‹ Estat de la Perse en 1660Chapitre 98 sur 276 · Djerid · texte numérisé non relu

Djerid

moitié, mais de le mettre en deux pièces d’un seul coup, non. Cecy par digression.

Icy, il n’y a point de ces beaux sépulcres qui font vivre un homme après sa mort; il n’y a point de ces beaux convois funèbres où l’ordre, la dévotion, la modestie, la dépense et la splendeur, conduisent cette pompe lugubre sans cris et sans hurlements, comme icy.

Icy, lorsque un Roy meurt, l’on fera porter divers tombeaux en divers lieux comme si son corps estoit dedans; et il n’est ny dans l’un ny dans l’autre. C’est pour cacher le lieu de sa sépulture, car icy la haine ne finit pas à la mort; elle s'exerce encor sur le corps mort, lequel s’ils le pouvoient avoir en leur disposition, ils luy feroient mille indignités. Ceux de nos pais qui, comme l’on dit, se laissent mourir de peur de païer leurs debtes, karze^, se trouveroient encor hors de leur compte, car icy le créancier arresle le corps, et ne permet pas, et ce par voye de justice, que l’on l’enterre que l’on n’aye satisfaict ou par zamen'^ (respondant), ou en espèces.

Les grands qui font porter leurs corps ou à la Mekke ou en Kerbela ou Mesched le feront mettre icy en terre comme en dépôt, amonet^, non pour y demeurer, mais pour attendre l’occasion du transport. La croiance est icy que ce corps ne peust se corrompre là ny eslre guéé par emprunt et il est en l’attente d’estre porté à son dernier lieu.

Le jeudy au soir est la promenade des femmes pour aller visiter les cimetières et pleurer sur les fosses des leurs. Là paroist l’habileté de celle qui faict le mieux l’enragée, crie et hurle le plus haut : vous en verre/ une bande entourer cette fosse, se coller le visage contre cette terre, araisonner par

Page 1