‹ Estampes et livres, 1872-1892Chapitre 22 sur 121 · Les Amours de Myrtil, 1761, in-8, figures de Gravelot · texte numérisé non relu

Les Amours de Myrtil, 1761, in-8, figures de Gravelot

31. CONTES DE LA FONTAINE , édition des Fermiers Généraux , 1762 , 2 vol. in-8 , figures d’Eisen , fleurons de Ghoffard.

Précieux exemplaire, réglé, reliure de Dero.vie , en maroquin rouge, large dentelle. (Reproduction ci-jointe).

Aux armes de M'"® de Pompadour. — Les armes de la favorite sur un livre érotique, et capital dans son genre, vous sentez quel piquant! Des Contes de La Fontaine qui

pourraient avoir été lus par la Marquise! A cette idée faisandée ajoutez la richesse de cette dentelle appelée précisément dentelle Pompadour, sa conservation parfaite (i), et vous conviendrez que ce morceau est un grandissime livre.

11 ])orte l’ex-musæo de Charles Nodier. Pour l’avoir, à la vente Nodier, l’acquéreur n’eut pas d’autre peine que de le pousser jusqu’à la somme dérisoire de deux cent quarante francs! (Mais vous allez voir la progression du prix des livres ! )

11 porte ensuite l’ex-libris de Laroche - Lacarelle. Certes, ce bibliophile paya un tout autre prix que deux cent quarante francs ; néanmoins, il put remercier le sort qui le protégea visiblement. Lorsque la librairie Fontaine fit l’acquisition des Contes de la Pompadour, c’était un soir, vers cinq heures, moment où suivant leur habitude quotidienne , les « bibliophiles de 1875 » , Lacarelle , llauchart, J. de Rothschild, Paillet, etc., étaient réunis pour causer au premier étage de la librairie. La Fortune favorable voulut que Lacarelle eût quelque chose à dire en particulier à Fontaine ; il descendit pour aller lui parler au rez-de-chaussée , et rencontra à moitié escalier le libraire, montant pour soumettre au cénacle le livre qu’il venait d’acheter à l’instant même. Lacarelle aperçoit les précieux volumes, les prend, les examine et les jauge d'un cou)i d’œil. — Combien? — Six mille francs. — Entendu. Et il les met dans sa poche, les hapjiant au vol, à la barbe de ses confrères ! C’est ainsi que les affaires sont agréables : de la main à la main , précises, fermes, rapides 1

Le troi.sième ex-libris est le mien. Moins heureux que (*)

(*) Et la certitude que les armes n'ont pas été apposées par quelque truqueur, ainsi que cela se pratique si agréablement maintenant, particulièrement pour les armes de Marie-Antoinette!

Lacarelle, j'ai dû passer, j)Our arriver à la possession de ce livre tant désiré, par toutes les angoisses qui précèdent et accompagnent les achats effectués en vente publique, et faire pour ainsi dire toutes les stations du Calvaire bibliophile.

D’abord, l’attente interminable. 11 s’écoula plus d’un an entre l’époque où la vente Lacarelle fut annoncée et celle où elle eut lieu. Pendant un aussi long temps un collectionneur peut se livrer à des monologues comparables à celui de Gharles-Quint dans Hernani : « Avoir ce livre ! O rage ! ne pas l’avoir . » etc.

Puis, la très désagréable sensation de se sentir visé au sujet du livre. D’officieux conseillers vous persécutent de leurs avis : Il vous faut les Contes de la Pompadour ! — C’est le complément de votre bibliothèque ! — Vous ne pouvez pas, vous ne devez pas les laisser échapper ! — Je serais à votre place que je les aurais à tout prix !. Ce « à tout prix » ne coûte rien à dire à ceux qui n’achètent pas. Mais dans la bihliophilie comme dans la curiosité, les amateurs qui ne veulent pas acheter un objet, — qui « ne sont pas dessus », comme on dit, — accomplissent des exploits théoriques, et se montrent crânes à peu de frais ; les dix, quinze, vingt mille francs leur sortent de la bouche drus comme grêle ; ils s’entremettent avec un zèle de propagande extraordinaire ; ils sont comme interposés entre le futur acquéreur et l’objet qu’ils « chauffent », qu’ils « frôlent » : c’est leur jouissance. Ceux qui ont des intentions sont au contraire extrêmement réservés : ils ne répondent pas , parce que la tactique élémentaire , (très éventée, et cependant toujours bonne), est de nier, même contre la vraisemblance, toute velléité d’achat, et d'autant plus énergiquement qu’on a d’une chose une envie plus poignante. {N’avouez jamais !) « Pour moi, les Contes de La Fontaine ? Mais . jamais de la vie ! jamais ! ! je n’essaierai même pas ! ! ! » Alors les officieux vous regardent avec pitié, en ayant ouvertement l’air de penser: « Cet homme ne sera jamais bibliophile ! »

Autre épreuve : la dissimulation , qui commande de ne

pas mettre les pieds chez l’expert pendant toute la durée de l’exposition privée ou publique ; de ne pas aller regarder une seule fois le livre convoité. Kt penser que, pendant de longs mois, mille mains prennent, manipulent, feuillettent,

— tripotent! — les précieux volumes, qui se trouvent ainsi à la merci du [iremier « mauvais pouce ».

Mntin, la cruelle obligation de monter à V arbre ; ce qui veut dire en argot de collectionneur, de s’enflammer chaque jour davantage par l’attente, et de reculer en conséquence la limite du sacrifice à faire. Au début, faisant notre plan de camiiagne avec Morgand, les Contes devaient se vendre huit mille francs : mais il ne fallait rien dire, n’en pas parler : et nous nous répétions comme des choristes d’opéra: Chut!, mystère, silence, lyrudence, etc. Le moyen de faire silence! Les bibliophiles commencèrent bientôt à venir, au jjas.sage des Panoramas, faire la conver- •sation au sujet de la bibliothèque Lacarelle, et c’étaient des « Ah ! ces Contes de la Pompadour ! Ah ! quel livre !.

— Ah ! quelle fraîcheur 1. — C’est le clou de la vente !. — Ça se vendra dix mille francs! » etc. — On ne répondait rien; mais les bavards une fois partis, (que le maulubec les trousque !) les instructions secrètes montaient. {Monsieur Moryand, allez à onze mille!). Cependant la vente approchait, s’annonçant d’une façon redoutable. Toute attaire de livres était suspendue : les acheteurs se réservaient pour cette vente. Porquet, sans avoir l’air d’y toucher, avait remarquablement lancé les choses pendant l’exposition faite dans sa librairie. Un point très important, sur lequel on avait eu un moment quelques inquiétudes, était acquis : « l’Amérique donnerait. » (Monsieur Morgand, allez à douze mille!). Le catalogue paraît, imposant, spécialement bonimenté , comme il convient , pour les morceaux capitaux, et accompagné de reproductions de reliures, dont celle des Contes, naturellement! {Monsieur Morgand; allez à quatorze mille!). La vente commence : tout le monde bibliophile est là; public superbe, spectacle passionnant : les enchères brûlent, et, détail caractéristique, c’est le « vieux maroquin » qui tient la corde; on

n’a d'argent que pour lui; « le feu y est » : Trautz luimème , du coup, subit une dégringolade! Les Contes prennent le chemin d’être le morceau le plus disputé de la bibliothèque Lacarelle. (^Monsieur Morgand, allez à seize mille !). La vacation fatale arrive; le comble de la dissimulation est de n'y pas assister ; mais au dernier moment , une crainte horrible de manquer le livre vous prend aux entrailles ; vite un billet par commissionnaire : « Monsieur Morgand, allez à vingt mille ! »

Et les Contes me restent, tous frais payés, pour dix-sept mille cinq cents francs.

11 paraît que c’est pour rien. Comme pour maintes batailles gagnées , il y eut dans la journée un moment où tout a semblé perdu. Un télégramme arriva à Morgand à la dernière minute : un client lui donnait pour les fameux Contes un ordre d’achat illimité. Morgand fut cruellement perplexe. 11 trancha l’affaire avec sa netteté et sa droiture ordinaires : c’était ma commission qu’il avait prise en premier lieu, c’était elle qu’il devait exécuter. — Le livre me fut remis, à ma grande joie, et au grand désespoir du client en question !

32. Nell.4. venut.4. in Rom.4, DI M.4.d.\ma Le Comte E DEI SIONORI W.4TELET E COPETTE , 1764 , in-8, eaux-fortes de Lavallée-Poussin , etc.

Reliure de Cuzin.

» THÉÂTRE DE CORNEILLE, Cxeiiève, 1764, figures de Gravelot. — Voyez plus loin n" 196.

33. Contes Moraux, de Marraontel, 1765, 3 vol. in-8, figures de Gravelot.

Bon exemplaire en reliure ancienne. (Les Contes Moraux sont extrêmement difficiles à rencontrer en épreuves simplement satisfaisantes ! )

34. LA SECCHIA RAPITA di Alessandro Tassoni. Paris, Prault , 1766, in-8, figures de Gravelot, fleurons de Marillier , Huet , etc.

Suite des illustrations: les figures en épreuves d'artiste, les fleurons en tirage hors texte.

Dans une reliure anglaise en maroquin orange à grain long, dos plat orné.

35. L’Honnète Criminel, drame, par Fenouillot de Falbaire , 1767 , in-8 , figures de Gravelot.

Exemplaire avec les eaux-fortes.

Relié sur brochure par Cuzin, maroquin tête de nègre DOUBLÉ de bleu (ce qui symbolise que sous des dehors noirs, l’honnête criminel a un intérieur candide!) A l’extérieur, aux angles des plats, un fer gravé spécialement pour cette reliure, et représentant un lys qui sort d’une chaîne de galérien (encore un symbole!); petite dentelle intérieure. Chiffre HB.

36. Eugénie , drame de Beaumarchais , 1767, in-8, figures de Gravelot.

Trois EAUX-FORTES.

Relié sur brochure par Cuzin, en maroquin tête de nègre doublé de La "Vallière clair. Encadrement XVIII® Siècle sur les plats; dentelle intérieure. Chiffre HB.

37. ŒUVRES DE VOLTAIRE, édition de Genève , Cramer 1768. — Suite complète des QUARANTE-QUATRE DESSINS ORIGINAUX DE GRAVELOT — En un album grand in-4.

Les dessins, plume et bistre, qui ont été gravés in-4 par Duclos, Longueil, Masquelier, Née, Massard, Rous-

seau, Simonet, etc., sont du même format que les gravures, et en sens inverse. (Un des dessins est inédit).

« Gravelot, — ont écrit MM. de Goncourt, — avec son aptitude à trouver les convenances de la scène, sa science perspective, son imagination d’architecture riche, est l’illustrateur complet et parfait, il est dans sa spécialité l’artiste vraiment unique et reconnu pour tel. »

Et cette série de quarante-quatre dessins in -4 pour Voltaire est le morceau capital de Gravelot.

On a bien dit que Gravelot n’était pas fait pour illustrer la tragédie. Pour l’illustrer tragiquement, cela se peut. Mais pour l’illustrer galamment, et de façon essentiellement XVIIP, il est au contraire tout indiqué, hit dans cette nombreuse illustration du Voltaire il se montre sous des aspects variés : gracieusement allégorique et pseudo-historique dans ses dix compositions de la Henriade qui à elles seules formeraient une série d’illustrations de premierordre ; mythologique dans les opéras comme Pandore \ turc ou chinois-Louis XV dans Zaïre ^ Le Fanatisme , Zulime et L' Orphelin de la Chine ; enfin XVIIP bien français dans les illustrati{)ns des comédies: L'Indiscret, L’Enfant prodiçiae. Chariot, La Prude, Nanine , La Femme qui a raison, L Ecossaise , Le Droit du seirjneur.

Les dessins, sur papier de Hollande, non collés sur d’autres papiers, et ayant leurs marges, sont d’une conservation absolue et d’une irréprochable fraîcheur.

Cette précieuse suite provient encore de l’admirable collection Morel-Vindé.

38. ŒUVRES DIVERSES DE DORAT, avec ZELIS AU RAIN du marquis de Pezay, 1764-68, 4 vol. in-8, figures d’Eiseii.

En dehors des Baisers et des Fables, il y a quelques opuscules de Dorât qui sont a.ssez désirables à cause des planches. Mais les œuvres complètes de Dorât sont un trop volumineux bouquin. Il faut un choix.

Il est agréable de trouver ce choix tout fait par un

contemporain qui a réuni, en exemplaires à belles épreuves :

T. 1. — Zéiis au bain ^ Le Pot-Pourri, Epitre à mon ami. Les Dévirgineurs , Combabus, Les Tourterelles de Zelmis, Lettre de Zéila, Réponse de Valcour.

T. II. — Lettres en vers {Octavie à Antoine, Héro à Léandre, Abailard à Héloïse), Epïtre à Catherine II, Lettre de Julie, Lettre de Barnevelt , Lettre du comte de Comminges, Lettre de Philomèle à Progné, Alcibiade à Glycère, Yénus à Pâris, Epitre à la maîtresse que j’aurai, Lettre de Caïn apirès son crime à Méhala, son épouse.

T. III. — Mes Fantaisies, Irza et Marsis, Sélim et Sélima, Les Cerises.

T. IV. — Lettre d’Ovide à Julie , Lettre de Valcour à son père. Bagatelles anonymes , Suite des Bagatelles , La Déclamation théâtrale , La Danse.

Dans une reliure ancienne en maroquin vert doublé de tabis; sur le dos, les mêmes fers spéciaux qui ont servi au Racine illustré par Gravelot, avec ce titre: Pièces de Dorât. Sur les plats, la même ornementation que les reliures dites de présent des Contes de La Fontaine des Fermiers généraux. (Il est assez utile de pos.séder, par ce livre, la reliure de présent que je ne puis avoir sur les Contes de La Fontaine, étant autrement pourvu; voir plus haut n® 31).

Exemplaire de Mérard-Saint-Just, de Renouard et de Double. A ces provenances s'enjoint une autre assez originale : le livre a été vendu à Morgand [lar Pigott, le fabricateur des fausses lettres de M. Parnell au Times, qui s’est suicidé à Madrid.

On s’est beaucoup moqué de Dorât et de son habitude de faire valoir ses poésies par des vignettes. Mais Dorât n’est pas l’inventeur du .système qui consiste à éviter le naufrage en se .sauvant « de planche en planche ». Plus de cent ans avant lui, Puget de la Serre, au dire de Tallemant des Réaux , tenait pour maxime qu’il ne fallait, pour faire un volume, qu’un beau livre et « une belle taille-douce ».

:->,i ■ iru M féuni, en exetiipiaires à tielles

au bain. Le Pot-Pourri, Épltre à mon Dévirffineurs , Combàbus, Les Tourterelles de r:i:f;nis. Lettre de Zêila, Réponse de Valcour.

T. II. — I,^ttres en vers {Octavie à Antoine, Iléro à Léandre, Abailard à Héloïse), EpUre à Catherine //, Lettre de Julie, J^ettre de Bar-tevHt , lettre du comte de Commin/jes, Lettre de plâl- 1 leP à T^ogné, Alcibiade à Glycère, Vénus à Péris, Épiire à ta m é que f aurai.

Lettre de Caïn a-jrès son crime à Méhai;-., <house.

T, III. “ Mes hé -it'i.isies, Ina et Marsi., Selrm Sélimet, Les (,'r-rit,^, .

T. [V, — Latrre d'Cr-.ir fi Mlù-, Lahv de Valcour à son père, Rnoat lies anonymes , Suite des Bafpxtrlles, Im îléciamaiion ihéâtraie, La . Danse.

Dans une reuüue ANCiE>ii>îE en maroijui» vert 'lou'tilè de tabis; sur le do.s , les mème.s fers .spéciaux qui ont servi au Racine ilîu.stré par Gravelot, avec ce titre: Pièces de Dorât. "Sur le, s plats, la même ornenientatiori que les reliure, s dites de présent des Contes de La Fontaine des Fermiers généraux. (Il est assez utile de piosséder, par ce livre, la reliure de pré.-^ent eue je ne puis avoir sur les Contes: de I^a Fontar-ae . . et ■ "'vvu; voir

plu? haut n'’ ’dî .

Exemplaire de -r- Renoua rd et

de Doont-K. A cê-^ provenu rives jr.-'nl une autre assez ongiï/.'îk' ; le. 1 ■ c K '.'.V’ veji'ki à Morgand parPigott.' le-

t.-S :fi- V-M';: de M.

rî ;• ■■■ - li.!\ P'-i

Parnel! nu Tintc.c,

■ 1 ,.i ■ oï ; •:r

- poésies p,;V

vt 4*' son habitude ottes. Mais Dorât

n esi. pa’r, du systCrc-v ; ; .ensiste à éviter le

naufrage en .se .'.^a.uvaïît *: de 'j lsn.;:,;- ,■!• planche ». Plus de cent ans avant lui. Pûget tie !.i S. , -v au dire deTallemant des Réaux , tenait' pour rnaxxîüc -.ju'il ne fallait, pour faire un volume, qu’un beau livre et *. une I>eIIe taille-douce

Page 1