‹ Estat de la Perse en 1660Chapitre 250 sur 276 · Arou bessou, est la corruption de Imrouz bes est · texte numérisé non relu

Arou bessou, est la corruption de Imrouz bes est

aujourd’hui, c’est assez.

avoit pris le langage estoient encor les pires de tous. Si celte tradition est vraye, il faut qu’ils souscrivent aces belles qualités, puisque leur prophète l’a dit ainsi.

Que si le lecteur ne le veut croire, qu’il s’en vienne icy, qu’il s’habitue et converse parmi toutes sortes d’estats pour apprendre leur langage, pour s’acquérir une science expérimentale de la vérité, entrant dans l’intérieur du pais, et ne fasse pas comme les chevaux de poste, qui ne voyent que en courant, et arrivés au giste, vont donner des relations au public d’avoir veu un royaume, une cocaigne pour son abondance, pour la beauté de son territoire, sa variété de prairies, ses eaux, ses forests, ses maisons de plaisance, ses montagnes et vallées verdoïanles, ses plaines hérissées d’espis jaunissants, et par delà donnent les idées de tous nos peintres exprimées dans leurs païsages. Pour la politique montée en cette cour au période de la prudence du siècle à raison des conseils pris et arrestés avec un secret exlresme (pour user de leurs mesmes termes), c’est une idée platonique de puissance imaginaire réduite à l’acte, pour la loïauté, l’amour des estrangers et la magnanimité de cœur, qui surpasse infiniment les Européens.

Pour trois ou quatre monceaux de pierres de taille escornées qu’ils auront veus moitié ensevelis en terre, ils feront la description d’un superbe palais d’une espouvantable structure dont nos maisons et chasleaux de France seroient à peine reçus pour servir de basse-cour ; pour quelques marmouzets et figures taillés sur l’entrée d’une caverne dans les postures hardies de ces statues, ils feront passer les pièces de Michel-Ange pour les pièces ébauchées d’un apprentif.

Pour quelque butte de terre ou ramas de terre conroyée en forme de tour quarrée ou ronde qu’ils auront veue sur la pointe d’un rocher (car, en raze campagne, il n’y a pour la milice et pour les habitans aucune station asseurée), ils nous feront la description d’une forteresse imprenable, hors de sape et de

mine, d’un accès impossible, d’une structure admirable, d’une deffense incomparable, de sorte que nos fortifications régulières compassées par les règles de la théorie et de la mécanique, corrigées par dix mille expériences, en comparaison de ces cliasteaux en l’air, où il ne faut que laisser sécher la garnison au soleil (puisque de là elle ne peust faire aucune descente qu’à son désavantage), ne debvroient passer, à leur dire, que pour retranchemens de villageois.

Ayant veu quelques broussailles et quelques arbres sur la pente d’une montagne, ô Dieu! quelle haute futaye, ils ont remarquée; le tronc des arbres, diront-ils, est comme tourné au tour, d’une hauteur incroïable, sans branches, de sorte que, au lieu d’aller eu Norvège chercher des masts pour les grandes machines mobiles de mer, il faudroit venir là pour s’en fournir. En chemin faisant, pour avoir trouvé le long de quelque fleuve quelques hameaux de maisons, moitié ruinés et délaissés d’espace en espace, leurs mazures de pierres et de briques ensevelies partie en terrre, partie esparses çà et là, ils se forgeront que là jadis a esté une grandissime ville dont à peine Troye la grande auroit esté receue pour en estre les soubsfaubourgs et pour la ceinture; qu’ils supputent de la distance de ces mazures aux monceaux de pierre de l’un à l’autre, ilsluy donneront tel circuit que le terrain d’une province y pourroit estre compris.

Si dans quelque ville en passant par le bazar, marché ou place publique où tout le monde s’assemble de toutes parts pour achepter, vendre et négocier, et ce en l’espace d’une halle de nos pais, ils vont faire un dénombrement infini de ses habitans ; et pour le confirmer, ils diront que pour passer par les rues de cette populeuse ville à moins que d’avoir un homme qui leur fende la presse, il n’en faut point parler ; car de faire comme celuy qui demeura deux jours et demi à l’entrée d’un grand pont, à la campagne, sans pouvoir passer à raison de la foule des passans,qui encor éventrantles garde-fous, se jettoient

dans l’eau l’un l’autre, cela ne serviroit de rien dans ces populeuses villes icy, car tous les jours sont semblables. Pour les nuicts, je ne sçay s’ils ne feront point encore fourmillerle monde de la sorte. Il estvray que dans aucunes villes, dans la place ou bazar public et quelques environs d’iceluy, il s’y trouve du peuple beaucoup, mais allez au reste de la ville, dans les rues, à peine treuverez-vous qui vous enseigne le chemin.

Pour avoir veu un prince entouré de cent ou deux cents personnes, et en quelque espèce d’ordre qui seront l’eslite de tout le royaume (car, après cela, ne cherchez plus rien qui mérite d’estre mis en inventaire), ils vous vont faire la description d’une cour la plus florissante, la mieux ordonnée, la plus superbe d’habits, et que elle seroit trop rabaissée d'estre mise en parallèle avec celles d’Europe. S’ils ont trouvé quelque affabilité de quelque particulier qui aura traicté avec eux honnestement et civilement, et ce à raison sans doubte de quelque intérest temporel, ils vont descrire l’humeur prédominante de ce païs, la plus courtoise, la plus affable, la plus sincère, que faisant réflexion sur nostre façon de procéder, en comparaison, nous nous jugerons estre des sauvages, car jamais Balzac ny autre n’ont donné au public les pièces de complimens et entregens de discours polis que ces relateurs font sortir des bouches dorées ou emmiellées de ces personnes icy.

Après avoir bien pensé à la raison que aucuns de nos voïageurs ont de tant mentir, je ne sçay si ce n’est point pour ne pas démentir cet ancien proverbe usité, ou bien si tout de bon ils croient tout ce qu’ils disent, ou bien s’ils veulent s’amuser des chiens pris par l’oreille ou la lecture de leurs brimborions, qui les congratulent de leur curiosité d’avoir passé tant de mers, de forests, de déserts, au péril de leur vie et de l’esclavage, ou veulent inquiéter ceux qui, dans l’Europe, jouissent par le don de leur naissance de ce qui est parfaict dans l’univers touchant le spirituel et temporel (sauf quelques petites imperfec-

tions dont il est vray que la communication avec l’estranger peustnous faire apercevoir, et de nous mesmes ensuite les corriger), les invite à faire telles corvées. Un insigne souffleur, réduit en tel estât de misère qu’il ne luy restoit plus que sa misérable personne, et qui avoit tout jetté dans le fourneau, faute de charbon et d’argent pour en achepter pour continuer les degrés du feu jusques au dernier point de la transmutation imaginaire de ces ingrédiens en la nature de la lune ou soleil, pensa à se venger hautement d’un sien ennemi, en luyconseillant par quelques pièces destachées de manuscrits d’alchimie, par la monstre de quelques pièces de verre coloré au feu par hazard et par quelque pièce de mercure coagulé, de travailler au grand œuvre et que peu de chemin luy restoit à faire.

J’avoue bien qu’il est fort bon de voïager, de sortir de son païs pour se déniaiser et ne passer pas lousiours pour homme de son païs, mais de converser avec l’estranger, de s’instruire de leurs façons d’agir, d’apprendre leurlangue pour mieux entrer dans l’intérieur de leur estre et, comme unhommed’entendementpouvoit de la boue et delà fange d’Enniusen retirer des diamans, ainsi dans la conférence des mœurs et des façons de procéder de l’estranger corriger les siennes propres; car la vérité est que jamais il ne s’est donné aucun libvre au public que le particulier n’y ait lousiours treuvé à profiter de quelque chose. Ayant ce que le lieu de nostre naissance nous a donné, et le conférant solidement avec ce que nous voyons àl’estranger, nous pouvons y ajouter ou diminuer dans les circonstances ; car pour l’essence et le principal, l’on a raison aux quatre parties du monde exprimées soubs figures humaines qui portent quelque marque de leur climat, de mettre la couronne en teste à l’Europe et en particulier à ces belles monarchies, qui, quoyque composées de parties hétérogènes, se réduisent toutes à l’unité comme image du gouvernement du monde. Combien d’ordres subalternes les uns aux autres avec une merveilleuse harmonie dans l’estât ecclésias-

ESTAT DE LA PEllSE

tique compris entre le dernier clerc jusques au souverain Pontife ! Rien de tout cela n’est, à présent, dans le Levant chez ceux qui le dominent ; chez les tributaires de ces pais connus soubs le nom de chrestiens, il sepourroittreuver quelque ombre ou fumée de ce bel estât qui leur est resté encor du temps que le beau flambeau d’unité les comprenoit au nombre de ses parties. Dans l’estât de noblesse, quel bel ordre de noms et de qualités depuis le moindre seigneur de fié jusques à un duc et pair de vieille date! dans la justice, entre un sergent de village et le dernier chef lieutenant immédiat de Dieu en terre! Pour le civil, combien de jurisdictions, de sièges royaux, de présidiaux, de parlemens ! Icy il n'y a rien de tout cela; un seul homme sans science des lois donnera gain de cause au plus offrant et dernier enchérisseur. Pour la noblesse , le nom mesme en est icy bien loin. Les supposts qui sont l’ornement et la force des peuples dans les finances, entre un collecteur de paroisses jusques à un dernier et supresrne intendant de finances, combien de différens officiers relatifs les uns aux autres où icy l’on envoira un affamé, un député qui coupe et taille à sa fantaisie et mange le pauvre peuple; puis, pour ses rapines il vient vomir dans les coffres du roy par une violente compression de ventre qui ne leur manque pas de temps en temps.

Pour les sciences, entre le dernier grimant d’une escole jusques à un chancelier d’université, combien de belles chaires, d’exercice d’arts libéraux, de professeurs, de docteurs, maintien unique de l’estât tant temporel que spirituel! Icy, il n’y a rien de tout cela; l’estude est sans ordre et sans l’aide de l’imprimerie. Pas de charité et de conscience des maistres, qui icy ne tascbent d’assembler un grand nombre d’estudians que pour s’acquérir autant de trompettes qui fassent courir partout la renommée de leur suffisance, tout leur procédé n’ayant rien en veue que la vaine gloire. Dans la soldatesque, depuis un simple soldat jusques à un généralissime d’armée, combien d’officiers

et d’estats subalternes le^ uns aux autres dont l’union et la coirespondance nous mettent hors des mains de l’ennemi qui, sans ce boulevard, feroit curée de nous autres ! Icy, il y a des invasions de peuples qui gaignent le pais, non point par discipline militaire, mais par leur grand nombre et obruent les assiégés. Si nous regardons encor dans l’exercice des arts mécaniques nécessaires pour la commodité de la vie, l’on trouvera dans leur subordination, (un cliascun sachant l’estendue et la restriction de son trafic et faclurerie sans pouvoir anticiper l’un sur l’autre), encor quelque chose de ravissant. Non que dans tous ces estais il ne s’y puisse rien adjouter ou retrancher pour plus grande perfection, autrement nous ne serions pas hommes, mais quant à l’essence, concluons que elle est de Dieu, puisque toutes choses bien ordonnées de la sorte sont de Dieu. Icy dans l’Orient de toutes les déductions susdites, l’on en peust remarquer quelques raïons , quoyque obscurément, mais un peu plus clairement dans la Perse à laquelle, le reste passant pour aveugle, l’on luy peust concéder un demi-œil.

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APPENDICE

S’emuyt Uhystoire moderne du prince Syach Ysmail mrnommé Sophy Ardvelin, roy de Perse et de Mede et de plusieurs autres terres et provinces.

En ensuyvant l’ordre du traicté precedent, nous diviserons cestuy cy en trois petites parties. En la première partie, sera declairée la genealogie et origine du prince Sophy. En la seconde, de sa maniéré de vivre et de ses premières fortunes. Et en la tierce, du merveilleux advancement et progression de ses armes bellicques.

De V ancienne genealogie du costé paternel du prince Syach Ysmail dit Sophy, Ardvelin, Ihiselbas et Nazery ‘ et de la cause desditz surnoms et de sa tresgrant noblesse du costé malernel.

Mahommet, séducteur et faulx prophète et législateur de la loy sarrazine, eut ung sien frere nommé Haly lequel, après la mort de son pere, demoura petit enfant, fut nourry et eslevé de son frere Mahommet, lequel le traicta bien et l’advança tousiours au mieulx qu’il peust en honneur mondain

De cestuy Haly, par vraye et droicte ligne masculine, est descendu celluy qui, de nous au jourdhuy, vulgairement, est appelle Sophy. Et ainsi comme ceulx qui descendent en ligne masculine de

1. Il faut lire, au lieu de Ardvelin, Ruselbas et Nazery, « Ardehily, Qizilbach et Eçnachary ».

2. Aly, filsd’Abou Thalib, était, comme on sait, le cousin de Maliomel, dont il épousa la fille Falhimah. Les princes de la dynastie des Séfévis faisaient remonter leur généalogie à l’imam Abou Ibrahim Moussa, fils de Djafer el-Kazhim qui descendait à la troisième génération de Houssein, fils d’Aly.

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Mahommel sont appeliez Seriphy de Mahommet, semblablement ceulx qui descendent dudit Haly sont nommez Seriphy de Haly. Et cenlx cy ne sont pas moins honnorez que les aullres envers les peuples du royaulme de Perse, lesquelz ne honnorent pas moins Haly que Mahommet.

Oi% n’est ce pas son vray et propre nom Sophy, mais de leur secte et religion, laquelle veult et commande que, par humilité, ilz ne portent aucun acoustrement de teste, qui soit de chose plus précieuse que de laine. Et pource qu’en langue arabicque, la laine se nomme Sophy, ceulx de ladicte secte sont nommez Sophy. Hz doivent vivre en povreté, abstinence de vin et de viandes et en continuelles veilles et oraisons, combien que plusieurs d’entre eulx observent mal toutes ces choses maintenant.

Son propre et vray nom est Syach Ysmail, c’est à dire le prophète Ysmail, duquel les ancestres et mesmement son pere de fresche mémoire ont tousiours esté seigneurs d’une petite contrée appellée Ardval', à cause de laquelle lesditz Sophys ont aussi esté nommez Ardvelins.

1. Ardebil, dans la province du Chirvan. C’est dans cette ville que se fixèrent le cheikh Sefy Eddin ei ses descendants. Leur tombeau était un asile inviolable, d’où l’on ne pouvait arracher aucun coupable, quelque grand que fût son crime. Au rapport de Hadji Khalfa, les portes de ce tombeau étaient en argent, et les lampes qui en éclairaient l’intérieur étaient en or. DJihan numa, page 383.

Ardebil, dit Ahmed Razy auteur é\i lleftiqlim, se distingue d’un grand nombre de villes par l’abondance de ses arbres et de ses eaux courantes, la propreté de ses bazars et l’élégancede ses bains. Les fruits tels que les pommes et les poires y sont en petites quantités, mais le voisinage de Tebriz et de Talich permet de se procurer tout ce que l’on désire. Le mont Silan, une des plus hautes montagnes du monde, s’élève à quatre fersengs d’Ardebil. Le château appelé Dizi Behmen était bâti au sommet de cette montagne. Heft Iqlim, R 480.

«Comme j’ai eu une impatience extraordinaire de voir le superbe mausolée de Sefi et des autres rois de Perse qui sont inhumés au même lieu, j'en parlerai avant que de faire la description de la ville d’Ardevil. Ces tombeaux sont proches du Meydven [Meldan], place d’assez grande étendue. L’entrée en est grande et d une belle architecture, voûtée par le haut, et les pierres en sont peintes de diverses couleurs. On entre par une porte de bois dans une belle et longue galerie, au haut des murailles, de laquelle on voit plusieurs niches curieusement peintes de bleu, de vert, de jaune et de blanc, et l’on trouve au haut de cette galerie une seconde porte revetuë d’argent par où l’on entre dans un appartement magnifique, à la droite duquel il y a une grande salle, couverte d’un dôme sans colonne pour le soutenir, semblable à celui de la Rotonde à Rome, mais plus petit. Cette salle, qui est vis à vis de la bibliothèque et d’une chappelle, est couverte de tapis ; et l’on trouve à gauche, vis à vis de l’entrée du dôme, un autre appartement élevé avec de grands vitrages. De là, on passe par une autre porte, revetuë d’argent, d’où l'on entre

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Encores sont ilz nommez d’aucuns aultres Etnazery^ pource que leur couslume estoit de porter une tocque divisée en douze bendes Etiiazer an langaige arabic signifie douze, laquelle tocque ou bar-

dans une cour à peu près quarrée, dont la muraille a environ dix huit pieds de haut et trois niches de chaque côté, peintes de bleu et de plusieurs autres couleurs, ornées de fleurs et de feuillages cizelez. On y trouve, à droite, plusieurs mausolées avec des cercueils élevez dont il y en a qui ont de grands ornemens, et d’autres à gauche, séparez par une petite muraille, où Ton dit que reposent les cendres de plusieurs princes descendus de familles royales, contre la muraille de celui de Sefi. Cette cour a un appartement à droite et à gauche, élevé à trois pieds de terre, dont les voûtes sont faites en forme de dômes. Ils sont fermez par devant d'une ballustrade de bois ; et on trouve dans un des coins de cette cour à gauche, une grande porte à deux battans, avec une ballustrade revêtuë d’argent et une chaîne d’argent massif. Il faut se déchausser pour y entrer, sans toucher le seuil qui est de marbre blanc. Il y en a de semblables aux autres appartements dont l’entrée est couverte de nattes... Après qu’on a passé par cette porte, on entre dans un petit endroit voûté en forme de demi dôme. De là, on va droit par une porte ornée d’une ballustrade d’or ou de vermeil doré, dans un appartement magnifique rempli de candils ou de lampes d’or et d’argent, dont il y en a qui ont une aune de tour, et en si grand nombre qu’on ne les sauroit compter. Le plancher en étoit couvert de tapis et rempli de part et d’autre de petits pupitres ou de petites chaises de bois pliantes, sur lesquelles il y avoit de grands livres. Ce lieu a cinquante deux pieds de long, sur trente quatre de large. Le mausolée de Sefi est au bout de cet appartement, élevé de trois marches. La lampe qui pend au dessus est de fin or massif et des plus grandes. On voit au delà une ballustrade qui est aussi d’or massif, élevée d’un degré, ronde et de l’épaisseur d’un pouce, laquelle a environ six pieds et neuf pouces de large, hors du fronton de la porte, et neuf pieds dix pouces de haut. Cette porte a deux battans par où l’on entre dans une petite chapelle ronde, au milieu de laquelle on voit le tombeau de Sefi, faict de marbre, couvert d’un poêle de brocard d’or magnifique et couronné à chaque coin d’un grand vase d’or. Cette chappelle est remplie de vases d’argent, parmi lesquelles il s’en trouve d’or. Ce tombeau a neuf pieds de long, quatre de large et trois de haut. Il y en a deux autres sur le devant, dont l’un est celui d’un enfant, et deux derrière, cinq en tout, qui sont ceux de Sefi, du roi Fedredin (Sadr Eddin), d’un fils de Sefi, du roi Tzenid (Djouneïd) et d’un fils de Fedredin nommé Sultan Aider, qui fut écorché par les Turcs, un autre de Tzenid et celui du roi Aider. On allume, tous les soirs, les lampes qui sont auprès de ces tombeaux et deux gros cierges qu’on met dans des flambeaux d’or massif. Il y a un petit dôme revêtu d’or au dessus de ce tombeau et un autre à côté de celui-ci revêtu de pierres glacées vertes et bleues. »

Voyages de Corneille Le Brun par la Moscovie en Perse et aux Indes Orientales. Amsterdam, 1718, tome I, pages 169-170.

1. Etnazenj est la corruption du mot Eçnachary, L‘l. On désigne sous ce

nom les Chiites, qui ne reconnaissent pour successeurs légitimes de Mohammed qu’Aly et les douze imams, ses descendants. Le dernier imam Mohammed el-Hassan el-Mehdy disparut à Samarra en l’année 255 (868).

2. La coiffure dont il est question dans ce passage fut imposée par Chah Ismayl à ses partisans. « Le chah, dit le continuateur du Raouzet ous-sefa, rendit le plus

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relie, pour ce qu’elle est toute rouge se nomme Ruselbas qui vault autant à dire comme teste rouge. Si que ceste secte pour diverses causes et accirlens a sorty divers noms.

Le pere de cestuy Sophy fui homme de grant littérature tant en la théologie de leur loy (ou plustot superstition) comme en plusieurs aullres sciences et principalement en astrologie L II fut de povre et honneste vie. Pour lesquelles raisons, il fut grandement aymé et honnoré du roy Razeniheck que nous disons Usum Cassan’, tellement qu’il luy donna sa propre fille en mariage, de laquelle est yssu cestuy Syach Ysmail que nous disons Sophy; parquoy il appert que, de par sa mere. il eslextraict de Iresnoble et royale lignée.

Des 'premières fortunes du prince Syach Ysmail surnommé Sophy , Ardvelin, Etnazery, Ruselbas. Comment il fut exillé après la mort de son pere et depuis retourna à sa seigneurie. De ses meurs et maniéré de vivre et de sa forme et grant libéralité, et de la merveilleuse hay ne qu’il a contre la nation des Tarez.

Tant comme le pere de cestuy Syach Ysmail fut en vie, il tascha

grand éclat à la secte des Eçnachary. 11 donna l'ordre de confectionner des bonnets de drap rouge, à douze côtes et tous ses soldats en étaient coiffés. Les Turcs les appelaient, à cause de celte particularité, qizil bach (têtes rouges) et les Persans sont encoreainsi dénommés.» </1^1j" l>'i jÂ... j\) jIj L*I <Lju

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Raouzet ous-sefa, tome VIH, page 16. t/jU-

1. Le père de Chàli Ismayl était Sultan Cheikh Huyder, qui avait épousé la sœur d'Ouzoun Hassan Bek nommée Alem Chah Begoum ; il en eut trois fils. Sultan Aly, Seyd Ibrahim et Chah Ismayl. Sultan Cheikh Hayder périt en 893 (1487), dans un combat qu'il livrai Yaqoub Bek et à Ferroukh Yessar, gouverneur du Chirvan. Ses fils faits prisonniers furent enfermés dans le château d’istakhr, dans le Fars, et ils ne recouvrèrent la liberté qu’en 897 (1491) après la mort de Yaqoub Bek. Sultan Aly se révolta l’année suivante contre son oncle Rustem Bek, frère de Alem Chah Begoum et perdit la vie dans la bataille qu’il livra au lieutenant de ce prince, dans les environs d’Ardebil. Chah Ismayl fut conduit par les partisans de son frère dans le Guilan et confié à Kar Keya Mirza, seigneur de cette province.

2, Ouzoun Hassan Bek est le quatrième prince de la dynastie turcomane des Aq Qouiounlou ou du Mouton blanc désignée aussi sous le nom de Bayndiry, du nom de Bayndir, petit-fils d’Oghouz Khan, auquel Beha Eddin Qara Osman faisait remonter son origine. Ouzoun Hassan, fils d'Aly Bek et petit-fils de Beha Eddin Qara Osman, succéda en 858 (1454) à son frère Djihanguir Mirza, Il mourut à Tauriz, le 1*"' chewal 882 (6 janvier 1478),

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tousiours de nourrir et introduire son filz en noble acoustumance et façon de vivre, si comme en bonnes lettres et mesmement es escriptures de leur loy. Si dit on que, par sa science d’astrologie, il corigneut à la naissance de son filz qu'il seroit, une fois, merveilleux bomme. Toutes voyes, il ne fut pas permis au povre pere de instruire longuement son filz pour ce que, dedans brief tems, le roy Razembech Uzum Cassan dessus nommé alla mourir, auquel Uzum Cas’san le bon duc Philippe de B'ourgongne envoya ses ambassades pour l’inciter contre les Turcz. Ainsi appert que le roy Uzum Cassan fut ayeul maternel du présent Sopby

Si succéda après Uzum Cassan au royaulme de Perse son filz nommé Jacobbech, lequel avoit en si granthayne le pere dudit Sopby, (pour ce que par adventure il luy sembluit moins noble et indigne d’avoir cspousé sa seur), que tantost après qu’il fut estably en son royaulme, il le persécuta à toute rigueur et luy tollutce peu de pays qu’il avoit et finalement le fist mourir

Or avoit Syach Ysmail, au temps de la mort de son pere, seulement huyt ans ou environ. Mais quelque petit et jeune qu’il fust, il luy fut necessaire et eut bien le sens de s’enfuyr pour crainte de la mort. Sy s’en alla bien loing, c’est assavoir en la province de Geylan prochaine de la mer Caspienne voisine de Tartarie, et s’arresla en une cité nommée Lezian, de laquelle viennent à Venise plusieurs draps de soye et tapis veluz^

1. Onzoïin Hassan était Fonde maternel et non Faïeul rie Chah Ismayl.

2. Yaqoub Bek, fils fie Oiizoïin Has.-an, sixième princ^ de la dynastie du Mouton blanc, s’empara du pouvoir api-ès avoir livré, sur les bords de la rivière de Khoï, une bataille à son frère Khalil Bek qui perdit la vie dans cette journée. Yaqoub Bek fit marcher ses troupes au secours de son gendre, Ferroukh Yessar, prince du Chirvan, attaqué par Sultan Hayder. Celui-ci fut tué dans le combat qui lui fut livré. Yajoub Bek mourut en 896 (li90), après un règne de treize ans.

3. Chah Ismayl, après la perte de la bataille que son frère Sultan Aly livra à Rustem Bek, et dans laquelle il perdit la vie, fut conduit par ses partisans auprès de Kar Keya Mirza Aly qui gouvernait le Guilan depuis l’année 862 (1459). Lezian est la corruption du nom de Lahidjan, capitale de la partie du Guilan qui est appelée Beièhpes. « Lahidjan, capitale du district de ce nom qui s’étend depuis la rive droite du Setid Roud jusqu’à la rive gauche du Roudser d’un côté, et depuis la mer

jusqu’aux montagnes de Deïieman de l’autre, compte deux mille cinq cents maisons

Elle est située sur les derniers versants des montagnes de Deïieman, ce qui ajoute beaucoup à la salubrité du climat... La mosquée principale de la ville est construite sur les ruines d’un temple guèbre. «Les Vénitiens exportaient au moyen âge du Guilan de la soie connue sous le nom de Seti ijhella. Lahidjan était l’entrepôt de ce commerce.» Alexandre Chodzko, Le Ghilanet les marais Caspiens, pages 17-18. Cf. W. Heyd, Histoire du commerce du Levant au moyen dge, trad. de M. Furcy

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Si demeura illcc longtemps en la court d’ung seigneur nommé Pirkail Et ce tems qu’il y fut^ c’est assavoir huyt ans et plus, il ne voulut oneques lasler de viande de court, pour priere ou exhortation qu’on luy sceust oneques faire; mais vivoit seullement de ce qu’on luy donnoit en aulmosne. Et de ce qui luy demouroit de son repas, il le donnoit de rechief tout pour l’amour de Dieu aux povres. Maintenant, il peult estre en raage de vingt et huyt ou trente ans. Petit quant à la stature, et quant à la corpulence, grasset; de forme assez belle, ferme et constant en justice, en telle sorte que tous ses cappitaines constituez au gouvernement de diverses citez et provinces, lesquelz il a trouvé avoir usurpé les biens des subjeetz et privées personnes ou commis quelque aultre débet, il les a tous faict mourir et a donné leurs offices à aultres.

Il est si tresliberal comme il est possible de dire, et si n’amasse ne or ne richesse, ne point les estime, et avec ce despend tant et donne tant que tout le monde s’en esmerveille, et sont plusieurs gens qui pensent et cuident qu’il ait congnoissance des trésors mussez en terre. Et, quant il a mestier de finance, qu’il en puist trouver à sa poste.

Il boit du vin, mais secrètement, et mange chair de porc, lesquelles choses sont deffendues en la loy mabommetiste. Et pour la grant hayne qu’il porte à la nation desTurez, il faict tousiours nourrir en sa court ung pourceau gros et gras ^ Et pour despriser et avillener le roy des Turez, il faict nommer ledit pourceau Pazayth qui est le propre nom du Turc à présent régnant

Son plaisir s’exerce en toute chose vertueuse, tant d'ouvraige manuel comme de labeur d’estude et d’entendement. Et quant aucun luy vient présenter quelque chose digne d'estimation, il la paye tousiours au double, voire trois fois plus que elle ne vault, ne jamais personne ne se part de luy, sinon content et bien satisfait.

De ceulx de sa cour et de ses subjeetz il est adoré comme pro-

Raynaud. Paris, 1885-1886, lonae II, page 671 ; Cf. aussi Journal of a tour through Azerbidjan by col. Montheilh dans le Journal of the Royal geographical Society of London, tome III, page 20.

1. L’histoire du règne de Kar Keya Mirza Aly que Rota a transformé en Pir Kail a été écrite par Ct)emsEddin Ibn Aly, auteur du Tarikhi Khany, publié parM. Dorn à Saint-Pétersbourg en 1857.

2. Les Orientaux nourrissent quelquefois un porc, dans leurs écuries, pour détourner de leurs chevaux l’influence du mauvais œil.

3. Le sultan Bayezid, fils de Mahomraed II, né en 851 (1447), monta sur le trône en 886 (1481) et mourut à Suyutly Dèrèh, près d'.Audrinople en 918 (1512), àl’âge de soixante-cinq ans.

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phete et luy, pour plus grant réputation, ne se laisse veoir, sinon la face couverte et voilée, comme faisoit jadis Moyse aux enfans d’Israël.

Touchant la luxure, il est assez honneste, selon la coustume du pais et selon ce que porte sa loy. Il n’a esclave nulle ne femme qui soit conjoincte avec luy sinon par mariage. Et icy terminerons la seconde partie

La iroisiesme partie de ce traicté qui est des grandes conquestes et faicts d'armes du prince Syach Ismayl surnommé Sophy. Le premier, du recouvrement de son pais et patrimoine de Ardvel et comment ü conquist la cité de Simiacque.

Maintenant, reste la tierce et derniere partie qui est des gestes merveilleux du prophète Sophy quant à la guerre. Doncques, il fault entendre que endementiers qu’il fut fuytif et exillé de son pays de Ardvel, durant le tems de sa prime jeunesse, il se tint en la cité de Lezian comme dessus est dict, près de la mer Caspienne voisine de Tartarie. El durant ce tems, mourut son oncle maternel et mortel ennemy le roy Jacobbech, lequel, comme dessus est dict, avoit faict mourir le pere de Sophy et usurpé son païs et ses terres. Par la mort duquel roy Jaccobbech, oncle de Sophy, le royaulme de Perse fut tout esmeu aux armes et mis en telle controversie de guerres et divisions que, en moins de deux ans, l’estât royal fut entrechangé et remué par cinq fois*. Pour lesquelles choses, c’est

1. La mort de Yaqoub Bek, au mois de moharrem 896 (novembre 1490), ouvrit une ère de révoltes et de guerres intestines. Yaqoub Bek eut pour successeur son fils Baysotiqor Mirza qui, au bout d’une année, fut renversé par son cousin Rustem Bek, fils de Maqçoud Bek. Pendant une expédition tentée par Rustem Bek conire Bedi Ouzzeman Mirza qui gouvernait le Khorassan,le gouverneur d’Ispahan, Keucèh Hadji, leva l’étendard de la révolte. A l’approche des troupes de Rustem Bek, il prit la fuite et se réfugia à Qoum où il fut fait prisonnier et mis à mort. Sa tête fut envoyée à Rustem Bek.

La même année, le prince du Chirvan, Ferroukh Yessar, résolut d’attaquer Rustem Bek. Celui-ci fit marcher contre lui son vézir Allah Verdy Khan qui, à la tête d’une nombreuse armée, lui infligea une défaite sanglante. Baysonqor Mirza crut le moment favorable pour ressaisir le pouvoir; il leva des troupes dans le Chirvan et se dirigea sur l’Azerbaïdjan, En présence de ce péril, Rustem Bek se décida à rendre la liberté aux fils de Sultan Hayder, Sultan Aly, Seyd Ibrahim et Ysmayl, emprisonnés dans le château d'Istakhr. Sultan Aly réunit autour de lui les adeptes de son père et se mettant à leur tête, il attaqua, défît et mit à mort Baysonqor

APPENDICE

assavoir que mort son ennemi capital, et les nobles hommes et g-ens d’armes du royaulmede Perse occupez continuellement à guerroyer l’ung l'aultre, il fui facile à Syach Ismayl de retourner en son pays et recouvrer son herilaige et succession de son pere, c’est assavoir la contrée de Ardvel, en laquelle il estoit souverainement aymé et honnoré de ses subjectz.

Lequel sien domaine l'ecouvré et obtenu pacificquement, et illec demeurant aucun temps, il rassembla une petite armée (si armée se doibt nommer), c’est assavoir de trois cens hommes seullement, à tout laquelle il se tira vers une cité nommée Simiacque *, non pas trop loing de son pays qui est ung lieu dont les Vénitiens apportent les soyes grosses et aultres semblables marchandises, laquelle cité de Simiacque il print soubdain et à despourveu, et la mist à sacquemant, c’est assavoir au feu et à l’espée, pluslot miraculeusement que par force de gens que il eust avecques liiy, attendu que la dicte cité devoit eslre suflisanle pour résister à une puissante armée de plus de trois mille chevaulx ^

Mirza. Ce succès et le grand nombre des partisans de Sultan Aly excitèrent les soupçons de Rustem Bek qui le fit arrêter et massacrer ainsi que son frère Seyd Ibrahim.

Rustem Bek fut assassiné en 902 (1496), par son cousin Koudèh Ahmed Bek, fils d’Oghourlou Mohammed Bek. Oughourlou Mohammed Bek, un des fils d’Ouzoun Hassan mort avant son père, s’était réfugié à Constantinople et y avait épousé une fille du sultan Mohammed II. Ahmed Bek ne régna que six mois. Allah Verdy Khan, gouverneur du Kerman et Qacim Bek, gouverneur du Fars, se révoltèrent contre son autorité; il marcha contre eux pour les réduire à l’obéissance, mais au moment de livrer bataille, il fut abandonné par ses officiers que son avarice lui avait aliénés et il trouva la mort dans la mêlée. Après la mort d’Ahmed Bek, les chefs turkomans donnèrent la souveraineté de l’Iraq à Elvend Bek, celle d’Ispahan et de son territoire à Mohammed Mirza et celle de l’Azerbaïdjan à Murad Mirza. Les guerres que se firent ces trois princes descendants d’Ouzoun Hassan, amenèrent la chute de la dynastie du Mouton blanc et le triomphe de Chah Ismayl.

1. Chemakhy était autrefois la capitale de la province du Chirvan. Cette ville fut, dit-on, fondée par Nouchirewan.

2. Chah Ismayl se rendit maître de la ville de Chemakhy au commencement de l’année 9ü6 (1500). Il avait réuni sous ses drapeaux près de six mille hommes : il présenta le combat au prince du Chirvan, Ferroukh Yessar qui perdit la vie dans cette rencontre. Son cadavre fut brûlé par l’ordre de Chah Ismayl. Cf. L'histoire de l'ambassadeur de Nizam Chah dans la Chreslomalhie persane, tome II, page 57 du texte et pages 81-82 des notes.

APPENDICE

Comment les Persans tiennent Syach Ismail surnommé Sophy ainsi comme ung prophète anciennement promis en leur loy, et de la crainte que le Turc a de luy.

Après ceste emprinse achevée, la renommée de Sophy creust et s'estendil si avant, que de plusieurs lieux et païs circonvoisins, s’assembloient à luy grant nombre de sa secte et loy. Et la cause esloit pour ce que, par leurs livres, ilz trouvoient prophetizé qu'il devoit venir ung nouveau prophète en leur loy, lequel devoit accroistre et exaulcer icelle et fouler, abaisser et destruire toutes autres.

Dont pour advertir les lysans, il est assavoir que la secte de Machommet est divisée en lxxii sectes principales, comme il est expressément désigné en l’Alchoran qui est le fondement de leur loy. Et met après que des lxxii, une seule va en paradis, et tout le reste au feu d’enfer; si laisse sans détermination celle qui va en paradis. Et de là vient que chascun tient la sienne estre bonne- Desquelles septante et deux, la secte du Sophy est l’une. Si croyent entre eulx que c’est celle seule qui maine les gens en paradis; et disent que cestuy Syach Ysmail a esté envoyé de Dieu pour la publier et manifester à tout le monde et pour agrandir et magnifier icelle et destruire totallementles aultres septante et ung, de maniéré que, s’il est possible, il ne demeurera auculnes des aultres, ançois seront mises en oblivion perpétuelle.

El de là vient que l’armée de Syach Ysmail est toute sans ses despens ou gages, ainsi comme se faict la Croisée entre nous, pour aller contre les infidelles. Et à ceste cause, de tous les quartiers d’Asie, les hommes de sa secte courent à luy, avec tous leurs biens et toute leur famille, s’ilz n’en sont destourbez et empeschez par les seigneurs, comme a faict desià le roy turc Pazabilh ülhuman depuis six ou sept ans en ça, lequel entendant la renommée de cestuy Syach Ysmail croistre de jour en jour, et sa puissance et son armée et son estât augmenter, a tiré de la Natolie et de la Turquie tous ceulx qui, publiquement, estoient congneuz estre de sa secte, qui furent au nombre de dix mille et les a faict trestous marquer au visaige à celle fin qu’ilz soyent congneuz d’ung chascun, et les a transportez en la Romaigne, c'est à dire en certaines provinces de Grece. Et encores affin que, non sans grant difficulté, ilz se puissent rassembler ensemble, il les a séparez en divers lieux loingtains l’ung

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