DROGUERIES
Poivre, deux cent dix livres.
Canelle, quarante livres.
Clous de girofle, neuf livres.
Cardamome, quatre vingt dix livres.
Noix muscade, deux cents livres.
Thé, deux grands sacs.
Présens faits à V Atemadolet de Per
Deux montres d’orloge.
Huit turbans bordés d'or.
Six indiennes calamkar.
Cinq pièces de camelot ondé.
Drap d’Angleterre, vingt aunes.
Une livre de thé.
Poivre, quarante livres.
Cardamome, dix livres.
Quatre vingts noix muscade.
Deux livres de canelle.
Deux livres de clous de girofle.
Présens faits au Nazer.
Deux montres d’orloge.
Six turbans de toile d’or.
Six belles indiennes calamkar.
Trois pièces de camelot ondé.
Drap d’Angleterre, vingt aulnes.
Une livre de thé.
Poivre, quarante livres.
Cardamome, dix livres.
Noix muscade, quarante.
Canelle, deux livres.
Cloux de girofle, une livre et demie.
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Présens an Mehmandar.
Deux turbans de toile d'or.
Camelot ondé, deux pièces.
Trois indiennes calamkar.
Poivre, quatre vingts livres.
Cloux de girofle, demie livi’e.
Cardamome, deux livres.
Thé, demie livre.
Présens au Mirza Tahir, Nazir du premier commis du controlleur (jénéral.
Deux turbans do toile d’or.
Deux turbans d'or ou d’argent.
Deux pièces de camelot ondé.
Indiennes calamkar.
Cinq livres de poivre.
Une livre de canelle.
Cardamome, deux livres.
Thé, demie livre.
Fin des présens faits par M. de Jonchères.
Lettre du lioij au Roij de Perse pour accompagner les présens de la Compagnie des Indes Orientales.
Très-haut, tres-excellent, très-puissant, tres-magnanime et invincible Prince, le Roy de Perse en qui tout honneur et vertu abonde, nostre tres-cher et bon amy. La Compagnie des plus considérables de nos sujets qui s'est formée dans l’étendue de nostre Empire pour faire un commerce réciproque des marchandises qui y croissent ou y sont fabriquées et de celles qui se tirent de vos Estats, ayant résolu de donner à Vostre Grandeur une marque de la reconnoissance qu’elle conserve du bon accueil et du favorable traitement qu’elle a receus par quelques légers présens que le S"" aura l’honneur
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de VOUS offrir, nous avons profité avec plaisir de cette occasion pour vous témoigner la part que nous y prenons et en même temps de vous demander pour ladite Compagnie la continuation des mesmes grâces que vous luy avez accordées jusques à présent; et comme vous connoissés, de plus en plus, 'combien ce commerce sera également avantageux à nos sujets communs, nous nous persuadons de même que vous aurés agréable de donner tous les ordres et toute la protection nécessaires à ceux qui ont esté chargés d’en faire l’établissement dans vostre Empire. C’est ce que nous nous promettons de votre amitié et du désii que vous avés de faire goustcr à vos peuples la douceur et la félicité de vostre règne. Nous finissons en priant Dieu qu’il veuille augmenter Vostre Grandeur avec fin heureuse. Escrit en nostre ville royale de Paris, le cinquiesme jour de Mars 1673.
Vostre très cher et bon amy.
Louis.
Du Roy à M. l'Evesque de Naxivan.
Le 18e Avril 1674.
Monsieur l’Evesque de Naxivan, Nous avons receu par les mains des Pères Azaris et Antoine qui nous ont esté envoyés par le Roy de Perse nostre tres-cber frère la lettre que vous nous avez escrite par eux, et nous avons eu beaucoup de satisfaction d’y apprendre, qu’à nostre considération, ledit Roy vous départoit et à tous les chrestiens de ses Estais toute sorte de faveurs et de liberté. Nous luy en tesmoignons le gré particulier que nous lui en sçavons, et nous ne doutons pas qu’il ne vous continue à l’advenir les mesmes bontés, puisque nous luy tesmoignons que nous y serons toujours extrêmement sensible. Croyez qu’en vostre particulier, nous vous donnerons volontiers, dans les occasions, de nouvelles marques de nostre protection et de nostre bienveillance.
Cependant,, nous prions Dieu, &.
Louis.
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Sire,
A Spahan, ce 20 Janvier 1683.
Comme je suis obligé de rendre compte à Vostre Majesté de tout ce qui se passe au sujet de la lettre qu’elle a bien voulu écrire au Roy de Perse en faveur des pauvres chrétiens catholiques arméniens de la province de Nakcbivan^ et dont elle a daigné me charger, je diray à Voslre Majesté, qu’à mon arrivée en cette ville, je fis sçavoir à un des Ministres du Cba (c’est le litre qu’on donne icy au Roy), que j’avois une lettre à rendre de la part de l’Empereur mon maislre. Lanouvelle en fut portée d’abord à l’Atmadoulct qui est le premier Ministre, et aussi au Cba, selon toutes les apparences. On me donna d’abord un logement, et le nom de Vostre Majesté si vénérable par toute la terre me fit recevoir des honneurs extraordinaires. Mais comme il y avoit icy un Roy des Tartares qu’on appelle Yusbegs, dont la ville capitale est présentement Bokara, descendant du grand Tamerlan, on me dit qu’il falloit attendre, jusqu’après son départ pour la Mecque. Il y a eu encore d’autres causes de délay qui ont porté l’audience des ambassadeurs jusqu’au 3® d’octobre ; je parle des ambassadeurs au pluriel, parce que la coutume est de la donner à plusieurs tout à la fois, autant qu’il se peut, ce qu’on n’a pas manqué de faire en cette occasion, où se sont trouvés les ambassadeurs de Pologne, de Siam, d’un autre Roy Tartare dont la capitale est Balk, et celuy des Arabes. L’ambassadeur ou envoyé du Roy de Pologne prit son congé, ayant eu sa première audience longtems auparavant, et donné ses présens, selon la coutume; celuy de Siam en fit de grands et de tant de choses différentes qu’il s’en feroit une grande liste; les Tartares et les Arabes donnèrent des chevaux et des mulets. Pour moy qui n’avois rien à donner, comme je l’avois déclaré auparavant, je m’avançay tout auprès du Cba, je luy présentay la lettre de Vostre Majesté plus précieuse que tous les présens qu’on luy avoit apportés; je luy fis mon discours. Il eut la bonté de m’écouter d’un air fort gay, et d’un visage riant, autant de fois qu’il entendoit nommer l’Empereur de France. Il me fit des questions sur la personne royale de Vostre Majesté, sur ses guerres, sur ses conquestes, sur ses alliés. Je laschay de répondre à toutes ses demandes selon mon devoir, selon la justice et la vérité; il en parut satisfait et plein d’une grande estime pour Voslre Majesté, sur le simple récit que je
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luy fis de quelques-unes de ses actions et de ses dernières victoires. L’affaire de Chio^ dont je luy fis le récit, luy donna du playsir aussy bien que l’expédition contre Alger, dont j’avois receu tout fraischement la nouvelle. Un entretien si particulier et si long donna de l’admiration à toute la cour, et aux ambassadeurs qui n’avoient eu qu’une seule parole pour réponse à leurs harangues : « vous estes les bien venus », selon sa coustume, et quelque fois même, il se contente d’un petit signe de tête. Aussitôt après, on servit plusieurs tables ou plutôt des napes sans tables, puisque tous étoient assis par terre sur de beaux tapis, les jambes croysées ; le Cha mangea aussi en la mesme posture, sur une estrade relevée de deux marches. Le repas dura fort peu ; selon la coustume, la musique et les instrumens s’y trouvèrent ; aussitôt après, on prit congé et chacun se retira. Voylà, Sire, tout ce que je puis dire à Vostre Majesté de cette première audience où l’on ne traita d’aucune affaire. L’on m’a fait connoistre depuis, que pour en avoir une seconde, il falloit attendre que les présens que Vostre Majesté a eu la bonté d’accorder fussent arrivés, et que dans ce temps là, on traiteroit des demandes que j’ay à faire; ma réponse fut que je les attendois par le premier vaisseau de la Compagnie qui aborderoit au Bandar Abassi. Selon toutes les apparences, il y doit estre présentement, et dans peu de jours, j’espère d’avoir cette bonne nouvelle. Je tascheray dans la suite de cette affaire, et en toute autre occasion, de ne manquer à rien de ce que Vostre Majesté peut ordonner et vouloir de mon service tres-humble, selon l’obligation quej’ay d’estre toute ma vie.
De Vostre Majesté,
Le tres-humble, tres-obeissant et tres-fidelle sujet et serviteur,
Fuançois, Evesque de Cesarople, Vicaire apostolique.
Lettre du Roiy de Perse au Roy.
Le 5® Novembre 1685.
« C’est à Dieu à qui la gloire suprême est dette. »
Louis, Empereur, qui faittes honneur aux Roix par la Majesté,
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par la grandeur d’.ânie, par la gloire et le bonheur qui est en vous, dont la dignité est aussy élevée que les douze maisons de l’Empirée, qui avez une ardeur de lion dans les combats, et une conscience si juste qu’elle donne de l’éclat au trosne Impérial que possède Yostre Majesté si digne de ce trosne sur lequel vous estes assis, et de la couronne qui couvre de gloire vostre teste, par vostre courage et voslre équité; qui estes le plus grand, le plus noble, le plus libéral, et le plus magnifique des Roix et des Empereurs crestiens, et le tres-puissant Monarque des Royaumes de France.
Nous donnons avis à Vostre bautte Majesté que nous avons heureusement receü par l’Evesque de Caesaropolis, la belle lettre dont vous l’avez chargé, qui marque vostre sincérité et la bonne intelligence que vous voulés garder avec nous, en fortifiant les fondemens de l’union qui a esté contractée entre les Pères et Ayeulx de Vostre Majesté Impériale et les Roix de nostre tres-glorieux ettresauguste famille. Cette lettre a donc renouvelé dans nostre cœur la tendresse et l’amitié ancienne et nouvelle, et comme vous nous y avés recommandé les Crestiens arméniens de la province de Nakchivan, avec des termes obligeans. Je vous diray qu’il est vray qu’il arrive quelques fois que les gouverneurs de Nakchivan estant changés, ces nouveaux venus n'estant pas informés de la recommandation de Vostre tres-excellente Majesté ny de l’auguste commandement que nous avons fait en conséquence de cette recommandation, ils ont peut estre manqué de protéger ces Arméniens.
Pour ce qui concerne la demande que vous nous faittes d’un commandement plus exprès et plus fort en faveur de l’Evesque de Caesaropolis et des Crestiens Européens catholiques romains, principalement à l’égard des Pères vêtus de noir (ce sont les Pères Jésuites), je vous répondray que Nostre intelligence semblable au soleil qui pénètre tout, a esté pleinement informée de touttes ces affaires et qu’avant mesme que Vostre bautte et Impérialle Majesté nous eût fait l’amitié de nous écrire son intention pour la protection des uns et des autres, un ordre à papillon (dont la noblesse se fait obéir souverainement) avoit desjà esté délivré de nostre part en leur faveur, ainsy que nous avons marqué autres fois dans la lettre d’amitié que nous vous avons écritte sur ce sujet. Cet ordre est dans toutte sa force, et est présentement exécuté avec ponctualité par les nouveaux commandans, sans qu’il y ait sur ce sujet aucune innovation.
Si Vostre Majesté a quelques autres affaires dans ces pais icy, faittes le nous sçavoir, et nous donnerons nos ordres à ce que les
esclaves de nostre Tribunal, qui est la figure de celuy de Dieu, les exécutent selon nostre plus grand plaisir. Fasse le Ciel que tous vos desseins ayent un succès aussy favorable que vous pouvés desirer.
S’ensuit le sceau du Roy do Perse où est gravé : Soliman, esclave du grand Aly, Roy de la Sainteté. Et autour du sceau sont les noms des douze Imams ou prélats de la religion des Perses.
Interprétée du Persien, par Pétis de La Croix, le fils.
Mémoire et relation d'nn voyageur qui a esté en Pe7'se et Arménie, faisant la relation de ces pays ou commerce qu’on y peut faire ainsy qu'aux grandes Indes, Mogol, la Chine, Moscovie, Turquie.
Traitté du négoce qui se peut faire en Finance par les Arméniens. — Les sortes de marchandises que les Arméniens peuvent apporter en France du Levant.
Premièrement. — Les soyes qui viennent des provinces du Guilan et du Massandran. Il en peut sortir de ces deux provinces sans incommoder la Perse quarante mille balles, chaque balle pèse deux cent vingt-cinq livres; le toutseroit neuf cent mille livres.
Ils distinguent ces soyes en trois sortes de qualités : la première ils l’appellent la teste, la seconde le ventre, et la troisième les pieds. En langue persienne, la teste se nomme Sarbafit, qui est la plus finne, le ventre Carvary qui est la seconde, Quenart les pieds qui est la plus grosse. Sarbafit est celle qui est la première vendue en Europe, car si on ne mesle de cette soye parmy nos soyes d’Europe, comme parmy celles de Sicile, Piedmont et autres lieux, le travail n’en est pas si bon ; ils peuvent aussy aporter jusques à plus de vingt mille livres de soye platte, teinte de touttes couleurs, et fort lustrée, quantité de ronde à coudre, fine et grosse; et ce qui est de bon est que ces soyes teintes en noir ne sont point bruslées comme les nostres; elles sont aussy fortes que celles qui sont teintes d’autres couleurs. Il sort quantité de ces soyes hors de la Perse, et les Arméniens les portent touttes vendre du côté du nord, comme en Moscovie, Suède, Pologne et dans l’Allemaigne, où ils
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trouvent bien leur compte, car en tous ces pays du nord, ils sont fort curieux de la broderie sur tous leurs mouchoirs, le devant de leurs chemises, et une partie de leurs meubles.
Pour ce qui est des étoffes or et argent, soye et cotton, touttes ces étoffes sont mieux fabriquées que les nosfres et leurs ouvrages ont plus de lustre; de plus, c’est que quand on s’est servy de ces étoffes et qu’elles commencent à perdre leur lustre, il ne les faut que laver de cette manière. Il faut attendre que les pluyes soient passées et aussy tost que l’eau est encore bien trouble, lavez votre étoffe, puis laissez la seicher, et après, la relaverez trois ou quatre fois. Mais la dernière fois, il la faut laver dans un vaisseau, et mettre dans vostre eau une huitiesme partie d’eau de citron, et puis, quand elle est seiche, vous la lissez avec quelques morceau de marbre; l’étoffe est plus belle et plus lustrée qu’elle n’a jamais esté.
Les Arméniens peuvent aussy apporter quantité de peaux de chagrin de toutes sortes de couleurs. Ils n’ont point d’autres cuirs dans toutte la Perse et une partie des Indes; tant pour leurs chaussures que bottes, selles et brides de chevaux, ils ne se servent que des peaux de chagrin. Il y a plusieurs villes dans la Perse, où il ne se fait que de ces sortes de peaux, comme Toris, Arteville, Soltaniè, Casbin, Com, et plusieurs villages de ce Royaume. La plus grande quantité de ce chagrin est fait de peau deboucq et de chèvre, et de quelques autres animaux; celui qui est fait de peau d’asne est de plus grosgrainet, de plus, lustré. Touttes les peaux entières ne peuvent pas servir; il n’y a que le derrière et le dessus des fesses. Voici la manière dont ils font ce chagrin : premièrement, ils accommodent leurs peaux comme font les parcheminiers le parchemin ; quand ils les ont raclées et mises de l’épesseur qu’il les faut, on étend chaque peau sur un métier, comme sont les métiers de nos brodeurs. Aussytost que le soleil est levé, ils mettent touttes ces peaux à l’air qui ont trempé toutte la nuit dans l’eau; puis, ils couvrent touttes ces peaux de graine de moutarde, et c’est la force de cette graine qui forme le grain de chagrin. Pour ce qui est de leur donner de belles couleurs, cela dépend en partie des eaux dans lesquelles on les lave. Le beau jaune ne se fait qu’à Bagdad, le beau bleu à Ninive, le beau rouge comme couleur de feu à Diarbet; pour les autres couleurs, elles se font en Perse, mais elles n’ont pas un si beau lustre. Pour le verd, ils en teignent en grande quantité dans la province de Curdestan. Il ne faut s’étonner si les eaux donnent de la vivacité à ces teintures, puisque nous voyons que dans les Indes, il faut laver
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les toilles quand les couleurs y sont appliquées et quand les rivières y sont encore troubles des pluyes, pour donner de la vivacité aux couleurs. Nous en avons un exemple en Europe, à Chambéry, principalle ville de Savoyc; il passe au travers de la ville un ruisseau dont l’eau sent très-mauvais, à cause des immondices de la ville qui tombent dedans ; et après que ce ruisseau a traversé la ville, on y va laver le linge qui devient blanc comme de la neige, et si on le lave dans d’autres ruisseaux, il n’est pas la moitié si blanc, quoyqu’on y use plus de savon.
Cette province du Curdestan est une province de la haute Arménie et de la montagne où Noé laissa l’arche ; une partie de cette province appartient au Grand Seigneur, au Roy de Perse, et à plusieurs de ses Rayas qui sont des princes qui habitent les montagnes de la Syrie. Dans cette province, il y a un lac qui s’appelle le lac de Van, qui a bien trente lieues de tour; il est plus long que large; il est quasy de la mesme forme et grandeur que le lac de Genève. Au bout dulac, ducostédu levant, il y a une ville, et sortant du costé du nord, il y a une bonne forteresse avec quatre bastions sur une colline; tant dans la ville que dans le fort, il y atoujoui’sdeux mille cinq cents hommes en garnison, tant Spahis que Jannissaires. Le Racha commande les Spahis, et les Jannissaires ont un Jannissaire aga qui les commande. La ville et la forteresse prennent leur nom du lac de Van. Il y a dans ce lac sept isles, la plus grande a un quart de lieue, et dans chaque isle il y a de bonnes fontaines d’eau douce; celle du lac n’est pas trop bonne à boire et a un goust de brai. Dans chacune de ces isles, il y a un couvent de chrestiens arméniens; dans chaque couvent il y a cinq ou six pères, et deux frères; ils vivent fort austèrement. Dans Tun de ces couvens, je vis un de ces moynes qui, il y avoit bien vingt ans, qu’il n’avoit parlé à personne. Tous ces moynes ne mangent ny chair ny poisson, ny beurre, ny huille, et ne boivent que de l’eau ; ils sont pourtant dans un pays où on peut faire bonne chère, car dans cette province et celles qui lui sont frontières, comme au nord la haute Arménie, au levant les Mèdes, au midy la Sirye, et au couchantla Mésopotamie, dans touttes ces cinq provinces, on peut faire bonne chère. Il y a quantité de bon bœuf, mouton, touttes sortes de volailles, hormis le coq d’Inde. Pour le gibier de terre et d’eau, il est comme pour rien; du tems que j’estois dans ce pays là, on avoit la douzaine de grosses perdrix rouges pour quatre sols; ils en apportent aussy quantité de blanches qui sont plus petites et de meilleur goust, aussy sont elles plus chères de deux ou trois sols. Ils les prennent
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autour de celte montagne où Noé quitta l’arche, et d’autres qui sont aux environs, où la neige est presque toutte l’année. Pour les pleuviers, plongeons, canards, sarcelles, on a tout cela à fort bon marché; il y a des melons de touttes sortes, gros et bons; il y a des melons d’eau qui pèzent jusques à quarante livres, quantité de bons fruits, des abricots, des pêches, qui est une grande mane pour les pauvres gens, car ils les font seicher au soleil; quand ce fruit est bien meur, il est comme si on l’avoit trempé dans quelque sirop de miel ou de sucre, et ils les vont vendre jusques à Constantinople ; mais la plus grande partie se consomme en Moscovie, pendant le caresme. Tous les peuples de ces cinq provinces sont la plus part chrétiens, arméniens ou nestoriens, mais beaucoup plus de chrestiens que d’autres. C’est eux qui font tout le négoce et le travail des champs; il y a toujours huit chrestiens contre un Turc, etilsayment mieux estre soubs la domination du Turc que soubs celle des princes ou Républiques chrestiennes, car quand ils ont une fois payé leurs carages, on ne leur demande plus rien. Il n’y a point d’impost dans touttes ces provinces là; tout le peuple qui n’est point marchand ou laboureur travaille à ces peaux de chagrin, et c’est tout autour de ce lac, où se fait le plus beau chagrin vert. Les eaux de ce lac ont cette propriété, et aussy pour tous les maroquins; et encore qu’ils ayent un si beau lac, ils n’ont qu’une sorte de poisson, et on ne peut le manger que frais depuis le mois d’octobre jusques au commencement de may. C’est dans ce tems là que les neiges se fondent, hors dans quelques montagnes où il y reste toujours delà neige, comme celle où Noé laissa l’arche. Touttes les fois que je l’ay veue, elle estoit couverte de neiges depuis la moitié jusques au haut et dans six voyages que j’ay passé par auprès, je n’ay veu que deux fois le haut de la montagne. On sera quelques fois six mois sans le voir à cause des nuages qui la couvrent. Depuis le pied de la montagne jusques au quart, l’air y est bon et fort fertille. Il y a tout autour des couvens d’Arméniens. Les moynes et les évêques qui sont dans ces couvens, après la messe et l’office qui se dit de grand matin, vont travailler à la terre jusques à unze heures qu'ils viennent disner, et disent leur office jusques à deux qu’ils retournent travailler à la terre. C’est là tout leur revenu; au lieu qu’icy c’est le peuple qui leur fait l’aumône, c’est eux qui la font aux autres de ce qu’ils peuvent épargner au bout de l’année de leurs bleds, riz, vins. Je laisse cela, car il y auroit trop de choses à dire sur la vie de ces moynes, leurs Evesques, Archevesques et Patriarche qui a bien six cent mille escus de revenu par an, et n’a ny carrosse
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ny cheval, mais seullement une mulle pour le perler quand il va visiter ses couvens, et un bœuf pour porter son bagage et celuy d’un père, et de deux frères qui l’accompagnent. Il ne le dépense pas aussy à sa table, puisqu’il -mange en commun avec les religieux^ et ne fait pas si bonne chère qu’eux. Quand ce n’est point leur caresme, ils peuvent manger de la viande, du beurre et du poisson; mais depuis qu’ils viennent à la dignité d’Evesque, la plus part ne mangent point de viande; mais pour ce qui est du patriarche, il ne mange que du pain d’orge, des oignons, et autres herbages comme on les apporte du jardin, et quelques fruits secs. Il ne mange guères en commun que le jour de Pasques, car ce jour là quand touttes les viandes sont au réfectoire, que ceux du couvent sont à table, il bénit les viandes qui sont séparées à tout le monde, et ce jour là le grand patriarche mange deux œufs durs. C’est beaucoup quand l’année est iinie qu’il ne doit rien, et ne garde jamais rien d’une année à l’autre; il fait des aumonnes de tout. Comme tous les cbrestiens et autres sortes de religions qui sont soubsla domination du Turc et du Persan, hormis le Mahometan, payent par teste, passé seize ans, sçavoir tous les masles neuf abassis, qui vient à nostre monnoye de France à sept livres quatre sols ; et ceux qui n’ont pas le moyen de payer, on prend leurs enfans qu’on vend pour esclaves, ou bien il faut qu’ils se fassent mahométans, et pour empescher que ces pauvres cbrestiens ne tombent dans ce malheur, quand ce tems vient qu’il faut qu’ils payent ce tribut, le patriarche et deux ou trois évesques accompagnent celuy qui va de la part du Roy recevoir le carage et ces évesques payent pour ceux qui n’ont pas le moyen de payer, et comme il se trouve des années que les six cent mille escus ne suffisent pas, le patriarche les emprunte des plus riches marchands,luy et les évesquess’obligeantà les payer. Quandees évesques vont avec celuy que le Roy a envoyé pour recevoir ce tribut, ils luy présentent une bourse de deux cents tomans, qui valent quinze escus de nostre monnoye chaque toman, pour l’obliger de remontrer au Roy que l’année a esté fort meschante. D’ordinaire, le Roy leur en fait remise. Le revenu de ce patriarche vient de ce que chaque chrestien luy doit par an un mamoudy, qui est quatre sols et demy. Ce qui est de bon dans la Perse, est qu’il n’y a point d’impost sur tout ce qui est pour la vie de l’homme; pour ce qui est des revenus du Roy, il a sur chaque chose une personne qui est gagée par luy, et il n’est tenu de faire apporter au trésor que ce qu’il reçoit, dont il est quitte en rendant son compte; on fait compte de sept millions de cbrestiens dans l’empire de Perse.
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Revenons au poisson du lac de Van. Tout ce poisson sort au mois do may de ce lac et entre dans plusieurs rivières qui se viennent dégorg'er dans ce lac; touttes ces rivières viennent du costé du nord, des montagnes de la haute Arménie. Ce poisson demeure dans ces rivières jusques au mois d’octobre où il prend une autre chair, devient fort gras, et tout d’un autre goust; quand ce vient au mois d’octobre que ce poisson veut rentrer dans son lac, ces pauvres chrestiens ferment les embouchures de ces rivières, ne laissant qu’un espace au milieu pour tendre leurs filets, où tout ce poisson se vient mettre et ainsy ils en prennent tant qu’ils veulent, et aussitostils les sallent, et dans le mois de janvier et février, il vient des marchands de tous costés achepter de ce poisson qu’ils portent par toutte la Perse, Géorgie, Turquie, Moscovie, et surtout dans la Russie, et en général par tout le Levant, où ils ne croiroient pas avoir fait un bon repas s’ils n’en mangeoient à la fin pour les exciter à boire parce qu'il est fort sallé. Le lecteur prendra plaisir d’entendre le récit du miracle qui arriva à l’occasion de ce poisson. Voicy comme je l’ay appris dans un voyage; en revenant des Indes, je pris mon chemin estant dans la Perse, vers Toris, et de là à Van; estant arrivé à Van, je croyois aller loger dans un caravansera où entrant, je rencontrai un marchand de religion nestorienne, qui se vint jelter à mon col. qui me fit beaucoup de carrosses et m’obligea d’aller loger chez lui. Il est vray que dans la Cour du Roy de Perse et du Mogol, je luy en avois fait la pareille, car dans ces Cours là j’avois toujours mon logis, qui estoit des plus grands. Il est bon dans ces pays là d’avoir de bons logis, car quand la saison des pluyes vient, elles durent depuis le mois de juin jusques à la fin de septembre que tout le pays ne paroist que comme un estang. Il faut encore attendre un mois ou un mois et demy que les eaux se seichent et s’écoulent, parce qu’il n’y a point de ponts pour passer les rivières, qui dans ces temslà,sonl fort grandes. Ils n’ont que des batteaux d’ozier qui sont couverts d’une peau de bœuf, qui ne sont pas trop bons. Le plus incommode pour les étrangers, pendant cette saison là, sont les moucherons et les punqaises qui sont en grand nombre, car pour la chaleur, on y peut remédier.
Quand Dieu nous donna notre Monarque, ce fut moy qui portai ces bonnes nouvelles à Constantinople, Smiime, Alep, Damas, à la Cour du Roy de Perse et du Grand Mogol, tout le long du golfe de Ringalle, à la côte de Malahar, à Goa et autres lieux dans lesquels il y a toujours quelques François habitués. Après avoir fait sçavoir ces bonnes nouvelles aux Roys et gouverneurs de ces pays là, je
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leur demanday la permission de nous réjouir et de faire faire quelques feux d’artiffices ; ces gouverneurs faisoient tirer le canon quand le feu jouoit. J’avois fait de grands proffits dans ce voyage sur les joyaux que j’y avois portés etraportés. Mais après avoir tout compté, je n’en ai guères trouvé de reste, je recevrois une grande joye^ sy dans le voyage que j’entreprens de faire avec l’ayde de Dieu et l’assistance de mon Roy, l’occasion se présentoil d’en faire encore autant. Pour revenir à notre marchand de Van, il me voulut rendre la pareille de ce que je lui avois fait aux Indes, quoyque je pusse dire je ne pùs jamais m’exemter d’aller loger chez lui; il estvray que je lui avois sauvé la vie à la Cour du Grand Mogol qui estoit pour lors en Fanabat. Il fut fort mal d’une dissenterie, et comme il y avoit là quatre chrestiens, deux François, un Anglais et un Hollandais, et un Arabe qui estoit premier médecin, qui m’aymoit bien parceque je luy faisois toujours quelque présent, ils s’y donnèrent tant de soin que le marchand recouvra sa santé. Estant donc arrivé à Van, et m’ayant reconnu, il voulut user envers moy de la même courtoisie. Je logeay chez lui et y restay tant que la caravanne demeura à Van, et comme il faut changer de voiture, il faut toujours vingt ou vingt cinq jours; pendant ce temslà, je fus tousjours en banquets, tanlost chez lui, et tantost chez ses parens et amis, où on ne manquoit de servir de ce poisson pour exciter à boire. Dans la salle où nous mangions, il y avoit toujours deux ou trois de ces serpens ou vipères pendus sur la porte, qui étoient remplis de paille ; l’un de ces marchands me demandas! je sçavois bien pourquoy dans la salle où l’on mangeoit, on y pendoit de ces animaux, qu’il estoit bon que je le sceusse pour le grand miracle qui en étoit arrivé. J’ay déjà dit que. dans le lac de V^an, il n’y avoit qu’une sorte de poisson, qui en sort au mois de may et qui revient au mois d’octobre. Dans ce tems, il y avoit un Arménien, mis de la part du Bacha pour recevoir le carage de tous les chrestiens de cette province et les douannes. Voyant que la pêche de ce poisson donnoit un grand proffit, et que c’estoit de l’argent comptant, que le Grand Seigneur ny le Bacha n’en tiroient aucune douanne, il s’avisa d’aller trouver le Bacha, et luy dit que s’il vouloit faire faire deffences à tous les chrestiens de pêcher, qu’il luy donneroit chaque année dix mille piastres qui sont dix mille escus; comme le Bacha vit qu’on luy avoit offert dix mille piastres de prime abord, il en voulut avoir vingt mille. Enfin le marché fut conclu à quinze mille, dix argent comptant, et les cinq mille après la vente du poisson. La deffence fut faite de la part du Bacha de ne plus pêcher au mois d’octobre. Ce maltôtier fit mettre
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des filets à l’embouchure des rivières; quand ce maltôtier vint à faire tirer ces filets, au lieu de trouver du poisson, on ne trouva que serpens et vipères. Le maltôtier fut étonné, tout le peuple cria miracle, et les Turcs pareillement, et une partie des Turcs et Jannissaires voulurent que le Bacha le leur mit entre les mains parcequ’il s’estoit sauvé dans la citadelle, sinon qu’ils alloient députer quelqu’un vers le Grand Seigneur, Cela étonna tant ce Bacha qu’il leur fit liver ce maltôtier. Quand il fut entre les mains de la populace, ils le lièrent sur un asne et le menèrent sur le bord de la plus prochaine rivière qui est à trois lieues de la ville, où ils n’eurent pas la patience de le faire confesser, parce qu’ils disoient qu’il esloit impossible que l’àme d’un maltôtier fût en paradis, et à l’instant, tout le peuple qui l’avoit accompagné prit des cailloux et le lapida, et on le jetta dans l’eau. C’est encore la coutume dans la province des Curdes que quand quelqu’un a mérité la mort, ils les fouettent avec de grands fouets dont les eguillettes ont trempé dans le vinaigre; il se fait la mesme justice dans les terres du Grand Mogol, et partout les autres royaumes du Levant jusques dans le Japon. Il n’y a qu'en Turquie et Perse où ils usent du baston ; ny l’un n’y l’autre n’est pas trop bon pour ceux à qui cela tombe sur le dos ou sur les pieds.
Voyons quelles sortes de marchandises les Arméniens peuvent encore apporter : quantité de cuirs qu’on appelle icy maroquins de Levant, dont le rouge, le bleu et le jaune qui se font en Perse et Arménie sont plus beaux que ceux qui se font en France, et les peaux sont plus grandes. Il est à remarquer que là, où on lave les peaux pour teindre en rouge, on n’a garde d’y laver celles qu’on veut teindre en bleu. Ces maroquins se donnent à grand marché; les rouges sont les plus chers ; il s’en fait un grand débit partout l’Orient, surtout dans la Cochinchine et encore plus au Japon des noirs; pour les autres couleurs, ils ne s’en soucient pas, et les noirs se donnent à meilleur mai’ché que les autres.
Ces marchands arméniens peuvent encore apporter quantité de poil de chèvre, mais surtout celuy qui est fillé. C’est le principal négoce qu’ils font en Hollande et Flandre où il se fait quantité de beaux camelots, bas, camisoles qui se portent aux Indes Occidentalles pour les -Espagnols. Les Arméniens peuvent aussi apporter quantité de cotton non filé, et les donner à meilleur marché que ceux qui viennent de Smirne, Allep et autres lieux; il n’y a jamais trop de cette marchandise en Europe si l’on considère la quantité qui s’en consomme pour les mèches de chandelles.
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flambeaux, bas, camisolles et autres ouvrages qui se font en Provence.
Mais sur touttes les marchandises que les Arméniens pourroient apporter, et qu’il faudroit tascher qu’ils nous apportassent à Marseille, c’est des noix de galles, car on ne peut teindre en noir que . l’on n’en ait, et si cela se pouvoit faire, ce seroit un grand bien pour la France, car on ne sçauroit croire la quantité d’or et d’argent qui en sort pour ce seul négoce. Car, quand ces marchands les apportent en Allep ou à Alexandrie, Smirne et autres lieux du Levant, ils sont si superbes, qu’ils n’ouvrent pas seullement leurs sacs, si auparavant, ils ne voyent de quel or ou argent ils seront payés et que ce ne soit de bons ducats et bonnes reailes d’Espagne. Il ne les en faut pas blâmer; ce sont nos marchands d’Europe qui en sont cause; les François, Hollandois et Anglois vont hors des villes au devant de ces marchands et à l’envi l’un de l’autre, en augmentent le prix. Chaque nation veut avoir le tout; c’est la meilleure marchandise qui puisse venir du Levant. Il s’en trouve bien en Europe, mais elle n’est pas bonne; une livre de celle du Levant en fait plus de couleur que huit de celle d’Europe ; la plus grande quantité vient de la Mésopotamie, Caldée, Sirye, d’autres viennent des Curdes et de la haute Arménie, mais elles ne sont pas si pleines de couleur.
Dans ces cinq provinces, il n’y a guères d’autres arbres que ces chênes; il y en a parmy qui apportent la noix et le gland qui est fort gros, et aussy hon à manger que nos châtaignes. On le mange cru, la plus grande partie du pauvre peuple en fait du pain, et s’ils en pouvoient avoir quantité, ils n’en feroient jamais de bled, le gland ne leur constant que la peine de l’aller quérir dans les bois ; de plus, il y a encore un autre proffit, c’est que la pointe de ce gland est couverte d’une coquille comme d’une calotte qui donne de la couleur plus pénétrante que la noix de galle. Mais ils n’en veulent point apporter, ils s’en servent dans le pays pour teindre les maroquins en noir, cela leur donne plus de lustre que la couleur qui vient de la noix de galle; on pourroit aussy apporter de ces pays là de bonne laine, car ils en ont quantité, à cause du grand nombre de moutons qu’ils nourrissent dans ces montagnes, et on pourroit avoir d’aussy bonne laine comme celle qui nous vient d’Espagne.
Pour faire que ces marchands arméniens et autres marchands du Levant reprennent leur première route, je croy qu’il seroit bon qu’on fit les mêmes manufactures de touttes sortes, or et argent, comme on les faisoit à Tours; mais la meilleure manufacture qu’on y pourroit établir, ce seroit de drapperie; car ce qui fait que les
Arméniens et autres marchands se sont adonnés à aller faire leur négoce en Hollande, c’est qu’aussitost qu’ils ont vendu leur marchandise, ils touchent leur argent, et par ainsy on ne leur fait point de banqueroute, comme autrefois on leur a fait en France dont ils n’ont pas eu de raison. Do plus, c’est que sitost qu’ils sont arrivés eu Hollande, ils s’accordent avec les marchands de leur fournir ce qui leur faut de drap de telle longueur et largeur, les pièces et les couleurs, après qu’ils auront vendu leur marchandise; et le plus souvent ce sont ces marchands qui leur acheptent ; et s’ils veullent des draps d’Angleterre, ils vont à Roterdam, où il a une maison angloise où il ne se fait point d’autre négoce que de draps, ils les ont à aussy bon marché que s’ils alloient en Angleterre, car ceux qui sont à Roterdam, sont d’une autre compagnie et fort envieux les uns sur les autres.
Ce qui est de plus fâcheux pour ces marchands levantins, c’est quand ils veulent s’en retourner dans leur pays, il faut qu’ils attendent après un convoy, et il faut tout au moins trois ou quatre mois avant qu’ils se puissent mettre à la voille, parce que c’est l’admirauté qui donne ces vaisseaux, et plus souvent la faute vient de ces marchands arméniens qui ne conviennent pas avec ces Messieurs de l’admirauté pour le fret de leurs marchandises, car ils londroient sur un œuf. De plus, il faut qu’ils fassent un grand tour tant par mer pour les corsaires que par terre pour les volleurs, ce qui fait qu’ils vont plus volontiers aux ports d’Espagne et de Portugal et de France, à Majorque, Minorque, Marseille, Nisse, Toullon, Gennes, Kaples, Sicille, Candie, car dans tous ces lieux, il y a toujours quelque marchand qui a son facteur en Levant, à qui il faut qu’il envoyé de l’argent ou des marchandises et par le mesme convoy, ils reçoivent leurs retours ; ceux qui prennent la routte de Hollande se trouvent bien heureux quand ils font ce voyage, sortant de Hollande, en huit ou neuf mois.
Pour faire que ces marchands arméniens et autres marchands du Levant reprennent leur première route, il faudroit faire comme j’ay déjà dit, establir ces deux manufactures, l’une pour les étoffes d’or, argent et soye et l’autre pour les draps. Cela pourroit faire d’autant plus de bien à la France et auxdits marchands, qu’ils pourroient faire deux voyages contre un, et pourroient emporter des draps comme ils font de Hollande et plusieurs autres curiosités qu’on fait en France, qui plairoient fort aux seigneurs de leur pays, car ce n’est pas leurproffit que d’emporter de l’or et de l’argent en lingots ou monnoye, car devant qu’ils soient sur les terres du Grand Mogol,
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tant pour la voiture que pour le monnoyage, quand on le veut employer, on y perd près de neuf pour cent et c’est le contraire sur les marchandises que l’on emporte; sur le drap que les Arméniens emportent d’Hollande en Perse, ils ont jusqu’à vingt-cinq pour cent, selon que les couleurs sont vives.
Pour ce qui est de moy, sur les joyaux et pièces d’orfèvrerie que j’ay portées dans mes voyages jusques en Perse, j’ay toujours du moins fait vingt pour cent et bien plus chez le Grand Mogol et le Roy de Golconda et autres princes de l’Asie. J’ay une fois emporté dans un voyage, cinq perles qui estoient en forme de poire, qui m’avoient cousté à Anvers, vingt-trois mille livres. Je les vendis à Amadabat, au prince Chataquan, soixante quatre mille. Étant arrivé à Paris, après que les pierres furent travaillées de différentes manières, je vendis le tout à Monsieur le cardinal Mazarin. Touttes choses payées, j’eus deux cent une mille livres de bon, et Monsieur le Cardinal a dit plusieurs fois qu’il n’en avoit jamais achepté de si beaux, ny à si bon marché.
Ce fut dans ce voyage que je fus à trois mines, à celles de Golconda, Collour et Ganidans. Dès mon premier voyage, j’avois bien envie d’y aller, mais les Anglois, Hollandois et Portugois qui estoient à Agra et à Sira, m’en empêchèrent. Il est vray que j’ay esté le premier chrestien qui soit allé aux mines ; je m’en suis bien trouvé touttes les fois que j’y suis allé; ou a bien meilleur marché quand on les achepte de la première main, car si on achepte des diamans à Amadabat, ou à Sourat, ou Goa, il y a toujours jusques à dix-huit ou vingt pour cent d’augmentation, car devant qu’ils viennent entre les mains des marchands qui sont dans ces villes cy nommées, ils mettent toujours entre les bonnes parties quelque pierre salle ou de mauvaise eau .
Dans mes premiers voyages, on ne voyoit en Europe que de belles pierres, mais depuis que ces marchands arméniens et autres nations sont allés sur mes pas et venus en Europe, surtout à Paris, à Venise, en Hollande, à peine voit-on une belle pierre et rien que du menu. C’est un grand hazard quand ils apportent une belle pierre, les plus belles pèsent douze ou treize carrats, on ne risque rien aux Indes, quand on trouve une belle pierre de l’achepler quand elle peseroit trente ou cinquante jusques à cent carrats, mais ce qui gaste bien ce négoce de diamants, ce sont les serviteurs de la Compagnie hollandoise. Comme ils n’ont pas la liberté de négotier, ils n’osent point achcpter de grosse marchandize ; ils n’acheptenl que chose qu'ils puissent mettre en peu de lieu et secrètement.
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et quand ils veullent revenir en Hollande, de peur que la Compagnie ne trouve ce qu’ils ont dérobé, ils les mettent en diamants et autres pierreries, cela se peut cacher en peu de lieu.
C’est une chose étonnante à ceux qui pourroient sçavoir, comme moy, les larcins que font ces serviteurs de la Compagnie, quand ils peuvent parvenir à estre une fois chef de comptoir dans le moindre que la Compagnie a aux Indes. Le chef peut mettre, chaque année, mille escus en bourse et sa seconde personne ne s’oublie pas, ny son secrétaire, ni le couretier qui en prend bien autant que les trois autres. Cela n’est que pour les petits comptoirs, ceux qui sont dans les grands comme à Seuratte, Amadabat, Bengalie, iMasulipatan, Balsoura ou Ormus et à plusieurs autres ; tous les chefs de ces comptoirs là, quand ils ne dérobent par année que quarante ou cinquante mille escus, il ne faut pas que la Compagnie se plaigne, car il y en a qui pourroient en dérober beaucoup plus, sans que l’on pust s’en apercevoir.
Pour ce qui est de la Compagnie françoise, il y a quelques-uns de leurs serviteurs qui commencent à faire le même négoce que ceux de la Compagnie de Hollande, c’est où on devroit le plus prendre garde, car si ces serviteurs dérobent dans les Indes cinq sols à la Compagnie, cela leur fait tort en Europe de quinze.
Recommandation au Roy de Perse pour le sieur Comte de Siry et les missionnaires Jésuites qui sont en Perse et qui vont à la Chine.
A Marty, le 7® Aoust 1688.
Très-haut, tres-excellent, tres-puissant, tres-magiianime et invincible prince, nostre tres-cher et bon amy. Dieu veuille augmenter Vostre Grandeur avec fin heureuse. Le Comte de Siry, nostre sujet, s’en allant auprès de l’Empereur de la Chine avec quelques-uns de nos missionnaires pour y faire dans ce grand empire et sur le chemin, les observations d’astronomie et de physique qui peuvent le plus contribuer à la perfection de la géographie et des autres sciences et estre utiles à toutes les nations, nous vous prions de luy accorder et à nosdits missionnaires le libre et favorable passage par vos Estais avec toute sorte d’ayde et de secours dont ils pour-
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roient avoir besoin pour se bien acquiter des ordres dont nous les avons chargés. Nous recommandons aussy à Vostre Majesté, les Jésuites, nos sujets, establis* dans son royaume et surtout ceux de Schaminakez (Chamakhi) dont nous prions Vostre Majesté de prendre l’establissement sous sa protection particulière. Nous espérons que la considération que nous avons pour eux vous les fera aussy considérer, lors qu’ils auront recours à Vostre Majesté, à quoy nous nous promettons qu’elle sera d’autant plus portée, que ces Pères font profession de tascber à secourir et assister tous ceux qui ont besoin d’eux dans les pays où ils demeurent, et de porter tous les sujets à garder toujours une obéissance inviolable et fidèle à leurs souverains. Sur ce, nous prions Dieu qu’il veuille augmenter Vostre Grandeur, avec fin toute heureuse.
Louis.
Commerce de Perse. — La manière dont ce commerce ■peut être fait avec avantage.
11 n’y a de commerce avantageux pour un état, que celuy qui luy procure le débouché de ses manufactures et denrées superflues et des retours en matières premières dont il a besoin pour ses fabriques et en marchandises nécessaires pour sa consommation. Suivant ce principe qui est certain, il faut pour juger de quelle utilité peut être le commerce de Perse pour la France, examiner si elle y trouveroit ses avantageset, pour cet effet, voir quelles sortes de marchandises la Perse peut fournir pour nos manufactures ou pour nostre consommation, et enfin, si le commerce direct et immédiat de France en Perse et de Perse en France se peut faire sans qu’il sorte trop de matières d'or et d’argent. C’est ce dont on peut juger par les deux étals suivans :
État des marchandises de France propres pour la Perse.
Draps verds et rouges, les autres couleurs ne s’y vendent point. — Serges. — Quincailleries. — Lames de sabre. — Tableaux représentaus des batailles. — Des portraits de Princes et Princesses de la Cour. — Des pendulles, orloges, montres. — Des verreries. — Des
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cristaux. — Des lustres. — Des émeraudes. — Des dentelles d’or et d’argent. — Des matières d’or et d’argent.
Il est certain, qu’avec ces marchandises, on ne peut composer des cargaisons assés considérables et telles qu’il seroit nécessaire de les faire, pour supporter les frais d’un aussy long voyage que celuy de Perse, qui ne se peut faire en moins de deux ans. Il faudroit indispensablement joindre à nos foibles cargaisons plus de deux tiers d’argent, auti’ement nos vaisseaux ne reviendroient chargés qu’à demy, ce qui seroit ruineux pour les négotians, mais d’ailleurs, quand on porteroit en Perse des fonds suffisans pour l’achapt d’autant de matières et marchandises qu’il en faudroit pour y faire un chargement complet, y trouveroit on de ces matières et marchandises telles qu’il nous les faut pour nos manufactures et notre consommation, en assés grande quantité pour faire l’objet d’un commerce, c’est ce que l’on peut connoistre par l’état qui suit ;
Étal des matières et marchandises de Perse propres pour la
France.
Laine de Carmenie pour la fabrique des chapeaux. — Soyes écrues. — Pierre d’azur. — Vermillon. — Des turquoises. — Quelques drogueries et gommes.
Il est vray que l’on trouve encore en Perse d’autres marchandises, comme étoffes d’or et d’argent, tapisseries, toilles de Perse et autres manufactures, mais l’intérêt des nostres ne nous permet pas de les recevoir dans le Royaume. Il ne convient d’y faire venir que des matières propres pour nos fabriques ou pour nostre consommation telles que celles mentionnées dans l'état cy dessus, et qui, certainement, ne suffisent pas pour faire l’objet d’une aussy grande entreprise qu’est celle d’un voyage en Perse, si on en excepte l’article des soyes desquelles on pourroit, à la vérité, composer des cargaisons entières. Mais, outre que l’entrée en est actuellement défendue, il ne conviendroit ny à l’intérêt de l’état ny à celuy des négotians d’en apporter en trop grande quantité, parce que les négotians n’en trouveroient pas un débit avantageux et qu’elles feroient tort aux soyes originaires du Royaume.
De ce qui vient d’être observé et des deux états cy dessus, il résulte que nous ne pouvons faire le commerce de Perse à droiture sans y porter beaucoup d’argent ; que nous ne trouverions la consommation que de fort peu de nos manufactures et que les matières
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et marchandises propres pour nos fabriques et nécessaires pour notre consommation que nous pourrions en tirer, ne suffisent pas pour faire l’objet d’une navigation aussy longue, d’où l’on doit conclure que le commerce direct et immédiat de France en ces pays et de ces pays en France, ne pourroit être désavantageux et pour l’état et pour les particuliers qui en feraient l’entreprise.
Mais ce même commerce pourroit être fait avantageusement et pour l’Etat et pour les négotians français, en le joignant avec le commerce des Indes comme font les Anglais et Hollandais.
Projet d armement de France en Perse.
Armer un vaisseau de cinq cents tonneaux ou environ ; le faire partir des costes de France au mois d’octobre pour aller relascher à l’isle de Ténérife avec une cargaison composée des marchandises suivantes dont moitié sont propres pour les Indes et l’autre moitié propres pour la Perse.
— Trois milliers de fer en barres plattes à 12tt le quintal 3,600^
— Trente caisses de corail pesant cent cinquante livres chacune, poids de Marseille, assorties de cent vingt de menu, vingt de moyen et dix de gros à dix-huit cents
livres la caisse 54,000
— Cent quatre pièces de draps, trente quatraines de
Carcassonne ; chaque balle assortie de cinq pièces d’écarlatte claire et de trois pièces verd de pistache en treize balles ; observer que chaque pièce tire vingt à vingt et une aulnes de | de large entre deux lizières et que les lizières soient noires, à 12^,10" l’aune 26,000
— Cent quatre pièces de drap vingt ans : chaque balle assortie de cinq pièces rouges de garance claire et non en foncé et de trois pièces verd de pistache id. comme
dessus à 18^ sur le pied de 2,080 aulnes 16,640
— Cent pièces de serges vertes et rouges de vingt
aulnes, sont deux mille aulnes à 40® l’aulne 4,000
— Trois cents serrures de quatre et de cinq pouces à
3^,10® pièce ^ ,050
— Mille cadenats de huit pouces l’un dans l’autre . . 800
— Cinq cents de couteaux flamans avec leurs gaines
à 3tt,5® la douzaine 1,625
A reporter 107,715^
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Report 107,715^
— Trois cents lames de sabres courbées sans être
montées, à 5^ pièce 1,500
— Douze montres d’argent doré à 150^ pièce, moitié
unie, moitié cizelée 1,800
— Douze montres de métail, moitié unie, moitié cizelée, à 100^ pièce 1,200
— Six montres à boettes d’or, moitié unie, moitié
cizelée, à 500^ pièce 3,000
— Six pendules avec leurs consoles à 400^ l’une dans
l’autre 2,400
— Des tableaux et optiques pour 3,000
— Des cristaux comme goblets, tasses, bassins, aiguières, etc., pour 3,000
— Des verres et verres colorés pour des châssis de
fenestres pour 3,000
— Des miroirs de plusieurs grandeurs pour. . . . 6,000
— Des lustres et girandoles de cristal et des émeraudes
bruttes pour 20,000
— Cinquanic barriques de vin de Bordeaux, de Mon-
feran, à 100^ la barrique 5,000
— Cinquante barriques de Malvoisie, je dis bottes à
240tt la botte 12,000
— Cinquante barriques d’eau-de-vie à 80^ la barrique. 4,000
— Soixante marcs de fil d’or sans être tort à 52tt. . . 3,120
— Fil d'argent, id. 40 marcs à 41'**’ 1 ,640
Total des marchandises. 184,375
Matières d’argent. . . 175,000
De l’isle de Ténérife, après y avoir chargé les cinquantes bottes de Malvoisie dont il vient d’être parlé, aller au Cap de Bonne Espérance pour s’y faire rafraischir, de là à Pondichéry, y débarquer les marchandises d’Europe qu’on avoit destinées pour cet endroit, et la quantité de matières d’argent nécessaire pour y achepter et faire préparer les marchandises de la coste qui sont du meilleur débit en Perse, les qualités de ces marchandises consistent en poivre, salempouris, betille, percales, toiles écrues, longy, toiles peintes, aleys*de Masulipatam.
Cela fait, partir de Pondichéry en juin, entrer dans le Gange,
aller prendre à Bengale d’autres marchandises qu’on a coutume de porter en Perse et qui consistent: — En sucre blanc, cassarie de Bengale, sucre candy, du bois de sapan, de la cire jaune, du bois de sandal, des mallemolles, des allégeas, des torquies, des ceintures de soye, des doreas, des porcelaines, des soucis, du riz; des cabayes qui sont des toilles rayées de coton, propres pour habiller les hommes et des cotonnis de soye et de coton.
Si avec ces marchandises, celles qu’on doit revenir prendre à Pondichéry et celles qu’on auroil aportées de France, on remarquoil que la cargaison du vaisseau ne fut pas encore complette, on pourroit prendi’e à fret des marchandises pour le compte des marchands arméniens, qui font le commerce de Perse et ce fret est très considérable. Le 20 décembre, on mettroit à la voille, on reviendroil prendre à Pondichéry les marchandises qu’on y auroit commandées, d’où l’on partiroit, le 20 janvier, pour aller débarquer dans le port de Bender Abassy où le vaisseau pourroit arriver vers la fin de février.
Pendant les trois moissuivans, c’est-à-dire jusqu’à la fin de may, on auroit tout le tems nécessaire pour se procurer une vente avantageuse et pour assembler les marchandises dont il conviendroit de charger tant pour les Indes que pour la France et qui consistent en ce qui en suit :
— Soyes écrues, laines de Carmenie, vin de Chiras, eau rose, tapis, salins, zerbaffes et brocards, pierre d’azur, vermillon, fruits secs comme pistaches, avelines, amandes, raisins et autres sortes.
Lamas qui est un bois de racine rouge qui sert pour la teinture, et les autres drogueries et gommes que la Perse produit, quelques parties de perles si elles sont à bon compte, des sequins d’or et des abassis qui sont une monnoye d’argent. Son chargement fini, s’il ne se trouve pas complet, il embarquera encore des passagers avec des marchandises à fret qui est ordinairement de 8 ou 10 roupies faisant 12 ou 13'H' monnoye de France pour 75'''^ pesant.
Il partiroit de Bender Abassy, au mois de juin suivant, pour aller à Pondichéry; il y arriveroit dans la fin de juillet, y débarqueroit les marchandises de Perse destinées pour la coste de Coromandel et ne garderoit que celles destinées pour France, qui consistent, comme on l’a observé, en soyes écrues, laines de Carmenie, vermillon, pierre d’azur et quelques gommes et drogueries.
Il commanderoil à Pondichéry les marchandises du lieu, qu’il conviendi’oit d’embarquer pour France et qu’on luy prépareroit pendant qu’il iroit le long de la coste de Coromandel et à Bengale vendre
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celles qu’il auroit apportées de Perse pour celle destination et y débarquer les passagers qu’il auroit pris en Perse.
H iroit à Bengale dans la fin d’aoust ; il pourroit rester jusqu’à la fin de décembre pour faire cette vente etpour acbepter les matières et marchandises qui s'y trouvent propres pour la France, telles que toilles de coton blanches, mousselines, bois de sapan, poivres, bois rouges, cire jaune, cire blanche et autres drogueries et épiceries.
De Bengale, il reviendroil à Pondichéry où il prendroit les marchandises propres pour la France, qui luy auroient été préparées et en partiroit vers le 10 de février pour revenir en France, où il arriveroit en juin ou juillet, en sorte que le voyage seroit environ de trente-trois mois.
Le commerce de Perse, conduit de celte manière, ne pourroit manquer d^être très profitable aux particuliers qui l’entreprendront et à l’Etat ; il ne seroit pas besoin d’employer une si grande quantité d’argent que l’on en porte ordinairement dans ces sortes de voyages, parce que nous porterions de nos manufactures en plus grande quantité et de touttes les espèces dont nous nous déferions avec avantage, partie dans les Indes, partie en Perse; le profit d’ailleurs qu’on retireroit tant de la vente des marchandises qu’on porteroit de l’Inde en Perse et de Perse aux Indes, que du frêt des marchandises qu’on prendroit dans la traversée pour le compte des Arméniens, serviroit à l’achapt des matières et marchandises de Perse et des Indes propres pour nos fabriques, et dont nous avons besoin pour nostre consommation. On peut même adjouter que la jonction du commerce de Perse avec celuy des Indes rendroit par celte raison non seulement le commerce de Perse utile à la France, mais, de plus, elle rendroit celuy des Indes beaucoup plus avantageux qu’il ne l’est de la manière dont on le fait, et empêcheroit qu’on y portast plus des trois quarts d’argent, comme on est obligé de faire présentement pour y commercer.
C'est ainsy qu’en usent les Anglois et les Hollandois, et c’est dans ces sortes de commerce d’Inde en Inde qu’ils font leurs profits les plus considérables.
On a reconnu, en différens tems, par les prises qu’on a faites de leurs vaisseaux allant aux Indes, qu’ils n’ont coutume d’y porter que pour 40 ou 50“ piastres de matières d’argent dans chaque vaisseau, et qu’après y avoir navigué et commercé d’un endroit à l'autre, pendant quelques années, ils en rapportent jusqu’à des deux ou trois millions.
Suivant le projet d’armement cy dessus, le vaisseau qu’on char-
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geroit en France pour aller aux Indes et des Indes en Perse, partiroit d’un port de France avec une cargaison de la valleur de 359,375 1. sçavoir ; — En marchandises et manufactures de France. 184,3751. — En matières d’argent 175,0001.
On échangeroit dans les Indes une partie de cette cargaison avec des marchandises des Indes propres pour la Perse.
On pourroit compter sur trente pour cent de profit sur la vente de cette cargaison en Perse ; c’est-à-dire, qu’au lieu de 359,375 1. elle seroit de 467,187 1. en Perse, où l’on employeroit ce fonds en achapt de soyes écrues et laines de Carmenie propres pour la France et en d’autres marchandises propres pour les Indes^ conformément aux étals cy dessus.
On revendroit dans les Indes les marchandises qu’on auroit chargées en Perse pour le commerce de ces pays.
On suppose qu’on rechargeroit en Perse pour 450,000 1. de marchandises, sçavoir ;
Marchandises pour être consommées dans le Royaume 30,000 milliers de soyes écrues qui reviendront l’une dans l’autre à quatre livres la livre rendues à hord du vaisseau, cy. 120,000 1.
60,000 1. de laine de Carmenie à 12 s. la 1.
rendues à bord 36,000 ) „ ,
En drogueries et gomme 20,000 ^ ^
En marchandises dont la vente se fera aux Indes . . 274,000
Total 450,000 1.
Le bénéfice qui se fait dans les Indes orientales sur les marchandises que les Anglois et les Hollandois y apportent de Perse, est ordinairement de cent pour cent. Sur ce pied, les 274,000 1, cy dessus donneront aux Indes la somme de 548,000 1. Ces 548,000 étant employées en marchandises des Indes propres pour la France, comme poivre, bois de teinture, drogueries et loilles de coton, produiront à la vente en France à trois pour un ou deux de net qui est le plus bas prix qu’on puisse évaluer la marchandise. 1,614,000 1.
Les trois parties cy dessus consistent en soyes écrues, laine de Carmenie, drogueries et gommes dont on a tiré le montant hors ligne pour 176,000 1. et que l’on chargera avec les autres marchandises dont on aura fait emplette dans les Indes orientales, au retour du voyage de Perse, produiront également à
trois pour un 528,000
Total de la vente en France 2,172.000 I.
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Pour la valeur desquelles 2,172,000 1. il n’aura été chargé en matières d’argent que 175,0001.; ainsyl’Estat profitera de 1,997,000 1. dont il sei’a débiteur de moins aux Anglois et aux Hollandois, sans parler de tous les avantages qui résulteront de ce commerce, tant pour le progrès des missions dans la Perse que par l’entretien de la navigation qui forme des pilottes et des matelots.
L’on ne met point icy en ligne de compte les marchandises que l’on prend àfrêt aux Indes et en Perse et qui, cependant, comme on a observé cy dessus, bénéficient considérablement de ces sortes de voyages, parce qu’on ne regarde le bénéfice qui résulte du fret que pour indemniser les armateurs des frais de la navigation d’Inde en Inde.
Le chevalier Matheus Anglois qui a fait deux voyages des Indes en Perse dans la dernière guerre, a fait jusques à 300,000 1. de frêt dans chaque voyage, n’ayant rien chargé pour son compte.