‹ Estampes et livres, 1872-1892Chapitre 106 sur 121 · MONSIEUR, MADAM?: ET BEBE · texte numérisé non relu

MONSIEUR, MADAM?: ET BEBE

RELIURE DOUBLEE DE CUZIN (INTERIEUR)

«Mûri

portraits historiés ; — petites vues de Paris , dessinées avec infiniment d’esprit ; — enfin , scènes de la vie mondaine, — où l’on trouve de petites com|)Ositions qui ne le cèdent, en finesse et en piquant, à aucune des vignettes les plus réputées d’Eisen ou de Moreau.

Choisir ainsi au milieu d’un véritable caiiharnaüm d’épreuves trois cents illustrations dont beaucoup sont des chefs-d’œuvre et qui montrent sous toutes ses faces l'élégant talent d’Edmond Morin , c’est accomplir un heureux sauvetage et tirer du néant un de ces livres qui rapportent au bibliophile beaucoup de plaisir, car ils offrent vraimentmatière à regarder. Les amateurs commencent à s’appliquer à la formation de ces recueils de belles épreuves ; ils ont raison : c’est œuvre pie.

338. MONSIEUR , MADAME ET BÉBÉ , par Gustave Droz. Victor Havard , 1878, gd. in-8. Illustrations d’Edmond Morin, gravées sur bois.

Exemplaire sur papier de Chine : la couverture, qui porte des vignettes spéciales, a été conservée.

Grâce aux dessins du regretté Edmond Morin, ce livre restera un des jilus élégamment illustrés du XIX*^ siècle. Pauvre Morin! c’est seulement depuis sa mort que l’on commence à lui rendre pleine justice et à l’estimer ce qu’il fut vraiment : un dessinateur du talent le plus exquis.

lin livre illustré par Morin mérite les honneurs de la reliure somptueuse. Cuzin a exécuté, pour cet exemplaire, une de ses œuvres les plus flamboyantes. Extérieur en maroquin rouge, avec cadre d’arabesques XIX", serti dans un second cadre de filets à coins et milieux saillants : avec cet extérieur relativement sobre contraste une doubi.ure de maroquin bleu mosaïqué d’un cadre de bleu plus foncé, d’où s’échappent d’innombrables bouquets d’or, de l’exécution la plus nette. Chiffre HB. (Ci-joint reproduction.)

Dans un étui à dos orné.

Le prix de la reliure a dépassé, et de beaucoup, la valeur

du livre. Disons même qu’il a été disproportionné, et que peut-être je ne retrouverais pas ce prix à ma vente....

— A votre vente ? Vous voulez donc vendre ?

— Pas le moins du monde : je n'ai pas l’ombre d’arrièrepensée à ce sujet. A ma vente est une expres.sion courante en bibliophilie comme dans les autres collectionnismes ; on jauge toujours comment un objet se comporterait à ma vente , ce qu’il rapporterait à nia vente, c’est une habitude de langage. A ma vente devient ainsi une sorte de critérium et de pierre de touche. A ma vente, c’est l’X du problème collectionneur, c’est l’inconnue ; c’est Yhyjwthèse , dans le sens que les mathématiciens attachent à ce mot.

Reprenons. On ne retrouverait peut-être pas le prix de sa reliure, dans le présent, et encore ce n’est pas .sûr. Mais qui sait dans l’avenir?

La grande théorie des amateurs, c’est qu’il faut mettre la reliure de prix sur un volume capable de la porter, (c’est-à-dire capable de vous faire retrouver le prix à ma venté) \ en d’autres termes, proportionner la dépense de reliure à la valeur marchande du volume.

Eh bien, cette théorie, — qui peut avoir un fond sensé — est tout simplement, poussée à l’extrême, la négation et la mort de la reliure.

Les livres ont rarement une valeur considérable à l’époque qui les voit naître, et d’un autre côté la reliure d’art est une chose extrêmement chère. Le résultat immédiat serait donc de ne jamais faire mettre par un relieur une reliure de valeur sur un livre contemporain de ce relieur.

Si les anciens avaient agi ainsi , avec cette sage pondération .... ils auraient tué dans l’avenir la valeur de leurs livres. Voyez-vous les Valois calculant ce que leurs livres peuvent porter de reliure , et les fai.sant simplement préserver en demandant des cartonnages à un Bradel du XVI = ? La vérité est au contraire que les exemplaires de bibliophile se créent par des reliures disproportionnées. Une folie méthodique et raisonnée est, en cette matière.

Dujardiii

lmp. Chardon -Witlmann

LA RELIURE , lôôO,

RELIURE MOSAÏQUEE DE MARIUS MICHEL

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la seule sagesse. Flxetnple : la Roclogune, imprimée par les soins de Madame de Pompadour, est bien le type d’un livre à Sfr. 50 d’aujourd’hui ; donc la logique conseillerait une reliure en veau, de six francs. Moyennant quoi l’objet vaudrait aujourd'hui une dizaine de francs. Mais Madame de Pompadour osa faire mettre sur son exemplaire une mosaïque par Deronie, qui lui coûta peut-être, qui sait? la somme énorme et disproportionnée de cent livres. Cet exemplaire eut, il est vrai, toutes les peines du monde à atteindre trente livres, au décès de la marquise (A ma vente!)-, mais aujourd’hui, combien le livre de 3 fr. 50 s’est-il vendu ? Dix-huit mille francs.

Et ainsi de suite.

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