Estat de la Perse en 1660
Les relations diplomatiques et commerciales de la France avec la Perse, milles pendant toute la durée du xvi® siècle, n’eurent que fort peu d’activité dans le cours du siècle suivant, Depuis la conclusion du traité de Madrid, François I" avait recherché l’alliance de la Turquie, et les rois ses successeurs cultivèrent toujours avec soin une amitié dont le secours leur était si utile dans leur lutte contre la maison d'Autriche. La Perse, engagée dans des guerres longues et désastreuses contre la Turquie, avait tenté;, dès l’époque du sultan Ouzoun Hassan, de s’assurer l’appui de certains États chrétiens qui, en menaçant les provinces européennes des sultans, auraient détourné des frontières d’Asie une partie des forces de l’ennemi commun. Châh Ismayl, fondateur de la dynastie des Sèfèvis, après avoir anéanti les tribus turcomanes du Mouton blanc et du Mouton noir, avait essayé d’entrer en relations avec l’Empire germanique, le roi de Hongrie et la république de Venise h Ses tentatives n’avaient
1. Un agent de Châh Ismayl, désigné dans la correspondance de Charles-Quint sous le nom de Frater Petrus de Monte Libano, apporta en 1525, à Tolède, une lettre dont la traduction latine fut publiée à celte époque avec celle adressée au roi de Hongrie, sous le titre suivant : Sophi regis Persarum epistola ad Carolum imperalorem et Ludovicum regem Hungariæ, quibus eis perpetuum fœdus pollicitur, eosque ad arma socia in immanissimum Turcarum regem capienda
point été couronnées de succès, et plusieurs de ses envoyés, découverts en Asie -Mineure, avaient été conduitsà Constantinople pour y être mis à mort*. Les Vénitiens, de leur côté, après avoir soutenu contre Mahomet II une guerre longue et malheureuse, ne se souciaient nullement de sacrifier les intérêts de leur trafic dans le Levant, pour secourir des princes dont les États étaient si éloignés de leurs possessions. Us avaient dû renoncer en Perse au commerce de la soie qui avait été pour eux, pendant une longue période, la source de profits considérables, et ils avaient perdu, par la mort de Ouzoun Hassan, la situation prépondérante qu’ils avaient à la cour de TaurizL Des consuls de la Seigneurie résidaient
summoperé hortatur, dolens vias Chrislianorum qui se perpetuis bellis dilanient, unde Oltomanorum imperium lalius propagari possit. S. 1. n. d., 4 fT. Ces deux lettres sont ainsi datées et signées : Scripta est mense Xevel (chevval), anno Arabum D.C.C.C.G.XXIX. (août 1523). Humilis servus et maximus amicus, Xara Ismael Sophy filius Xaiki Hider (Chah Ismayl Sfèvèy, fils de Cheikh Hayder). Le frère Pierre du Mont-Liban fut renvoyé en Perse, porteur de la répotise de Charles- Quint écrite à Tolède, le 25 août 1525. Chah Ismayl était mort le 14 mai 1524, et la chancellerie de la cour impériale était si mal informée des événements qui se produisaient en Asie, que Charles-Quint accréditait, en 1529, auprès de Châh Ismayl, Jehan de Balbi, chevalier de Jérusalem et gentilhomme de rhôlel. Jehan de Balbi était chargé de demander au châh de Perse de prendre les armes contre le Sultan et s’il ne pouvait faire une expédition en règle, « de faire guerroyer ès limites et frontières des pays dudict Turcq et en plus de lieux qu’il sera possible pour le contraindre à tenir ses gens divisez et divertir ses forces et mcsmesdu costé du royaume d’Hongrie, qu’est le quartier où il peult plus grever ». Karl Lanz, Correspondent des Kaiser Karl V. Leipzig, 1844, t. I, p. 52, 168, 292-294.
1. « Certezza di quei havemo nove freschissime di un mese et mancho, che de quelli lochi venne uno et dixe che Sophi havea mandate uno suo embasciatore alla Maestà de re de Hungaria, chè debbia fare campo contra el Turcho perché dicte Sophi gli séria presto dall’ akro canto con grande exercito el quale embasciatore fu discoperto appresso Angori et fu preso et menato in Constantinopoli et subito fu tagliato a pezzi con tutta la sua compagnie. » Marine Sanuto, Diarii, t. VIH, col.
2. Jean, empereur de Trébizonde, avait donné en mariage à Ouzoun Hassan sa fille Despina Theodora dont la sœur épousa Nicolô Crespo, duc de l’Archipel. Crespo eut de son mariage quatre filles qui épousèrent : Fiorenza, Mario Cornaro ; Lucrezia, un membre de la famille Priuli; la troisième, Valenza, fut unie à Giovanni Cornaro et la quatrième, Violante, à Caterino Zeno qui fut, en 1472, ambassadeur de la Seigneurie auprès de Ouzoun Hassan. Caterino Zeno était le fils de Pier Zeno, sur-
dans cette ville, à Lahidjaii et dans certaines localités du Khorassan^ où les marchands vénitiens avaient monopolisé, outre le commerce de la soie, celui des marchandises précieuses de l'Asie centrale et de la Chine.
Pendant la guerre soutenue par Ouzoun Hassan contre Mahomet II, le Sénat avait fait parvenir en Perse des secours en artillerie et en munitions^ et avait mis à la disposition du prince turcoman des officiers expérimentés et des soldats exercés au maniement des armes à feu. Les guerres d’extermination qui suivirent l’apparition de Chah Ismayl ruinèrent le commerce et l’influence des Vénitiens. Chàh Tahmasp, fils et successeur de Chah Ismayl, se trouva engagé, durant les premières années de son règne, dans une guerre avec les Turcs qui ne prit fin qu’en 1554. Les vingt dernières années de sa vie ne furent troublées que par les incursions des Uzbeks dans le Khorassan ; le commerce européen essaya alors de reprendre le chemin de la Perse ; la reine Élisabeth, préoccupée des intérêts commerciaux de ses sujets, encouragea les projets d’Anthony Jenkinson, qui avait formé le dessein d’ouvrir au négoce britannique des voies nouvelles en Russie et dans l’Asie centrale. Le 25 avril 1561, la reine écrivit à Châh Tahmasp une lettre le priant d’accorder sa protection à Jenkinson qui se proposait de
nommé « il Dragone », qui, après avoir visité l’Arabie et la Perse, mourut à Damas. A son retour à Venise, Caterino Zeno fit imprimer une relation de son voyage dont tous les exemplaires disparurent sans que Ramusio et Zeno le jeune aient pu s’en procurer un seul. Zeno le jeune se servit des lettres que Caterino avait écrites à ses amis et publia en 1568 : Dei commentarii del viaggio inPersia di M. Caterino Zeno il K. et dette guerre facte nell' imperio Persano dal tempo di Ussun Cassano in qua, libri due, etc. Vincenzio Formaleoni a fait imprimer à Venise, en 1783, un ouvrage intitulé : Calerin Zeno, Storia curiosa dette sue avventure in Persia, tratta de antico originale manoscritto, qui n’a aucune valeur historique.
Cf. Berchet, La repubblica di Venezia e la Persia. Venise, 1865, p. 2 et 97 et suivantes.
parcourir ses États dans un but commercial ; ce voyage ne produisit pas les fruits que l’on avait espéré recueillir *. Les troubles qui agitèrent la Perse, depuis la mort de Chah Tahmasp jusqu’à l’avènement de Chah Abbas P"', et les difficultés intérieures et extérieures avec lesquelles ce prince eut à lutter au commencement de son règne^, n’encouragèrent pas les Européens à se rendre en Perse ; mais la vigueur de son gouvernement et les succès qu’il remporta sur ses ennemis mirent un terme à la confusion dans laquelle le royaume était tombé depuis si longtemps.
Dans la dernière année du xvC siècle, on vit paraître à la cour du Châh un Anglais, sir Anthony Shirley, qui venait offrir ses services militaires.
Sir Anthony Shirley, né à Wiston en 1568, appartenait à une famille noble. Après avoir achevé ses études à PUniversité d’Oxford, il embrassa la carrière des armes et alla guerroyer dans les Pays-Bas. 11 se distingua à la bataille de Zutphen (1591), et, pour récompenser sa valeur, Henri IV lui accorda le collier de Saint-Michel.
La reine Elisabeth ne lui permit pas d’accepter cette marque de distinction, et, à la suite d’une enquête dirigée par
1 . Les relations de Jenkinson ont été publiées par Hakluyl dans le premier volume de The principal navigations, voyages and discoveries of lhe English nation, made by sea or overland. Londres, 1598-1600. Samuel Purchas les a réimprimées dans le tome III de son Hakluytus posthumus or Purchas his pilgrimes, contayning a history of lhe world, in sea voyages and land travells by Englishmen and others, Londres, 1625, pages 231-242.
Melchisedech Thévenot en a inséré une traduction française abrégée dans la Relation de divers voyages curieux qui n’ont pas été publiés et qu’on a traduits ou tirés des originaux. Paris, 1696, t. I, n® partie, p. 17-45, traduction qui a été insérée dans le tome IV du Recueil des voyages au Nord contenant divers mémoires tres-utiles au commerce et à la navigation. Amsterdam, 1732, pages 470-516. Enfin on trouve dans le Persia, seu regni Persici status de la collection des républiques publiées parles Elzevirs (Leyde, 1647, pages 270-279) une traduction latine également abrégée des itinéraires de Jenkinson.
sir John Packcring et par lord Buckhurst, il dut renvoyer le collier qu’il avait reçu du roi de France.
La protection du comte d’Essex valut, en 1596, à sir Anthony Shirley le commandement d’une expédition dirigée contre les îles espagnoles de l’Amérique : deux années plus tard, ce seigneur l’invitait à se mettre à la disposition de don César d’Este, fds naturel du duc de Ferrare, auquel le pape Clément VIII contestait la possession du duché. Clément VIII ayant fait son entrée à Ferrare avant l’arrivée de sir Anthony Shirley, la mission dont il était chargé devint sans objet. Le comte d’Essex lui fit alors proposer de se rendre en Perse pour déterminer Chah Abbas à entrer dans une ligue générale dirigée contre l’Empire ottoman, et à accorder aux sujets anglais certains avantages commerciaux. Sir Anthony Shirley accepta sans hésiter une mission qui n’était point exempte de périls. Il s’embarqua à Venise, le 24 mai 1598, avec une suite de vingt-cinq personnes, parmi lesquelles se trouvaient son frère Robert Shirley, le capitaine Powel qui fut créé chevalier par Jacques P", John Howard, John Parrot, qui mourut à Lahore, et un artilleur habile dans Fart de fondre les canons.
Sir Anthony Shirley débarqua à Alexandrette, et après avoir séjourné pendant quelque temps à Alep, il traversa le désert et gagna Bagdad et les frontières de Perse. A Qazbin, il fut reçu, en l’absence du Chah, par le grand maître de l’hôtel de ce prince et par le gouverneur de la ville. Peu de jours après, Chah Abbas, revenant du Khorassan où il avait dirigé une expédition heureuse contre les Uzbeks, fit une entrée solennelle dans cette ville. Sir Anthony Shirley, dans l’audience qui lui fut accordée, ne déploya pas le caractère d’ambassadeur. Se conformant à l’usage des cours orientales,
il offrit en présent au Chah six paires de pendants d’oreilles en émeraude, deux bijoux ornés de topazes, deux coupes, l’une en cristal de roche, l’autre en or émaillé, et une salière en or. Grâce à l’influence d’Allah Verdy Khan, généralissime des armées persanes, sir Anthony Shirley réussit à faire agréer ses services et ses projets. Un ambassadeur ottoman, qui était venu solliciter le renouvellement de la trêve conclue entre la Turquie et la Perse, fut brusquement congédié, et Châh Abbas offrit à Shirley de prendre part à la campagne qui allait s’ouvrir contre les Turcs. L’intention du Châh était d’envoyer en Angleterre llohert Shirley qui aurait été chargé d’offrir en son nom des présents à la reine Elisabeth et de conclure un traité d’alliance avec cette princesse : mais sir Anthony Shirley représenta qu’il serait plus utile d’accréditer un ambassadeur auprès de tous les princes de la chrétienté, et de former avec eux une ligue à laquelle la reine d’Angleterre s’empresserait d’acquiescer.
Cette ligue aurait pour résultat l’anéantissement de la puissance ottomane, incapable de résister aux attaques combinées de l’Europe et de la Perse. Chah Ahhas adopta ce projet et chargea sir Anthony Shirley de négocier des traités avec l’empereur Rodolphe, le pape, la république de Venise et le roi d’Espagne. Sir Anthony Shirley, pour donner un gage de sa sincérité, laissa à la cour de Châh Ahhas son frère Robert et cinq de ses compagnons. Le Châh lui adjoignit un fonctionnaire de médiocre importance nommé Ilusseïn Aly hek‘, quatre Qourtchy [cRxSiYxevs de race noble), et cinq interprètes. Trente-deux chameaux étaient chargés de caisses ren-
1. « Le roy de Perse ayant résolu d'envoyer Cyrie pour ambassadeur, il !uy donna pour compagnon Ussein Alibeg, gentilhomme de sa maison et l’un des petits huissiers de son palais. » Antoine de Gouvea, Relation des grandes guerres et victoirç obtenues par le rorj Cha Abbas, etc., 1646, p. 105,
fermant les présents du Chah. Sir Anthony Shirley prit congé de ce prince à Ispahan et après avoir traversé les villes de Ka^ chan,de Qoum, de Savèh, de Qazbin et la province du Guilan, il s’embarqua sur la mer Caspienne et atteignit Astrakan a[)rès une pénible navigation.il fallut six mois à l’ambassadeiir et à sa suite pour se rendre à Moscou b Par ordre du grand-duc, on affecta de ne point reconnaître à Shirley le caractère d’ambassadeur. Toutes les prévenances et tous les honneurs furent réservés à Hussein Aly bek. Les lettres dont sir Anthony Shirley était porteur furent ouvertes et il lui fut expressément défendu de voir les marchands anglais établis à Moscou. Après un séjour de six mois dans cette ville, l’am" bassade persane reçut l’ordre de se rendre à Arcliangelet de s’y embarquer pour Stettin ; après avoirtraversérAllemagne, elle arriva à Prague dans l’automne de l’année 1600. Elle fut honorablement reçue par l’empereur Rodolphe, mais ce
1. Sir Anthony Shirley a publié une relation de son voyage en Perse sous le titre de : Sir Anthony Sheriey, his relation of his travels into Persia. The dangers and distresses which befell him in his passage, both by sea and land, and his strange nnd unexpected délivrances. His rnagnificent entertainement in Persia. his honourable imployment there-hence as Embassador to the princes of Christendome , the cause of his disapointment therein,with his advice tohis brother sir Robert Sheriey, also a true relation of the great magnificence, valour, prudence, justice, tempérance and other manifold verlues ofAbas, now king of Persia, with his great conquests, whereby he hath inlarged his dominions. Penned by S'’ Antony Sheriey and recommended to his brother S’’ Robert Sheriey, being now in prosecution of the like honourable imployment. London, Printed for Nathianell Butter and Joseph Bagfet, 1613, 139 pp. Outre la relation de sir Anthony Shirley nous possédons celle de \V. Parry : A new and large discourse of the travels of sir Anthony Shirley, knight, by sea and overland to the Persian Empire, writlen by 'William Parry, gentleman, ivho accompanied sir Anthony in his travels, London, 1601. Un résumé de la relation de Parry a été inséré à la fin [du volume publié par Aug. Courbé en 16.t1 sous le titre de Relations véritables et curieuses de l'Isle de Madagascar et du Brésil. Belation d’un voyage de Perse faict ès années 13 OS et 1390 par un gentilhomme de lu suite du Seigneur Scierly, ambassadeur du roi d'Angleterre. John Cartwright, a publié : Observations in his voyage f rom Aleppo toHispaan and back ogain, about tOOS, and returne by the way of Persia, Susiana, Chaldea, Assyria and Arabia,
prince n’accueillit pas sans réserve les propositions de sir Anthony Shirley ; il lui donna le conseil de renoncer à la visite qu’il lui était enjoint de faire aux principales cours de l’Europe et lui proposa d’expédier des courriers spéciaux porteurs des lettres dont il était chargé. Après un séjour de trois mois à Prague, l’ambassadeur reçut son congé*. L’empereur lui fit remettre, au moment de^son départ, cinquante pièces d’argenterie et deux mille ducats pour ses frais de route. Chacun de ses officiers reçut une grande coupe en argent doré et une gratification de deux cents ducats.
L’ambassade fut reçue avec pompe dans toutes les villes de l’Empire qu’elle traversa pour se rendre en Italie; elle fut magnifiquement accueillie à Mantoue par le duc Vincent de Gonzague. Shirley avait fait prévenir la seigneurie de Venise de sa prochaine arrivée, par un certain Michel-Ange Gérray d’Alep ; un courrier fut, en outre, expédié de Mantoue, mais la réponse qu’il rapporta était loin d’être favorable. Des négociations étaient engagées entre la Seigneurie et la Porte ottomane et un envoyé du Sultan se trouvait alors à Venise. Le Sénat estimait que l’arrivée d’un ambassadeur de Chah Abbas pourrait donner de l’ombrage à la Porte ottomane et nuire au succès des pourparlers. 11 invita donc sir Anthony Shirley et ses compagnons à renoncer à leur visite. Les envoyés du Chah se déterminèrent alors à se rendre à Rome. Ils se dirigèrent sur Florence où le grand-duc les accueillit avec la plus grande courtoisie, et ils trouvèrent à Sienne un cardinal chargé par le pape de les accompagner jusqu’à Rome". Dans l’audience
1. Les dépêches relatives à la missioa de sir Anthony Shirley adressées au Doge par Piero Duodo, ambassadeur de Venise auprès de l'empereur Rodolphe, sont insérées dans l’Appendice, pages 277-284.
2. Cr. V entrée solennelle faicle à Rome aux ambassadeurs du roy de Perse, le cinquiesme avril 160t. Envoyez à N. S. Pere le Pape pour contracter ligue contre
qui lui fut accordée, sir Anthony Shirley exposa au Saint- Père les vues de Chah Abhas au sujet de la ligue contre les Turcs ; il promit au nom de ce prince le libre exercice de la religion chrétienne dans toute l’étendue de la Perse, et il lit luire aux yeux de la cour de Rome l’espérance de faire entrer un jour les Géorgiens dans le giron de l’Église catholique. Le séjour de sir Anthony Shirley à Rome se prolongea jusqu’au mois de juillet 1601. A cette époque, il quitta secrètement la capitale du monde chrétien, eC en compagnie d’un serviteur et d’un page, il gagna Ancône et Venise. Les motifs de ce brusque départ sont restés enveloppés de mystère. On a prétendu que ses papiers et les lettres adressées aux différents souverains par Chah Abhas, avaient été dérobés par un de ses gens, portés à Constantinople et livrés au grand vizir. Ne se sentant point en sûreté, sir Anthony Shirley avait cru devoir se mettre sous la protection de la seigneurie de Venise. Don Juan de Persia*, de son côté, affirme que sir Anthony Shirley avait vendu, en Moscovie et à des marchands anglais établis dans les ports de la Raltique, une partie des présents destinés aux souverains chrétiens : une dispute très violente aurait eu lieu à Sienne, en présence du cardinal envoyé par le pape, entre sir Anthony Shirley et Hussein Aly bek, lorsque
le Turc et moyenner la réduction de son royaume à la religion catholique, apostolique et romaine. Traduit de l'italien imprimé à Rome. Paris, chez J. et P. Meltayer, imprimeurs et libraires ordinaires du Roy, 1601. Jouxte la copie imprimée à Lyon par Jacques Roussin.
1. Relaciones de Don Juan de Persia, 1° 156. Don Juan de Persia portait avant sa conversion au christianisme le nom de Ouroudj bek. Il était le fils d’un officier distingué appelé Sultan Aly bek, appartenant à la tribu kurde des Beyat et qui trouva une mort glorieuse au siège de Tauriz. Le roi d’Espagne fut son parrain et lui donna le nom de Juan. Il a publié, avec l’assistance du licencié Remon, un ouvrage intéressant intitulé : Relaciones de Don Juan de Persia dirigidas a la Magestad Catholica de Don Philippe III rey de las Espanas y senor nuestro. Divididas en très libros donde se tratan las cosas notables de Persia, la genealogia de susreyes, guerras de Persanos, Turcos, Tartaros y las que vido en el viaje que kizo a Espana
celui-ci réclama les cadeaux que l’on devait remettre au pape et qui ne purent être retrouvés. Cet incident désagréable aurait déterminé la fuite de Shirley.
Hussein Aly bek demeura encore deux mois à Rome. En le congédiant, le pape lui fit don d’une chaîne en or et d’une somme de deux mille ducats, et chacun des Qourtchy reçut une chaîne et le portrait de Sa Sainteté. Trois Persans qui avaient manifesté le désir d’embrasser le christianisme demeurèrent à Rome. Un chanoine, originaire de Rarcelone, nommé don Francisco Guasqne , fut chargé d’accompagner l’ambassade et de subvenir à tous scs besoins jusqu’à son arrivée en Espagne. Hussein Aly bek et sa suite allèrent s’embarquer à Gênes sur deux galères qui les conduisirent à Savone : de cette ville ils se dirigèrent sur Avignon, puis ils arrivèrent à Perpignan après avoir traversé Nîmes, Montpellier et Narbonne. A Rarcelone, ils furent reçus par le duc de Feria, vice-roi de Catalogne, et conduits à Valladolid où Philippe 111 leur accorda une audience solennelle. Hnsscin Aly bek séjourna pendant deux mois à la cour : il y éprouva un chagrin cuisant. Sonneveu, Aly Qouly bek et Ouroudj bek, touchés par les cérémonies de l’Église catholique et séduits par la manière de vivre et les coutumes des Espagnols, manifestèrent l’intention d’abjurer l’islamisme. Sur leur demande, ils furent confiés aux soins de Pères de la Compagnie
y su conversion y la de otros dos cavallerospersianos. Anno 1604. Con privüegio. En Valladolid por Juan de Bostillo en la calle de Samano. Cet ouvrage est divisé en trois livres. Le premier contient la description sommaire des provinces de la Perse, la façon dont elles sont gouvernées, leurs coutumes, les principales tribus qui y résident, enfin on y trouve la chronologie des rois de Perse depuis Nemrod jusqu’à Chah Abbas. Le deuxième livre est consacré à la dynastie des Sèfèvis et aux guerres soutenues par les Persans contre les Turcs et les Uzbeks. Le troisième nous fournit le récit de l’arrivée de sir Anthony Shirley à la cour de Perse et celui du voyage de l’ambassade depuis son départ d’ispahan jusqu’à son arrivée à Lisbonne.
de Jésus qui se chargèrent de leur instruction religieuse. Ils furent tenus l’un et l’autre sur les fonts baptismaux par le roi et parla reine et on leur donna les noms de Don Philippe et de Don Juan.
Hussein Aly bek reçut du roi, à son audience de congé, une chaîne d’or de la valeur de cinq cents écus et une somme de dix mille ducats pour ses frais de voyage. Il fut conduit à Lisbonne et embarqué sur un des navires de la flotte qui se rendait à Ormuz. Pendant les quelques jours qu’il passa à Lisbonne, il eut encore le cruel déplaisir de voir un des cavaliers attachés à sa mission, Bouniat bek, renoncer à l’islamisme et recevoir au baptême le nom de Don Diego.
Hussein Aly bek essaya de tirer vengeance de ces néophytes ; il soudoya un Maure qui, après avoir ramé sur les galères d’Espagne avait été rendu à la liberté, et il fallut l’intervention énergique du marquis de Santa Cruz pour sauver d’un guet-apens les nouveaux chrétiens Don Diego et Don Juan de Persia.
Pendant que l’ambassadeur persan parcourait l’Italie et l’Espagne, l’empereur Rodolphe avait envoyé un agent auprès de Chah Abbas afin de s’éclairer plus complètement sur ses intentions et sur sa puissance. Il avait désigné pour remplir cette mission un gentilhomme de Transylvanie, Étienne Kakasch de Zalonkemeny. Ses instructions lui prescrivaient de conclure un traité d’alliance et il devait engager le Châh à ne point souscrire, avant la prise de Tauriz, aux propositions de paix qui lui seraient faites par le Sultan. Kakasch avait, en outre, l’ordre d’inviter, à son passage à Moscou, le grandduc Boris à joindre ses efforts à ceux de l’Empire et de la Perse pour abattre la puissance ottomane. Kakasch partit de Prague le 27 août 1 602 et arriva à Moscou le 9 novembre
suivant. De Moscou il gagna Astrakan où il s’embarqua le 22 juillet 1602 et, après une navigation pénible de trente et un jours sur la mer Caspienne, il débarqua à Langueran. 11 put arriver à Lahindjan où la maladie de huit des personnes de sa suite le contraignit de s’arrêter ; lui-même ne tarda pas à succomber aux fatigues et aux privations endurées pendant son voyage. Son secrétaire, Tectander von der Jabel, remit à Chah Abbas les lettres de l’Empereur et revint à Prague accompagné par un ambassadeur, nommé Abbas Oouly Khan, accrédité par le Chah auprès de la cour impériale, et par Henri de Logau qui venait de remplir une mission auprès du grand-duc de Moscovie*.
Dans les dernières années de son règne, Philippe II avait résolu d’envoyer en Perse un ambassadeur chargé de demander à Mohammed Chah Khoudabendèh d’autoriser dans ses Etats le libre exercice de la religion chrétienne, de continuer la guerre contre l’Empire ottoman et de stipuler pour ses sujets certains avantages commerciaux. Le vice-roi des Indes
1. Tectander von der Jabel nous a laissé une relation du voyage de Kakasch : une première édition remplie de fautes grossières parut en 1605 et fut désavouée par l'auteur qui donna au public en 1609 une seconde édition dédiée à Christian II, duc de Saxe et aux princes Jean, Georges et Auguste, ducs en Saxe et margraves de Magdebourg, et portant le titre suivant : Iter Persicum, Kurtze doch auszfuhrliche und warhafflige Beschreibung der Persianischcn Reiss : welche auff der Rom : Kay : Maj : allergnedig. Befelch, iin Jahr Christi i602, vondem Edlen und Gestrengen Herren Stephano Kakasch von Zalonkemeny vornehmen Siebenburgischen von Adel, angefangen : und als derselbig unlerwegen zu Lantzen in Medier Land iodes verschieden : von seinem Reissbefehrten Georgio Tectandro von der Jabel vollends continuiret und verichtet worden, etc., 1609. Gedruckt zu Altenburg in Meissen. (Iter persicum, brève mais non moins détaillée et véridique description du voyage en Perse entrepris en l’année du Christ 1602 sur l'ordre de Sa Majesté Impérialeet Romaine par le noble seigneur Étienne Kakasch de Zalonkemeny, gentilhomme de Transylvanie : et lorsque celui-ci mourut en route à Lantzen au pays des Mèdes : continué et achevé par son compagnon de voyage George Tectander von der Jabel. Imprimé à Altenbourg en Misnie.)
La relation du voyage de Kakasch a été traduite en français et publiée en 1877 à Paris, chez Ernest Leroux.
dom Mascareiihas, comte de Santa Cruz, reçut l’ordre de désigner un personnage capable de s’acquitter avec succès d’une mission si délicate. L’état des finances de la viceroyauté des Indes ne permettait pas de faire les dépenses qu’entraînait l’envoi d’un personnage de distinction à l’une des cours les plus fastueuses de l’Asie. Le conseil du vice-roi dut se contenter de faire partir pour Ispatian le Père Simon Moralès qui avait une connaissance approfondie de la langue persane et la parlait avec la plus grande facilité. Le Père Moralès, fut accueilli avec bienveillance par le Chah qui le chargea de donner à son fils, Hamzèh Mirza, des leçons de mathématiques et d’astronomie. Les propositions, faites par le Père Moralès, d’une action de l’Espagne et de ses alliés contre l’Empire ottoman, furent agréées et Mohammed Châh Khoudabendèh rompit les négociations entamées en vue de la conclusion de la paix. Le Père Moralès avait, en outre, déterminé la cour de Perse à envoyer un ambassadeur en Espagne. 11 s’embarqua avec lui sur un navire appelé le Doji Vojjage ; assailli par une violente tempête sur la côte orientale d’Afrique, le Bon Voyage se perdit corps et biens.
Philippe 111, préoccupé comme son père de l’extension de la foi chrétienne en Orient, chargea, dans le courant de l’année 1601, le vice-roi dom Arias Saldanha et Alexis de Menessez, archevêque de Goa et primat des Indes, d’envoyer une mission en Perse. Les Pères Jérôme de la Croix, Christophe du Saint-Esprit et Antoine de Gouvea, religieux de l’ordre des Hermites de Saint-Augustin, furent désignés pour se rendre à la cour de Châh Ahbas. Cette mission partit de Goa le 1 0 février 1 602 et arriva le 4 septembre à Mechhed, où résidait alors le Chah , Ce prince envoya à sa rencontre les principaux officiers de sa cour à la tête desquels
se trouvait Robert Shirley*. Une audience fut accordée sans délai aux religieux et le Père Jérôme de la Croix* présenta au Châli la lettre du roi d’Espagne, les cadeaux du vice-roi des Indes, et il offrit au nom d’Alexis de Menessez un exemplaire richement relié de la Vie de Jésus-Christ tableaux
de sainteté. Châb Abbas témoigna tout d’abord de grands égards aux Pères Augustins qui l’accompagnèrent à Kachan et à Ispahan ; mais les excès d’un zèle indiscret et le spectacle déplorable des querelles et des scènes de violence qui eurent lieu entre Diego de Miranda et Francesco da Costa, envoyés par le pape Clément VIII, refroidirent singulièrement les bonnes intentions du Chah. Il essaya vainement de réconcilier les deux envoyés du pape ; il permit néanmoins aux religieux Augustins de construire un couvent et une église à Ispahan, et il fit payer, par son trésorier, les artistes chargés de couvrir les murs d’arabesques en or et en azur. Après avoir reçu de Gouvea l’assurance que le vice-roi des Indes ne dirigerait aucune expédition sur les côtes du golfe Persique, il déclara la guerre au Sultan et fit partir pour l’Espagne, en compagnie de Gouvea, un de ses officiers, Allah Verdy bek, chargé de remettre des lettres au roi Philippe IIP.
1. «Un peu devant les autres, marchoil un jeune homme Anglois de nation, aagé de vingt ans ou environ, nommé Robert Cyrle, qui faisoit sa résidence en la cour du Roy depuis quatre ans. Il estoit venu avec un sien frère plus aagé, nommé Anthoine Cyrle, homme fort entendu et de grande expérience ès choses de la guerre. » Gouvea, Relation, etc., p. 102.
2. On peut consulter pour les missions diplomatiques confiées aux Hermites religieux de Saint-Augustin les : Brieves relations des progrès de l’evangile au royaume des Perses en la conversion des Mores, préparation des Perses à la moisson evangelique et en la réunion des Arméniens avec l'Eglise de Rome, par les frères heremites religieux de Saint- Augustin. Item, les grandes conquestes du grand Roy de Perse sur nos communs ennemis les Turcs, à Liège, 1610. Cet ouvrage est dû à la plume de George Maigret, docteur théologien et prieur de S. Augustin lez Liège.
3. Antoine de Gouvea nous a laissé une relation des différentes missions envoyées par le roi d’Espagne Philippe III à la cour de Perse. Cet ouvrage fut publié à Lisbonne, en 1611, sous le titre de : Rclaçam en que se tratam as guerras e
Chah Abbas était toujours préoccupé de l’idée de s’emparer d’Ormuz et de chasser les Portugais des places qu’ils occupaient à l’entrée du golfe Persique ; mais ce projet ne })Ouvait être réalisé sans l’appui de la marine d’une puissance européenne et. sans la conclusion d’une paix avantageuse avec la Turquie. Le Chah crut devoir tenter un nouvel effort pour unir les princes chrétiens dans une ligue contre l’empire ottoman ; il se décida à envoyer en Europe Robert Shirley, porteur de lettres l’accréditant auprès des princes chrétiens. Robert Shirley s’était distingué dans les combats livrés aux Turcs dans TAzerbaidjan et dans l’Arménie persane,
grandes victorias que alcançon o grande Rey da Persia Xa Abbas do grùo Turco ilahometto e seu filho Amethe : as quais resultarào das Embaixadas q por mandado da Calholica e real Magestade del rey D. Felippe segundo de Portugal fizerào alguns religlosos da ordem dos Eremilas de S. Augustinho a Persia. Composta pello PadreF. Antonio deGouvea. Lisboa, Por Pedro Craesbeeck, 1611. lia été traduit en français et mis au jour sous le titre de Relation des grandes guerres et victoires obtenues par le roy de Perse Cha Abbas contre les empereurs de Turquie, Mahomet et Achmet son fils, ensuite du voyage de quelques religieux de l'ordre des Uermites de Saint- Augustin, envoyez, en Perse par le roy Catholique Dom Philippe second roy de Portugal par le P. Fr. Anthoine de Gouvea, religieux du mesme ordre, recteur du collège de Saint- Augustin de Goa, professeur en théologie. A l'Illustrissime et Reverendissime seigneur Dom F. Alexis de Meneses, archevesque de Goa, primat et gouverneur de l'Inde orientale. Traduit de l'original portugais imprimé à Lisbonne, avec licence de l’Inquisition, de l'ordinaire et du Palais. Rouen, 1646.
Antoine de Gouvea a publié également ï Histoire orientale des grans progrès de l'église catholique, apostolique et romaine en la réduction des anciens Chrestiens dits de Saint-Thomas, de plusieurs autres schismatiques et hérétiques à l'union de la vraye eglise, conversion encore des Mahometans, Mores et payons par les bons devoirs de l’Illustrissime et reverendissime seigneur Dom Alexis de Meneses de l'ordre des Eremiles de Saint- Augustin, archevesque de Goa et primat en tout L'Orient. Composée en langue portugaise par le R. P. T. Antoine de Gouvea et puis mise en espagnol par V.-F. François Munoz et tournée en français par F. Jean- Baptiste de Glen, docteur en théologie, tous frères du mesme ordre. A Bruxelles, par Rutger Velpius, imprimeur juré à l’Aigle d’or, près de la cour, l’an 1609.
Antonio Gouvea est aussi l’auteur de la Relaçüo breve de algunas causas mais no taveis que os religiosos de Sancto Agostinho fizeram na Persia ern service da sancta Igrega Romana e de Sua Magestade ote o anno passado de / 601 que mandou fazer o Padre Provincial de Sancto Augustinho. Lisboa, Por Viente Alvarez, 1609. Je n’ai point eu cet ouvrage entre les mains, mais tout me porte à croire qu il a servi de base à celui de Maigret dont il a été question dans la note précédente.
et Chah Abbas lui avait fait épouser, en 1607, la fille d’un chef circassien nommé Ismayl Khan. Robert Shirley quitta la Perse dans le courant de février 1608, accompagné par le capitaine Thomas Powel, qui avait rendu des services signalés en organisant les troupes persanes ; il traversa la Russie et arriva à Cracovie où il fut honorablement reçu par le roi Sigismond. Nous ne connaissons point la durée du séjour de Shirley à la cour de ce prince, mais nous savons qu’il se trouvait à Prague au mois de juin de l’année suivante. C’est à cette époque qu’il fut créé chevalier par l’empereur Rodolphe ; peu de temps après, ce prince lui conféra le titre de comte palatin et lui remit pour Jacques P‘‘, roi d’Angleterre, une lettre dans laquelle il lui rendait compte des bons offices prodigués aux chrétiens de Perse par Robert Shirley. Celui-ci souhaitait se rendre directement de Prague en Angleterre ; le comte de Salisbury auquel il fit part de sou désir lui répondit qu’il serait le bienvenu à son arrivée en Angleterre, mais que le roi le verrait avec plaisir s’acquitter d’abord auprès des autres souverains de la mission qui lui était confiée.
Robert Shirley se mit en route pour l’Italie : il traversa la Toscane et arriva à Rome le dimanche 27 septembre 1609 ; il y fit le lendemain son entrée solennelle. Dans l’audience qui lui fut immédiatement accordée , il fit connaître le vif désir de Chah Abbas de prendre part à une ligue de tous les princes chrétiens, dirigée contre la puissance ottomane. Il remit entre les mains du pape Paul V les lettres de Chah Abbas et celles que l’Empereur lui avait confiées. Robert Shirley quitta Rome comblé de cadeaux par le pape et par le cardinal Rorghese ; il gagna Milan et alla s’embarquer à Gênes pour se rendre à Rarcelone. Arrivé dans cette ville, il fut invité à s’y arrêter jusqu’à la réception des ordres
de la cour : le roi et le duc de Lerme le voyaient arriver avec une certaine appréhension ; le secrétaire Prado disait à Francis Cottington, ambassadeur d’Angleterre, qu’on avait été si souvent dupé par des gens venant de ces pays éloignés que Sa Majesté était résolue, avant de le recevoir, de se convaincre qu’il était revêtu réellement du caractère d’ambassadeur. «D’ailleurs,, ajoutait-il, nous n’avons pas grande opinion de sa sagesse en le voyant arriver la tête couverte d’un turban. » Robert Sbirley dut faire à ses frais le voyage de Barcelone à Alcala et d’Alcala à Aranjuez. Il eut son audience dans le courant du mois de janvier 1610. Il remit deux lettres au roi et essaya dans un long discours de le déterminer à se joindre à d’autres princes chrétiens pour faire une guerre active à l’empire ottoman. Le roi lui répondit en peu de mots; la reine, de son côté, lui adressa quelques paroles banales. Robert Sbirley se plaignit avec beaucoup de vivacité au duc de Lerme de la façon singulière dont il était reçu. 11 se rendit cependant à Madrid et il y fut logé et défrayé par le roi. Sur l’avis reçu par lui qu’il serait traité en ambassadeur par le roi Jacques, Robert Sbirley manifesta le désir de se rendre en Angleterre ; il annonça qu’il suivrait la cour d’Espagne à Lerma et,qu’après avoir reçu son congé, il irait s’embarquer à Saint-Sébastien pour Londres où il comptait arriver pendant les fêtes de Pâques. Robert Sbirley eut, en effet, son audience de congé dans les premiers jours du mois de mars 1610, et il reçut, avec la réponse du roi aux lettres de Chah Abbas, une gratification de quatre mille ducats. Diverses circonstances ne lui permirent pas de se rendre en Angleterre avant l’été de l’année 1611. Il envoya chercher sa femme demeurée en Pologne et demeura avec elle toute l’anuée à Madrid.
Au mois d’août 1610, la cour d’Espagne , influencée par l’arrivée d’Imam Qouly khan porteur de riches cadeaux en soieries et en pierres précieuses et accompagné par Gouvea, avait paru adopter les projets commerciaux que lui avait soumis Shirley. On affirmait de toutes parts qu’il allait s’embarquer à Lisbonne pour retourner en Orient ; mais, l’acquiescement de la cour d’Espagne aux propositions de Shirley tardant à lui être donné, il se détermina à aller offrir à Jacques P*' les avantages commerciaux qu’il avait en vain proposés au duc de Lerme, Une dépêche adressée par Cottington à lord Salisbury sous la date du 5 janvier 1611, nous fait connaître les appréhensions de Robert Shirley. Il craignait que le roi d’Angleterre dont il était le sujet ne voulût pas consentir à l’accueillir avec les mêmes marques de considération que les autres souverains. Il n’aurait pas demandé mieux, s’il n’avait point été entouré de Persans dont les rapports pouvaient lui créer de sérieux embarras, que d’être reçu avec la plus grande simplicité. Enfin, il exprimait la crainte que la cour d’Espagne s’opposât à son départ pour l’Angleterre, et il souhaitait savoir si le roi n’interviendrait pas pour qu’il lui fût permis de continuer son voyage. Robert Shirley soumettait en même temps à l’appréciation du ministre les propositions qu’il comptait faire au nom de Châh Abbas: Les négociants anglais auraient la faculté de s’établir dans deux ports du golfe Persique où seraient installés deux consuls de S. M. Britannique;, et la direction des comptoirs et des opérations commerciales serait entièrement abandonnée aux mains des agents de la Compagnie des Indes orientales. Cottington demanda à Robert Shirley pourquoi le gouvernement espagnol n’avait point accepté les propositions qui lui étaient faites; Robert Shirley lui répondit que Philippe III
n’avait pas voulu s’engager à déclarer la guerre aux Tiu’cs ni abolir le droit de 23 pour 1 00 prélevé à Lisbonne sur les marchandises destinées à être exportées en Orient. L’intention de Robert Shirley était de ne proposer à la cour de Saint -J âmes qu’une convention commerciale ayant pour objet de priver le Grand Seigneur des droits de douane prélevés sur les marchandises de Perse traversant les provinces de l’empire ottoman et destinées à l’Europe.
Dans les derniers temps de son séjour à Madrid, les démarches de Robert Shirley avaient été entravées par son frère, sir Anthony, qui, revenu de Naples dans un état de complet dénuement, accusait son frère de vouloir se rendre en Angleterre pour y conspirer contre la monarchie espagnole. Robert Shirley en était arrivé à craindre que l’on ne tentât de se débarrasser de lui par le poison et l’ambassadeur d’Angleterre près la cour de Madrid était persuadé, de son côté, qu’il ne pourrait s’éloigner d’Espagne que clandestinement. L’audience de congé qu’il avait sollicitée ne lui avait point été accordée; cependant, malgré toutes les machinations de son frère, sir Anthony, Robert put quitter le territoire espagnol au mois de juin 1611, et arriver sain et sauf à Rayonne. Au mois d’août, il était avec sa femme dans le domaine paternel de Wiston et, le 1®'' octobre, le roi Jacques lui donnait audience à Hampton-Court et recevait les lettres de Chah Abbas. Douze jours plus tard, quatre marchands, membres de la Compagnie orientale, furent désignés pour faire appel à son expérience et examiner les propositions (ju’il était appelé à faire. « M. Robert Shirley, écrivait M. Chamberlain à sir Dudley Carleton, a assisté à plusieurs conférences; mais je doute que ses projets réussissent, car la route est longue, les profits incertains et nous détruirions
notre commerce avec les Turcs. » Les négociants qui trafiquaient avec le Levant étaient opposés aux propositions de Shirley qui avait, en outre, à se défendre des accusations portées par les Espagnols contre lui depuis qu’ils avaient vu le roi Jacques disposé à accueillir les ouvertures qui lui seraient faites. Le séjour de Robert Shirley en Angleterre se prolongea pendant un an et demi. Le roi Jacques s’était décidé à conclure une convention qui devait engager non seulement les deux souverains, mais encore leurs successeurs. Le roi d’Angleterre se chargea d’une partie des frais nécessités par l’équipement d’un navire et d’une pinasse qui devaient conduire Shirley aux Indes ; les officiers de cet armement avaient reçu l’ordre de s’assurer si les vaisseaux anglais pourraient gêner les entreprises tentées par les Espagnols et si les rapports faits par les marchands étaient exacts et méritaient confiance. Robert Shirley s’embarqua pour retourner en Perse : au mois de novembre 1614, il se trouvait à Agra à la cour du Grand Mogol et, au mois de juin de l’année suivante, il était de retour à Ispahan *.
Le roi d’Espagne de son côté, auquel Robert Shirley s’était engagé à réserver à ses sujets, sous certaines conditions, le commerce exclusif de la soie, crut devoir s’éclairer sur les ouvertures qui lui avaient été faites et il désigna pour se rendre en Perse avec le titre d’ambassadeur, don Garcias de Silva Figueroa de la maison des ducs de Feria.
Parti d’Espagne au commencement de l’année 1614, Figueroa arriva à Goa au mois d’octobre de cette même année. Les circonstances étaient critiques : Chah Abhas venait de
1. On peut consulter, sur celte mission de Robert Shirley, The Sherley hrolhen, an historical rnemoir of the lives of sir Thomas Sherley, sir Anthony Sherley and sir Robert Sherley knighls,by one ofthe saine house... Cliiswick, 1848, pages 55-96.
s’emparer des îles de Kich et de Bahreïn et du fort de Goumrouu à l’abri duquel se formaient les caravanes qui portaient dans l’intérieur de la Perse les marchandises de l’Inde. Les Portugais, jaloux de voir un Espagnol investi des fonctions d’ambassadeur, suscitèrent mille difficultés à Figueroa et mirent obstacle à son départ. On lui promit pendant trois ans le navire sur lequel il devait s’embarquer et l’argent que le vice-roi des Indes avait ordre de lui remettre pour ses frais de voyage. Lassé d’attendre, Figueroa nolisa une petite barque de commerce et partit de Goa le 17 mars 1617. Il aborda à Ormuz après une navigation de cinq semaines et il y éprouva les mêmes difficultés qui l’avaient si longtemps retenu à Goa. Il put cependant gagner la côte du Lar, débarquer à Bander, arriver à la ville de Lar et gagner de cette dernière ville Chiraz après un voyage de six jours. Il dut y attendre pendant quatre mois les ordres de Chah Abbas qui montrait peu d’empressement à le recevoir et ne jugeait pas à propos de le faire venir à Ferahabad dans le Mazandéran. Il reçut l’autorisation de se rendre à Ispahan où il demeura jusqu’au 18 mai. Il reçut alors la permission de partir pour Qazbin où se trouvait la cour. Deux jours après son arrivée dans cette ville, le Chah lui donna audience, et au bout de deux mois, il dut retourner à Ispahan où il résida jusqu’à la fin de la campagne contre les Turcs et jusqu’au terme du séjour du roi dans le Mazandéran. Chah Abbas revint dans sa capitale au commencement de l’été de l’année 1619. Il reçut à son arrivée, dans une audience solennelle, l’envoyé de Philippe III, les ambassadeurs du Grand Mogol, du khan de Boukhara, du grand-duc de Moscovie et des Cosaques de Pérécop. Figueroa remit à Chah Abbas une lettre de Philippe III qu’un religieux, frère Jean Thadée du Saint-Esprit, venait de lui
apporter et il voulut, selon la teneur de ses instructions, renouer les négociations. Il demandait la restitution au roi d’Espagne des îles et des places du littoral du golfe Persique dépendant de l’île d’Ormuz dont le Chah avait fait la conquête et il devait insister auprès de ce prince pour obtenir de lui l’engagement de ne point permettre aux Anglais et aux sujets des autres puissances européennes de trafiquer en Perse. Le monopole du commerce devait être réservé aux sujets de Sa Majesté Catholique. Sur ces deux points, Figueroa essuya des refus si catégoriques et si persistants qu’il considéra sa mission comme terminée et sollicita son audience de congé. Elle lui fut accordée le 2 août et le 19 octobre suivant, il débarquait à Ormuz. L’ambassade de Figueroa marque la dernière tentative faite par l’Espagne pour établir directement avec la Perse des relations diplomatiques et commerciales ’. La cour de Madrid vit cependant reparaître au mois de juin 1619 sir Robert Shirley, dont le séjour se prolongea jusqu’au printemps de 1622. Use rendit
1. Don Gardas de Silva Figueroa naquit à Badajoz en 1570. Après avoir servi Philippe II en qualité de page, il embrassa la carrière des armes et obtint une compagnie à la tête de laquelle il fit les campagnes des Pays-Bas. Parti en 1614, Figueroa ne revit l'Espagne qu’en 1624. Pendant son séjour à Ispahan, Figueroa adressa au marquis de Bedmar une lettre qui fut traduite en latin et parut sous le litre de : Garciæ Silva Figueroa Phiiippi III Hispaniarum Indiarumque regis ad Persiæ regem legati, de Rebus Persarum epistola v kal, an. M.D.C.XIX Spahani exarata ad marchionem Bedmari nuper ad Vendos nunc ad Sereniss. Auslriæ archiduces, Belgarum principes, regium legatum. Antvverpiæ, ex officina Plantiniana. M.D.C.XX, 16 pages.
La relation de l’ambassade de Figueroa fui traduite en français sur le manuscrit original et publiée sous le titre de : L’ambassade de D. Gardas de Silva Figueroa en Perse, contenant la politique de ce grand empire, les mœurs du roy Schach Abbas et une relation exacte de tous les lieux de Perse et des Indes, où cet ambassadeur a esté l’espace de huit années qu'il y a demeuré. Traduite de l'espagnol par Monsieur de Wicqueforl. A Paris, chez Louis Billaine, 1669.
L’ouvrage de Garcias de Silva F^igueroa abonde en détails intéressants sur la géographie de la Perse, sur les villes d’Ispahan, de Qazbin, de Chiraz et sur les ruines de Persépolis.
à cette époque à Rome et, au mois de janvier 1624, il était revenu à Londres et y était reçu comme ambassadeur de Chah Abbas. Deux ans après, un Persan nommé Naqd Aly bek se présentait comme envoyé du Chah et contestait à sir Robert Shirley le titre d’ambassadeur. Il déchirait les lettres de créance, accusant Shirley de les avoir falsifiées et portait sur lui les accusations les plus outrageantes. Charles P" voulut s’éclairer sur une situation aussi étrange. Il désigna comme ambassadeur auprès de Châh Abbas, sir Dormer Cotton qui fut accompagné par sir Robert Shirley et Naqd Aly bek. Sir Dormer Cotton avait pour mission de s’enquérir de la vérité ou de la fausseté des accusations portées contre sir Robert Shirley et de négocier une convention commerciale. Naqd Aly bek embarqué sur un des navires de l’escadre anglaise s’empoisonna pendant une relâche sur la côte orientale d’Afrique. Sir Dormer Cotton débarqua à Bender Abbassy le 9 janvier 1 626. Châh Abbas résidait alors à Echref dans le Mazandéran, où il avait fait construire un palais pour y passer les hivers. L’ambassadeur de Charles P"' dut traverser toute la Perse pour aller l’y rejoindre ; il obtint une seule audience dans laquelle il féücita le Châh des succès qu’il avait obtenus contre les Turcs, ennemis acharnés de la chrétienté : il exposa ensuite que le but de son long voyage était l’établissement du commerce des soies et autres marchandises de Perse et la justification de sir Robert Sbirley des accusations violentes portées contre lui par Naqd Aly bek. Enfin, l’ambassadeur insista sur ce point qu’il était chargé d’affermir les relations amicales existant entre la Grande-Bretagne et la Perse. Dans sa réponse au discours de sir Dormer Cotton, Châh Abbas proposa de livrer tous les ans à Charles 1% à Ormuz, dix mille balles de soie et de prendre en paiement des draps
jusqu’à concurrence de leur valeur. Quant à la justification de sir Robert Shirley , elle était complète puisque Naqd Aly bek s’était soustrait, en se donnant la mort, à un châtiment mérité . Après cette audience , sir Dormer Cotton ne revit plus le Chah, les fonctionnaires de la cour s'éloignèrent de lui et on cessa d’avoir pour lui les égards que l’on témoigne toujours aux envoyés des princes. Sir Dormer Cotton quitta Echref profondément attristé par l’insuccès de sa mission et par les procédés du premier ministre Mohammed Aly bek. Il dut s’arrêter à Qazbin et, le 23 juillet 1627, il succomba aux attaques d’une violente dysenterie et fut inhumé dans le cimetière des Arméniens. Sir Robert Shirley l’avait précédé de dix jours dans la tombe et ses compatriotes avaient dû l’enterrer sous le seuil de sa maison*.
1. Sir Thomas Herbert avait été placé auprès de sir Dormer Cotton par son parent le comte de Pembroke. Après la mort de sir Dormer Cotton, les membres de l’ambassade gagnèrent Ispahan et de cette ville allèrent à Bagdad et descendirent le Tigre et le Chalt el Arab jusqu’au golfe Persique. Sir Thomas Herbert continua son voyage jusqu’aux îles Moluques et rentra en Angleterre après une absence de quatre années. Sir Thomas Herbert qui s’était attaché à la personne de Charles I®' fut créé baronnet par Charles II. Il mourut en 1681. La première édition du voyage de sir Thomas Herbert a paru à Londres en 1634 sous le titre de : Some learestravels into Africa and Asia the greut, especially describing the famous empires of Persia and Industan interwoven with such remarhalle occurences as hapned in those parts during these later times as also many otherrich and famous kingdoms in the oriental India with the isles adjacent. — Severaly relating their religion, language, customs and habits als also proper observations concerning them. Cette édition fut suivie de trois autres. La troisième édilion est much enlarged with many additions nigh a third part more then was in any of the former impressions besides the addition of many new and lively brasscuts ail by the author now living. Londres, 1675, La relation de sir Thomas Herbert a été traduite en hollandais et Wicquefort en a fait paraître à Paris en 1663 une traduction française sous le titre de Relation du voyage de Perse et des Indes orientales, traduite de l’anglois de Thomas Herbert avec les révolutions arrivées au royaume de Siam l’an mil six cens quarante sept, traduites du flamand de Jérémie van Vliet. La relation du voyage de Thomas Herbert abonde en citations classiques souvent déplacées; mais elle offre un intérêt réel par l’exactitude des descriptions. Je citerai pour la Perse celles de Chiraz et de la réception qui fut faite à l’ambassadeur anglais par Imam Qouly khan gouverneur du Fars, celle de Persépolis, d’ispalian, de Qazbin, de
Pendant le cours de la dernière mission de sir Robert Shirley, Chah Abbas avait ruiné d’une manière définitive la puissance portugaise dans le golfe Persique. La Compagnie anglaise des Indes orientales avait établi en 1613 un comptoir à Bender Abbassy : ses agents, accueillis avec empressement par les autorités persanes, avaient été l’objet de mauvais traitements de la part des Portugais d’Ormuz ; des navires de la Compagnie avaient été capturés, leurs équipages massacrés ou réduits en esclavage. Les sujets de Chah Abbas avaient dû aussi subir de nombreuses avanies, et aucun négociant persan, passant par les possessions portugaises, n’avait été autorisé à se rendre dans l’Inde Chah Abbas n’ayant pu faire admettre aucune de ses réclamations proposa à la Compagnie anglaise de s’unir à lui pour mettre fin à la dominatio)i portugaise. Ces ouvertures, faites en 1620, furent favorablement accueillies, et à la fin de l’année suivante (16 novembre 1621), un conseil se réunit à Soualyprès de Surate sous la présidence de M. Thomas Rostell ; il y fut décidé que cinq navires et quatre pinasses se rendraient de conserve dans le golfe Persique et captureraient tous les navires appartenant aux Portugais ou au Samorin, s’empareraient de leurs cargaisons et feraient leurs équipages prisonniers. L’escadre de l’amiral Ruy Frera devait aussi être attaquée dès qu’elle serait aperçue par les navires anglais. Le gouverneur de la province de Fars, Allah Verdy khan et son fils Imam Qouly khan avaient reçu de Chah Abbas l’ordre
Qoum et d’Echref. Les noms appartenant à des langues étrangères sont toujours singulièrement défigurés au point d’être méconnaissables.
1. « On m’écrivit de plus que tous les Ormuziens s’étoient saisis de tous les marchands de Perse qu’ils avoient pu rencontrer et les avoient mis en prison pour s’assurer de leurs personnes et pour les retenir comme otages jusqu’à ce qu’ils vissent plus clair dans leurs affaires. » Voyages de Vietro délia Valle. Rouen, 1745, tome. VIll, page 70.
de mettre leurs troupes en mouvement ; dès qu’ils apprirent l’arrivée des navires anglais, ils se dirigèrent vers la côte et dépêchèrent des fonctionnaires pour réclamer l’assistance des capitaines anglais contre remiemi commun. Le 21 décembre, un conseil fut tenu à bord du Jonas Whal et on rédigea les conditions exigées par les officiers anglais pour prix de leur coopération. Elles étaient formulées en ces termes : 1“ Dans le cas où avec notre assistance. Dieu rendrait les Persans maîtres de l’île et du château d’Ormuz, le butin et les marchandises seraient partagés par moitié entre les Persans et les Anglais ; 2“ Le château ainsi que l’artillerie et les munitions seront remis aux Anglais. Les Persans construiront un autre château à leurs frais ; 3° Les revenus de la douane seront également partagés, et les marchandises des Anglais seront exemptées de tous droits. Les prisonniers chrétiens seront remis aux Anglais, et les prisonniers musulmans aux Persans. Enfin, les Persans devront subvenir à la moitié de la dépense de l’escadre pour la nourriture, la solde des équipages et la détérioration du matériel. Ils devront, de plus, fournir la poudre et les projectiles.
Allah Verdy khan et Imam Qouly khan arrivèrent le 8 janvier 1622 à Mina sur la côte du golfe Persique. Les négociations pour la conclusion du traité s’ouvrirent immédiatement. Le premier article fut ratifié sans aucune modification ; il fut stipulé , dans le second , que le château d’Ormuz serait occupé simultanément par les Anglais et les Persans, jusqu’à ce que Ghâh Abbas eût fait connaître son ' bon plaisir. Le troisième article fut approuvé à la condition que les marchandises destinées au Châh et au gouverneur de la province de Fars seraient seules affranchies de tout droit. Le dernier article comporttiit une réserve à l’égard du
Ruy Frera, capitaine du château de Kich, et de Simon de Mila, gouverneur du château d’Ormuz. Il fut encore stipulé que l’on ne tolérerait aucun changement de religion de la part des prisonniers, et que les deux parties contractantes supporteraient, par portion égale, les dépenses faites pour les poudres et les projectiles.
La conquête d’Ormuz marque la fin de la puissance portugaise dans le golfe Persique et son affaiblissement dans l’Inde ; elle rendit les Anglais maîtres du commerce de la Perse et contribua puissamment à la consolidation de l’influence et au développement de la Compagnie des Indes orientales. Nous possédons plusieurs relations de cette expédition*. Je mets sous les yeux du lecteur le récit qui nous en est donné par sir Thomas Herbert : « Les chefs les plus considérables de l’armée payenne sous le chan de Schiras estoient Allyculy beg, Pollot beg, Schaculi beg, Scharekary Mohamet sultan et Ally beg, roy du port. Geux-cy campèrent avec le reste de l’armée à Bandar Combron, et deux jours après, qui fut le 20 janvier 1622, ils se rendirent
I. Purchas en a inséré quelques-unes dans ses Pilgrmes : en voici les lilres : Relation of Oemuz and of the late taking thereof by the English and Persians.
A relation of the kings of Ormuz and of the foun lation of the citie of Ormuz tacken out of a chronicle which a king of the saine kingdome composed called Pacaturunxa {Padichah Touran Châh) lurilten in arabicke.
Relation of Ormuz businesse by Master W. Pinder. Part of a letter written to Sir John Wostenholme by T. Wilson chyrurgian containing many particulars of the Ormus warre and cause thereof as also of the most admirable taking of a great Portugall ship well manned by a small English pinesse.
Relation of the last Ormuz businesse gathered out of the journall of Master Edward Monoxe the agent of the East Indian merchants trading in Persia.
A certificate from the Portugais of their kind usage, loherein was performed more then tuas promised them.
The vice admirai, his second letter. A certificate made by Sundrie Portugais how the Treasure, Jewels, etc. belonging to the king and his Vizeer of Ormuz which mere sect'eüy ware conveyed out of the castle of Ormus by the Persians.
A letter written from Ruy Frera Dandrada and send aboard lhe « Jonas » by one of his captaines named Alfonso Borgea at our first arrivait neare the castle of Keshme,
maislres du port avec peu de peine ; après quoy le chan et les capitaines anglois Wedal, Blyth et Woodcock trouvèrent bon de faire aussitost une batterie et de battre le château avec douze pièces de canon cinq heures durant, quoy que d’abord ils eussent fort peu d’esperance de venir à bout de ceste conqueste. Toutesfois, afin que Tonne crust pas qu’ils manquoient de courage, les Anglois transporteront le 9 février en deux frégates qu’ils avaient prises depuis peu et en deux méchantes chaloupes du païs qui ne pouvaient servir à autre chose, trois mille Persans dans Tisle. Ces Persans n’eurent pas si-tost mis pied à terre qu ayant faict quelques retranchemens pour se couvrir et des batteries pour le canon, commencèrent à battre la place furieusement, croyant n’y pas trouver grande résistance. Mais les Portugais qui avaient souffert le débarquement et qui avaient mesmes abandonné la ville firent une sortie sur eux avec tant de courage et de resolution qu’ils arrêteront la furie des attaquans, renverseront leurs barricades où ils tueront plus de trois cens hommes et les repousseront avec leur artillerie, en sorte que les Perses témoigneront plus d’étonnement en leur retraicte qu’ils n’ avaient témoigné de courage aux approches,
« En ce desordre un bastion sauta, mais le combat ne laissa pas de continuer. Il y eut peu de perte considérable de part et d’autre jusques au 24 février, que les Anglois avancèrent leurs tranchées vers le chasteau sous lequel la flotte portugaise estoit à Tanchre; et en dépit de l’artillerie de la citadelle et de la diligence que la flotte voulut faire qui estoit composée de cinq galions et de vingt frégates, ils mirent le feu au vaisseau Saint-Pierre qui estoit de quinze cens tonneaux et servait d 'admirai à la flotte. Le reste de la flotte espagnole
appréhendant le mesrae malheur pour tous les autres vaisseaux et n’ayant point de retraitte ny le moyen de se defendre de cette sorte d’attaque coupa les cables du navire qui estoit en feu et le laissa en cet état aller là où le vent et la marée le pourroieiit porter. Les Anglois trouvoient cette occasion trop chaude pour en oser profiter et sçavoient d’ailleurs qu’il n’y avoit point d’autre butin à faire que des munitions. Mais dès que le navire tourna vers Larack, une troupe d’Arabes et de Perses s’y jetterent et l’aborderent comme des matins affamés, avec tant de furie que leur avarice et leur rapine ne consuma pas moins le vaisseau et n’y fit pas moins de mal qu’avoit fait le feu qui le brusloit depuis deux heures. Le 17 mars, les Persans voulant sortir d’affaire et voulant faire voir qu’ils n’avoient point esté oisifs, mirent le feu à une mine remplie de quarante barils de poudre qui emporta une bonne partie du rampart. Les Portugois ne perdirent pas le cœur pour cela, mais ils se servirent de la breche pour faire une sortie sur les assiegeans et combattirent plus d’une heure avec tant d’opiniastreté qu’ils repoussèrent un gros bataillon qui s’estoit présenté pour donner l’assaut. Toutesfois, les assiegeans estant encouragez par leurs chefs retournèrent à la charge avec beaucoup de courage qui fit étendre grand nombre de morts sur la place de part et d’autre, en sorte qu’après un combat de neuf heures, les assiégés furent contraints de faire sonner la retraite, quoy qu’ils la fissent avec tant d’ordre qu’il sembloit qu’elle fut tout à fait volontaire. Comme en effet les Portugois furent assez adroits pour témoigner plus de peur qu’ils n’en avoient en effet, si bien que les Persans se tenant asseurez de la victoire commencèrent à monter par la breche et à entrer dans la ville de tous les costez dont les assiégez furent
fort aises, car ils les reçurent si bien à coups de grenade, pots et cercles de feu et verserent sur eux tant de plomb et soufre fondu que les assiegeans malgré leur bravoure furent contraints de se retirer, laissant plus de mille des leurs dans le fossé et dans la breche. Schaculibeg, voyant cette misere et enragé de la perte de tant de gens, passa avec deux cens hommes à travers du feu des assiégez et s’empara d’un bastion, mais il ne le put garder qu’environ une demy heure, car cinquante Hialgos bien résolus après avoir été attaqués par les feux d’artifice des assiegeans, les chargèrent, les contraignirent de se retirer et les suivirent jusques auprès des barricades d’où ils rentreront victorieux dans la place après un combat de trois heures. Cette résistance morfondit tellement le courage des Persans qu’ils furent cinq jours sans oser rien entreprendre, demeurant estonnez de la valeur et de l’adresse de leurs ennemis. Mais le 23, leur esperance commença à revivre, après avoir veule succez du combat entre les Anglois et les Portugais. Nostre canon qui estait sur le bord de la mer, après avoir continuellement battu les murailles et les fortifications de la place fut enfin tourné contre les navires où apres avoir abattu quantité de masts et de défenses, ils coulèrent enfin le vice admirai et le contre admirai de la flotte de Ruy Priera et ruineront ainsi l’esperance qui pouvait encore rester aux assiégez tant qu’ils se voyaient en quelque façon maistres de la mer. Cependant, ils n’estoient pas moins assiégés des maux qu’ils sentoient au dedans; la peste, la famine et le flux de sang diminuant sensiblement la garnison tous les jours et ils estoient incommodez des attaques continuelles des assiegeans, de sorte que cinq jours apres, ils firent sortir de la place deux gentils hommes bien faits et bien suivis qui se présenteront dans un fort bel équipage aux premiers
corps de garde du camp eiiiiemy où ils furent receus par quelques Kizil Basches du régiment de Schaculibeg et après quelques complimens, ils commencèrent à parler de capitulation et à demander une cessation d’armes. Ils offrirent de reconnoistre la faveur que le chan leur feroit en leur accordant la paix par un présent de deux cent mille tumains qui valent un million de pistoles et de payer tous les ans sept vingt mille ecus de tribut pour lequel ils donneroient de bonnes asseurances quoy qu’ils dissent depuis que ce qu’ils avoient fait n’avoit esté que pour gagner du temps. Le capitaine les renvoya en leur disant qu’ils vinssent quérir la responce le lendemain et en fit son rapport au general, lequel manquant d’argent, écouta les ouvertures de paix et dit qu’il estoit prest de l’accorder pourveu qu’ils payassent comptant cinq cent mille tumains qui montent à deux millions de Jacobus et deux cent mille tous les ans ; à quoy les Portugois repartirent qu’ils n’estoient point encore en si mauvais estât qu’on leur pust extorquer des conditions si desadvantageuses et pour les obliger à acheter une paix si honteuse et puisque l’avarice les possedoit à un tel point, ils declaroient qu’ils ne donneroient pas la cinquiesme partie de ce qu’ils demandoient pour acheter la plus grande faveur qu’ils pourroient esperer d’eux. Après cela, ils firent proposer des moyens d’accommodement aux Anglois ausquels ils firent représenter qu’ils estaient et les uns et les autres chrestiens, qu’il n’y avoit pas longtemps mesme des lors que Jean de Gand, comte de Flandre, leur avoit fait la guerre, ils avoient tiré du secours de Portugal et qu 'encore depuis ce temps là, il y avoit eu plusieurs traitiez d’alliance entr’eux qui pourroient donner de bons sentimens à des gens de cœur et faire naistre de la bonne volonté en ceux qui n’estoient point ennemis. Que s’ils avoient esté offensez en
quelque chose par les Portugois, ils en estoient marris et prests de le réparer de telle façon, par argent on autrement, qu’ils auroient sujet d’en estre satisfaits; au reste, que les actes d’hostilité que les Anglois faisoient pendant que leurs Roys estoient amis, ne ponvoient pas estre excusés par aucunes loix, ny par le droit des gens, ny par les réglés du christianisme. Ce fnrent à peu près les raisons que les Portugois alléguèrent pour tacher de porter nos gens à un accommodement : mais soit que nos gens de marine enssent de l’aversion pour les Portugois on qu’ils ne les entendissent point, ou bien qu’ils fussent trop avant engagez en cette entreprise pour la pouvoir quitter avec réputation ou bien que l’on reconnut que ce n’estoit qu’une feinte que cette soumission, celuy qui avoit entrepris de négocier cette affaire s’en retourna avec peu de satisfaction. Deux jours aprez, les assiégiez virent des marques infaillibles de leur perte et du ressentiment des Anglois quand ceux cy firent mettre le feu à deux mines qui firent une si grande ouverture que toute la ville en demeura comme découverte ; et neantmoins, les assiegeans n’oserent bazarder l’assaut, tant ils estoient rebutez de la perte qu’ils avoient faicte en la derniere attaque, de sorte que s’amusant à regarder l’effet des mines, ils faisoient assez connoistre qu’ils manquoient de cœur pour monter à la breche ; ils donnèrent du cœur aux moribonds des Portugois qui estoient déjà plus qu’à moitié défaits par la peste, la famine et les autres incommodités, sans celle de la soif qui commençoit à s’augmenter, depuis que les trois puits de la place estoient taris. Le 14, un navire chargé de Mores arriva à Ormus au secours des Portugois ; mais se voyant découverts, ils se voulurent retirer, à dessein de débarquer ailleurs. Le general de l’armée de Perse leur fit dire qu’ils n’avoient
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qu’à aborder et leur jura qu’ils n’auroient point de mal ; mais estant assez simples pour se fier à la parole du Persan, il y en eut quatre-vingts à qui on trancha la teste et l’on mit le reste à la chaisne.
« Ceux d’Ormiiz combattoient cependant avec tant d’opiniastreté contre toutes ces incommoditez dont ils estoient assaillis tant au dedans que par dehors, parce qu’ils attendoient à toute heure le secours de Ruy Priera, mais inutilement. Le 17, on donna feu à une autre mine où soixante barils de poudre firent une horrible bresche. Les Perses y entrèrent en très-grand nombre^ à dessein de se loger dans le bastion, mais dix-huit gentilshommes suivis de quelque peu de soldats le conservèrent et contraignirent les ennemis de se retirer. Le 1 8 avril, les Persans reprirent courage et se logèrent dans le bastion. Le mesme jour, deux faux renégats sortirent de la place et s’estant présentez au camp des ennemis, furent amenez devant le general auquel ils dirent cpi’ils se venoient rendre volontairement et luy dirent que la place estoit dans un estât où il estoit impossible que les assiégez la pussent encore conserver longtemps, parceque la maladie y consumoit bien plus de monde que ne faisoient toutes les attaques des assiegeans. Cet advis donna du courage aux Persans, en sorte qu ils résolurent de donner le lendemain un assaut general et d entrer pesle-mesle par la bresche. Ce que les Portugois presvoyant et qu’il n’y avoit point d’assenrance à prendre dans la parole des Mahometans, ils traitterent avec les Anglois ausquels ils rendirent le chasteau avec leurs trésors le 23 avril, stipulant seulement leur vie et escorte pour les conduire à Miiskat en Arabie. Les Anglois executerent de bonne foy ce (ju’ils avoient promis et transportèrent jusqu à trois mille Portugois en la terre ferme, à dessein de
sauver aussi le reste; mais les Persans, envieux de la gloire des Anglois, surprirent environ trois cens Arabes dont les uns estoient chrétiens, les autres musulmans, à qui ils firent trancher la teste, contre la parole qu’ils avoient donnée et contre leur honneur. Ils envoyèrent les testes à Gombron, comme les trophées de leur victoire et des marques assurées de leur conqueste aussi bien que de leur inhumanité. Après cela, l’on ferma les magasins des munitions de guerre et des vivres et l’on porta les trésors en des lieux qui furent fermez sous le cachet des armes des deux nations, pendant que les soldats achevoient de tuer ce qui restoit encore en vie,, de violer les femmes qui ne s’estoient point sauvées, de polluer les églises et de ruiner et d’abattre les plus belles maisons. Dans ce désordre, un malheureux Anglois, sans avoir égard à l’ordre exprès qui avoit esté donné et contre les defenses, entra par force dans un couvent où l’on avoit retiré beaucoup de richesses et, en sortant de là, il fut blâmé de tout le monde à cause de son fâcheux sacrilège : mais les Persans n’en eurent pas sitôt donné advis à leur general qu’il leur permit de faire des violences partout et de prendre tout ce qu’ils trouveroient à leur bien seance, de sorte que toute la ville fut pillée pendant que les Anglois ne songeoient à rien moins qu’à cela. Dès qu’ils le sceurent, ils en demandèrent raison aux Perses, mais ceux-cy se voyans maîtres de la place, s’en moquèrent et ne laissèrent aux Anglois que la valeur d’environ vingt mille jacobus pour l’important service qu’ils venoient de leur rendre. L’on partagea également toute l’artillerie qui fut trouvée dans la ville et dans le château, montant à trois cens pièces de canon de fonte. 11 y en a qui doublent ce nombre encore que nos gens disent qu’il n’y avoif que cinquante trois pièces de batterie montées sur
leurs affûts, quatre autres canons, six derny canons, deux demy couleuvrines de fonte, seize pierriers de fonte, un de fer, sept bastardes de fonte, quelques basilisques de la longueur de vingt deux pieds et quatre vingt douze pièces de fonte démontées. Ce que je croy d’autant plus aisément, que les Portugois se sont toujours vantez que s’ils eussent eu l’artillerie qui leur estoit necessaire, l’on n’eust jamais pris la place. Les Perses firent emmener le canon qu’ils y avoient gagné à Gombron, Lahor, Schiras et mesmes jusques à IspahanetBagdet. Seid Mahomet Schah, roi d’Ormus, demeura prisonnier entre les mains des Persans qui le font encore aujourd’huy garder à Schiras, où ils ne luy donnent pour sa subsistance que environ quinze ecus par jour, au lieu que la pension que les Portugois luy payoient auparavant montoit à cent quarante mille ecus par an. Toute la ville est aujourd’huy entièrement ruinée à la reserve du chateau qui conserve sa première beauté et grandeur et est habité par des Persans.
« Les matelots y trouvèrent suffisament de quoy contenter leur avidité, quoy qu’ils en profitassent peu, parce que le jeu, le vin et les femmes emportèrent en un moment tout ce qu’ils avoient gagné avec peu de peine. 'Le capitaine Woodcock eut une grande fortune et un très grand malheur en mesmes temps : car il prit par rencontre une fregate qui s’alloit retirer, chargée d’argent et de perles d’une valeur inestimable, où il trouva un million d’ecus pour sa part. Mais il ne joüitpas longtemps de ce riche trésor. En effet, l’or n’est que de la hoüe et il n’y a pas de plus meschans idolâtres que ceux qui font leur idole de la terre. 11 ne perdit pas seulement ses richesses, mais aussi sa vie et son vaisseau nommé La Baleine qui coula à fond à la barre de Swaley, sans que
l’on put sauver la valeur d’un seul denier de toutes ces richesses »
Les Anglais s’étaient modestement établis, depuis 1613, dans deux ports de la côte du Laristau ; la prise et la ruine d’Ormuz leur assurèrent, avec la prépondérance de leur marine dans le golfe Persique^ le monopole du commerce des Indes orientales avec la Perse. Les Hollandais, de leur côté, profitèrent aussi de ranéantissement de la puissance portugaise pour fonder des comptoirs dans les ports où les Anglais avaient été autorisés à résider. Ils s’engagèrent à acheter, à un prix convenu d’avance, une certaine quantité de balles de soie qui leur seraient fournies par le roi, et il leur était permis de faire entrer dans leurs magasins, affranchies de tous droits, les épices qu’ils tiraient de leurs établissements de la Malaisie, ainsi que les marchandises qu’apportaient de Hollande les flottes qu’ils envoyaient tous les ans dans l’océan Indien. Les agents des Compagnies anglaise et hollandaise avaient reçu en cadeau du roi des maisons à Ispahau et à Chiraz. Ils avaient obtenu la permission de faire, dans cette dernière ville, du vin et de l’ean-de-vie pour leur usage, et ils en expédiaient aux Indes tons les ans des quantités^ considérables. Chah Ahhas, lors de la conclusion de l’accord relatif à la coopération des navires anglais pour l’attaque d’Ormuz, s’était engagé à aliandonner aux agents britanniques la moitié des revenus de la douane de Bender-Abbassy, et à exempter leurs marchandises de tous droits de douane et de péage. Ces engagements ne furent point observés ; les Persans prétendirent que les Anglais n’entretenaient pas dans le golfe Persique le nomhrc de navires qui avait
1. Thomas Herbert, liclation du voyage de Perse et des Indes orientales, Paris, 1663, pages 190-197.
été stipulé et ils cessèrent de payer la moitié des sommes perçues par la douane de Reiider-Abbassy. Les Anglais furent réduiis, au bout de quelque temps, à consentir qu’une somme fixe de quarante-cinq mille écus fût versée, chaque annee, entre les mains du délégué de la Compagnie des Indes.
Les Hollandais ne furent pas mieux traités : ils s’étaient engagés à recevoir en échange de leurs marchandises nne certaine quantité de soie appartenant au roi, ainsi que des tapis, des laines et des brocards. Chaque année, on abaissait le prix d’estimation de lenrs marchandises et on élevait la valeur de celles que fournissait le roi, et leur qualité laissait, en outre, de plus en plus à désirer.
Richelieu, qui poursuivait partout la lutte contre la maison d’Autriche, songea pendant un moment à enlever à l’Espagne les places possédées par les Portugais sur la côte de Malabar et placées sous la souveraineté de Philippe HL Il lui fallait, pour atteindre ce but, s’appuyer sur l’alliance d’un souverain asiatique ; il jeta les yeux sur Chah Abbas, qui avait fait contre les Turcs et les Uzbecks plusieurs campagnes henreuses. 11 désigna, ponr traiter avec la cour de Perse, Louis des Hayes, baron de Courmenin, conseiller et maître d’hôtel du roi, qui, déjà en 1622, avait été envoyé à Constantinople et en Palestine pour s’opposer aux agissements des Arméniens. Ceux-ci avaient empiété, à Rethléem et à Jérusalem, sur les sanctuaires possédés par les Franciscains et menaçaient de les dépouiller complètement. Pour éviter le retour de pareilles spoliations, des Hayes devait installer un consul à Jérusalem, et il fit, en effet, reconnaître, en cette qualité, un sieur Lempereur.
Cet agent eut pour mission spéciale de faire exécuter strictement le firman obtenu de la Porte par M. de Césy, ambas-
sadeiir du roi à Constantinople. Revenu en France, des Hayes reçut l’ordre de se rendre en Danemark et en Suède et, à son retour du Nord, il dut se préparer au voyage de Perse. Les instructions qui lui furent données portent la date du 18 février 1626. Elles lui enjoignaient de préparer, au moyen d’un traité, l’établissement de relations politiques et commerciales entre les deux États, la protection de la religion chrétienne et la création de comptoirs pour l’échange des marchandises. L’alliance offerte à la Perse était surtout dirigée contre l’Espagne qui, par l’annexion du Portugal, était devenue maîtresse des places conquises au xvi^^ siècle par cette dernière puissance.
Des Hayes crut pouvoir traverser sans danger les provinces asiatiques de l’Empire ottoman; mais à son arrivée à Constantinople, le grand vizir mit obstacle à son voyage, et des Hayes dut retourner en France sans avoir pu s’acquitter de sa mission. Son arrivée avait été annoncée à Châh Abbas. Le Père Pacifique, dans l’audience qui lui fut accordée par ce prince, donna le motif qui n’avait pas permis à des Hayes de se rendre à sa cour.
« Vostre Majesté, dit-il, a sceu par aucuns de ses subjets arméniens qui estoient à Paris, il y a trois ans, comme le roy de France, mon prince et mon seigneur, avoit envoyé un gentilhomme de sa cour nommé Monsieur des Hayes, gentilhomme fort accomply et de mérite, pour venir saluer Vostre Majesté de sa part, l’assurer de la grande inclination qu’il avoit en son cœur pour l’honorer et l’aymer, tant pour la grande renommée que vostre valeur et vos victoires glorieuses vous ont acquise, que pour la grande liberté que vous donnez aux chrestiens sur les royaumes de vostre obéissance, comme aussi pour vous remercier du bon accueil que tous ses subjets
de France venus en ces quartiers disent avoir reçu de vous, avec lesquels vous avez tesmoigné grandement la pratique et le commerce dont il avoit ordre de vous entretenir et non moy : aussy Vostre Majesté a-t-elle appris il y a sept ou huit mois par deux jeunes gentilshommes françois qui sont venus icy pour voir vostre païs, comme ledit gentilhomme envoyé du Roy, ayant pris son chemin par Constantinople, il l’a trouvé fermé pour hiy et s’en est retournéh »
La mission religieuse confiée au Père Pacifique obtint un plein succès. Il avait une première fois parcouru presque tout le Levant en 1622. Parti de Marseille au mois de janvier de cette année, il s’était rendu à Constantinople et y avait été témoin de la révolution qui coûta la vie à Sultan Osman. De Constantinople, il se rendit en Égypte et visita ensuite les saints Lieux de la Palestine. De retour en Europe, il soumit à la Propagande un projet ayant pour objet l’établissement, dans le Levant, de couvents de son ordre ; ses propositions ayant été agréées par le Saint-Siège et par le cardinal de Richelieu, il repartit en 1627 accompagné de deux religieux pour fonder un hospice à Alep. Le Père Pacifique trouva auprès des religieux et des communautés chrétiennes de cette
1. Des Hayes de Courmenin se rendit en Russie en 1629; il devait obtenir du grand-duc de Moscovie la permission pour des marchands français de s’établir à Narva: il était, en outre, chargé de solliciter, à son retour, du roi de Danemark, le droit de passage par le Sund, et du roi de Suède, la liberté de navigation dans les mers voisines.
Des Hayes prit parti contre le cardinal de Richelieu. Il fut arrêté en Allemagne où il essayait de réaliser un emprunt sur les pierreries de la reine-mère. Amené dans le Languedoc où se trouvait la cour, il fut jugé et e.xécuté à Béziers. Le secrétaire qui accompagnait des Hayes a donné à sa première relation le titre de Voiage de Levant fait par le commandement du Roy en l'année 1621. A Paris, chez Adrian Taupinard, rue Saint-Jacques, à la Sphère, 1624.
Dans une seconde édition parue en 1629, l’auteur a ajouté « plusieurs choses notables observées en un troisiesme voyage fait à Constantinople il y a deux ans». Une troisième édition a vu le jour en 1643. Les voyages au Danemark enrichis d' annotations par P. L. M. ont été publiés à Paris en 1664, in-12.
ville une mauvaise volonté si marquée qu’il dut recourir à l’intervention de quelques renégats français, qui servaient dans l’armée turque rassemblée dans le nord de la Syrie, et qui agirent sur l’esprit du grand vizir en sa faveur. Les firmans, expédiés par la Porte, autorisaient l’établissement à Alep d’un couvent de capucins. Toutes les formalités juridiques ayant été remplies, le Père Pacifique se hâta de se rendre dans Pile de Chypre et d’acquérir à Nicosie une maison dans laquelle il installa un de ses compagnons, pour y attendre les secours qui devaient être envoyés de France.
Revenu à Alep, le Père Pacifique fit connaître son dessein de passer en Perse : il ne se laissa point détourner parles avis fâcheux qu’on lui donna sur les périls du voyage et sur les mauvaises dispositions du Châh à l’égard des religieux francs. Emmenant avec lui le Père Gabriel de Paris et le Père Juste de Beauvais, il partit d’Alep pour Bagdad et arriva dans cette dernière ville après un voyage pénible de cinquantedeux jours. Le Père Pacifique fut favorablement accueilli par le gouverneur persan ; il laissa à Bagdad le plus jeune de ses compagnons, le Père Juste de Beauvais, et il prit le parti de se rendre, non point à Qazbin où se trouvait Châh Abbas, mais à Ispahan où il reçut une cordiale hospitalité dans la maison du gendre de Khodja Nazar, chef de la communauté des Arméniens établis dans le faubourg de Djoulfa. L’arrivée du Père Pacifique causa une vive émotion parmi les membres des Compagnies anglaise et hollandaise. Ils craignaient qu’il ne fût le précurseur d’agents d’une Compagnie française que l’on supposait vouloir s’établir en Perse. Ces soupçons furent promptement dissipés et, grâce à l’appui de l’archevêque arménien, le vartabed Khatchadour, et à l’influence de Khodja Nazar, le Père Pacifique fut appelé à
Qazbin où se trouvait la cour. Le Père et son compagnon furent invités à un grand repas auquel assista le roi et ils lui présentèrent, à la fin du banquet, les portraits de Louis XIII, de la reine et de la reine-mère. Le Père Pacifique sollicita des commandements royaux lui permettant d’établir une mission à Bagdad et une autre à Ispahan. Ils furent promptement expédiés et le Père Pacifique s’empressa de retourner en France L Après une navigation fertile en incidents, il débarqua à Barcelone, et passant par Narbonne il se rendit au camp d’Alais, où il remit, avec une lettre de Chah Abhas, les riches étoffes que ce prince l’avait chargé de présenter en son nom à Louis XIII. L’honneur d’avoir établi en Perse la première mission de religieux français revient au Père Pacifique de Provins. Il accrédita, pour ainsi dire, à la cour de Perse et fit connaître aux Arméniens, encore nombreux à Ispahan, des religieux qui purent contre-balancer l’influence des Hermites de Saint-Augustin portugais et celle des Carmes déchaussés italiens et espagnols. Les Capucins français ont, dans certaines circonstances, rendu aux voyageurs et aux négociants français des services qui ne sauraient être oubliés ^