‹ Estat de la Perse en 1660Chapitre 2 sur 276 · V. à l’Appeadice les pièces X, XI, XII · texte numérisé non relu

V. à l’Appeadice les pièces X, XI, XII

2. Le Père Pacifique de Provins a publié une Lettre sur l’estrange mort du Grand Turc, empereur de Constantinople. Paris, 1622. Relation du voyage de Perse faict par le R. P. Pacifique de Provins, prédicateur capucin, où vo^ls verrez les remarques particulières de la Terre Sainte et des lieux où se sont operez plusieurs miracles depuis la création du monde jusques à la mort et passion de Nostre Seigneur Jésus Christ. Aussi le commandement du Grand Seigneur Sultan Murat pour establir des couvens de Capucins par tous les lieux de son Empire. Ensemble le bon traitement que le roy de Perse fit au R. P. Pacifique, luy donnant un sien palais pour sa demeure avec permission aussi de bastir des monastères par tout son royaume et finalement la lettre et présent qu'il luy donna pour apporter au Roy Tl •es-Chretien de France et de Navarre Louis XIII, avec le testament de Mahomet que les Tu7'cs appellent sa main et signature qu’il fit avant de mourir. Paris, 1631.

L’année suivante, il parut à Lille, une nouvelle édition in-12, dédiée à Albert- Henri, prince de Ligne.

Châh Abbas P’’ mourut en 1 629 à l’âge de soixante-trois ans, après un règne de quarante-cinq ans. Ce prince avait vu paraître à sa cour les ambassadeurs de presque tous les souverains de l’Europe et de l’Asie, et il avait accrédité des envoyés auprès de la plupart des princes chrétiens. Pour augmenter ses revenus, il avait favorisé le commerce et monopolisé quelques-uns des produits de son empire. Les Arméniens, ses sujets, fréquentaient les marchés de l’Europe et avaient fondé des établissements à Livourne, à Venise et à Amsterdam, Ils venaient faire à Paris l’acquisition d’objets de luxe, et leur exemple était suivi par des marchands musulmans.

La sécurité des routes était complète en Perse, grâce à une police vigilante et à des exemples sévères ; partout le Chah faisait élever des caravansérails pour abriter voyageurs et marchandises. Des négociants anglais, hollandais et français, dont les noms nous ont été conservés, résidaient à Ispahan, et le Châh avait à son service un certain nombre d’artisans français, horlogers, armuriers, orfèvres, appartenant presque tous au culte réformé.

Le calme et la prospérité que la Perse devait au génie de Châh Ahbas subirent quelques altérations pendant le règne de son petit-fils, Châh Sefy, qui monta sur le trône après lui; mais les relations diplomatiques et commerciales du royaume avec l’Europe n’en furent pas affectées.

Frédéric, duc de Holsteiii, avait fondé la ville de Friedrichstadt et il désirait en assurer la prospérité en y établissant des fabriques de soieries dont la Perse aurait fourni la matière première, 11 voulut profiter des liens qui l’unissaient au grand-duc de Moscovie, Michel Fédorovitch, pour obtenir, avec une partie des soies vendues chaque année aux Anglais et aux Hollandais, l’autorisation de les faire passer par la

Russie. Le duc de Holstein résolut donc d’envoyer une première mission au grand-duc de Moscovie. Il chargea de négocier une convention commerciale le jurisconsulte Philippe Crusius et Otto Brugman, négociant de Hambourg. Oelschlager, plus connu sous le nom d’Olearius, leur fut adjoint en qualité de secrétaire. Le 22 septembre 1633, les envoyés du duc de Holstein prirent congé de lui et partirent pour Lubeck afin de gagner Riga. La distance qui sépare cette ville de Moscou ne put être franchie qu’en huit mois. Le 14 août 1634, Crusius, Brugman et Oléarius furent reçus par le grand-duc en audience solennelle. Ce prince leur témoigna la bienveillance la plus marquée et leur accorda la permission de faire construire à Nise les navires destinés à la navigation du Volga et de la mer Caspienne, lorsqu’ils se rendraient en Perse. Le grand-duc Michel exprima aux envoyés du duc de Holstein le désir de les voir séjourner à Moscou jusqu’après les fêtes do Noël, mais ceux-ci insistèrent pour obtenir leur congé et, après un voyage que les rigueurs de l’hiver rendaient pénible et dangereux, ils arrivèrent à Gottorp le 7 avril 1 635. Le succès de cette première tentative détermina le duc de Holstein à ne point tarder à donner suite à ses projets. Les mêmes personnages furent chargés d’offrir à Chah Sefy de riches présents et de stipuler certains avantages pour le commerce des soies : ils quittèrent Gottorp le 24 octobre 1635 et firent leur entrée à Moscou, le 28 mars 1636. Le 6 avril, le grandduc recevait les envoyés de Frédéric de Holstein en audience solennelle et, le 20 mai, ils étaient autorisés à continuer leur route. La navigation sur la Caspienne fut des plus pénibles; le navire qui portait Crusius et sa suite échoua sur la côte de Derbend et ils ne purent quitter cette ville que le 22 décembre, pour se diriger sur Chemakliy. Ils durent y attendre pendant

trois mois les ordres du Chah, et s’arrêter encore pendant deux mois à Ardebil. Ils traversèrent les villes de Sulthanièh, de Qazbin, de Qonm et de Kachan et firent leur entrée à Ispahan le 3 avril 1637. Le jour même, ils reçurent la visite de l’agent de la Compagnie hollandaise, le sieur Nicolas Jacobs Overschle qui leur déclara sans détour qu’il avait ordre d’entraver leurs négociations et de tout mettre en œuvre pour en empêcher le succès. Le 16 août. Chah Sefy leur accorda une audience dans laquelle il déploya la plus grande magnificence. Outre les cadeaux du duc de Holstein, Crusius offrit personnellement « une arquebuse dont le bois estoit d’ébène et qui se bandoit en baissant seulement le chien. Un vase de cristal de roche garny d’or et enrichy de rubis et de turquoises. Un cabinet d’ambre et une petite horloge sonnante. Le sieur Brugman donna un chandelier de cuivre doré à trente branches, ayant une monstre sonnante dans le pommeau, une paire de pistolets dorez dans de beaux fourreaux. Une fort belle horloge de sable. Une montre dans une boëte de topaze. Une enseigne de diamans et de rubis et, dans un billet, le présent de deux pièces de canon que nous avions laissées à Ardebil » .

Le 2 décembre, Abbas Qouly bek, qui était attaché à l’ambassade en qualité de mihmandar, vint apporter les cadeaux du Chah. Chaque envoyé reçut « un cheval dont la selle étoit couverte de lames d’or et la bride chargée de boucles du même métal, deux vestes à la persane accompagnées du rnendil et du mianhend, c’est-à-dire du turban et de la ceinture de brocard d’or, de la façon du pais. De plus, pour eux, deux cent cinq pièces de quinze sortes d’étoffes de soye, de satin, de damas, de darai ou de taffetas renforcé de coton et deux cens tumains en argent qui valent justement trois mille

trois cens soixante dix piastres ou mille pistoles, pour la dépense du voyage dans le retour. Les cinq principaux de la suite eurent chacun une veste de satin et une autre à fleurs d’or et de soye. Les autres gentilshommes en eurent chacun une de tabis à fleurs d’or, mais le reste de la suite n’eut rien ».

L’inconduite et la violence du sieur Brugman hâtèrent le départ de l’ambassade : elle quitta Ispahaii le 21 décembre 1 637, et ce jour-là, Crusius apprit que Chah Sefy avait désigné un de ses maîtres d’hôtel. Imam Qouly Sultan, pour se rendre en qualité d’ambassadeur auprès du duc de Holstein et lui offrir, en son nom, des cadeaux estimés valoir vingt-cinq mille écus. Crusius et ses compagnons trouvèrent Imam Qouly Khan à Astrakhan ; ils revirent Moscou pour la troisième fois le 2 janvier 1 639, et le 1 août, ils rentraient à Gottorp sans avoir pu obtenir les avantages que l’on s’était promis d’un commerce régulier avec la Perse \

Au milieu du xvii® siècle, il y avait à Ispahau trois couvents appartenant à des religieux catholiques. L’un était celui des Augustins placé sous la protection du roi de Portugal, dont les religieux jouissaient des revenus de leurs propriétés dans l’Inde, et recevaient d’abondantes aumônes que leur faisait parvenir le patriarche des Indes. Le second était celui des Carmes déchaussés, originaires pour la plupart d’Espagne et d’Italie. Ces religieux travaillaient surtout à la conversion des Arméniens schismatiques. Le troisième a})partenait aux Capucins ; le roi de France pourvoyait à leur entretien'.

1. La tracluclion française des Voyages d’Olearius par Abraham de Wicquefort a paru à Amsterdam en Î727, sous le titre de ; Voyages très curieux faits en Moscovie, Tartarie et Perse, trad. en français par Abraham de Wicquefort.

2. « Il y a quatre églises de catholiques romains dont l’une a esté fondée par monsieur l'evesque de Babylone, autrefois de l’ordre des Carmes deschauds. L’autre est

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