‹ Estat de la Perse en 1660Chapitre 192 sur 276 · Hevay, léger comme l’air · texte numérisé non relu

Hevay, léger comme l’air

ESTAT DE \.X PERSE

d’Escart comme de sa nalion, sont ici pauvres, cancres, et nonobstant que, en quelques cantons de la Perse, Tondes aye faict Mores ils fréquentent tousiours la synagogue en cachette, et font leurs festes et leurs pasques. Leur exercice icy le plus relevé est d’estre déliai (censar) en quoy ils réussissent mieux que les Mores, car ils sont plus capables d’essuyer toute sorte d’affronts que aucune autre nation. Plusieurs d’iceux sont lapidaires ou plustost émouleurs de pierres à fuzil, ha/ckat^; d’autres, ramasseurs de guenilles, pilever'^ (frippier). De ce dernier mestier sont les plus belles boutiques, parées d’ordinaire comme celles de nos marchands, après le retour de la foire de Guibray. Là, vous voyez infinis justeaucorps de toile d’or, d’argent de nos kazelbach en vente, infinies serviettes, mendïl\ ceintures, tcheharguezi^ et autres meubles de nos messieurs Persiens pendus au croc pour être vendus à moitié de ce qu’ils les avoient acheptés en leur abondance, le frippier frippant l’autre partie.

Icy, il se faict encor un trafic de peaux de martre, semow\ qui s’apportent de Mosquovie, et s’emploient sur ce pais à parer le prépoints de nos messieurs, qui quelquefois par ornement, au temps que tout fond de sécheresse et de chaleur, paroissent en public emmitouflés. Ces peaux et habits fourrés sont fort chers : cinq, six, sept tomans pour un justeaucorps s’en vont en moins de rien, et cela encor des moindres.

Après ces marchands sont les ouvriers, qui sont encor marchands de leurs ouvrages et de celuy des autres, quand ils peuvent avoir du fond, mahié’’, pour les achepter et les revendre ; que s’ils ne peuvent faire cela et mesme que le fond et principal leur manque pour travailler, ils se mettent à estre déliai (censar)

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