s'efiFotcet d'assuter à tous les hommes des conditions — de logement, de travail, de nourriture, de repos, de culture humaine, etc. — sans lesquelles il n'egt plus de vie humaine. Aussi, la mission du chrétien n'eSt-eUe pas seulement un JipoHolat : c'eât la convergence de trois a<5tions simultanées : religieuse, civique et sociale. Devant l'ampleur de la tâche, le chrétien isolé e§t impuissant. C'eât l'honneur de notre AéHon Catholique de l'avoir compris.
Elle apprend à ses membres à juger selon leur foi des problèmes civiques, économiques et sociaux; elle les prépare à assumer dans la cité leurs responsabilités chrétiennes. Enfin, par sa vie même elle revendique pour l'homme des conditions de vie plus conformes à sa sublime vocation de fils de Dieu. Précieuse conclusion que la nécessité de cette aéHon simultanée :
elle confirme par les faits la conception catholique de '* l'Incarnation " et présage à l'ÉgHse la direâion de son essor.
Cette avance sur tous les fronts prendra, ici encore, son origine dans un effort de pensée. Elle ne sera possible que si des centres de
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recherche, des bureaux d'études, des instituts de culture, etc, se constituent dans toutes les branches. Des efforts ont déjà été réalisés en ce sens ^. Nous les encourageons de tout notre pouvoir. Mais nous exprimons le vœu qu'ils se multiplient, et, surtout, qu'une étroite coordination fasse aboutir à l'unité des efforts qui risqueraient, autrement, de se perdre ou de se disperser. L'heure semble venue où le besoin se fait sentir, intensément, d'une centralisation, peut-être même organique, qui respeéterait, toutefois, l'indispensable pluralité et la nécessaire autonomie des divers '* centres " spécialisés. De ces immenses enquêtes des savants, des sociologues et des techniciens, les philosophes et les théologiens devraient alors, pas à pas, tenter une synthèse conStructive dont les signes de garantie seraient d'être toujours en devenir — et de proposer constamment ses conclusions au jugement de l'ÉgHse.
I. Notons, en particulier, le C. C. I. F., Centre catholique des Intelleâuels français.