AMAN, HYDASPE
aman. ^4 V,
Eh quoi! lorsque le jour ne commence qu'à luire\*w. Dans ce lieu redoutable oses-tu m'introduire?
HYDASPE
Vous savez qu'on s'en peut reposer sur ma foi, Que ces portes, seigneur, n'obéissent qu'à moi3 : Venez. Partout ailleurs on pourrait nous entendre.
AMAN
Quel est donc le secret que tu me veux apprendre?
HYDASPE
Seigneur, de vos bienfaits mille fois honoré,
1. « Sint tanquam puMs ante faciem venti. » (Psal. xxiv, v. 5.) — «Et sicut stipulam ante faciem venti. i {Psal. lxxxii, v. 12.)
2. Vers peu harmonieux et peu poétiques. — On est étonné d'en rencontrer un si grand nombre qui ressemblent à ceux-ci dans les chœurs de cette pièce. Le xvn» siècle était condamné à ne pas connaître la véritable poésie lyrique.
3. « Ce vers admirable est parfaitement dans le style oriental. Les portes jouent un grand rôle dans l'Orient, où il est si difûcile d'approcher de celles qui renferment les rois et les grands.» (La Harpe./ — Le même poète fait dire à Osmin dans Bajazet, act. I, se. i :
Et depuis quand, seigneur, entre-ton dans ces lieux Dont l'accès était même interdit à nos yeux ; Jadis une mort prompte eût suivi cette audace.
Je me souviens toujours que je vous ai juré D'exposer à vos yeux, par des avis sincères, Tout ce que ce palais renferme de mystères. Le roi d'un noir chagrin paraît enveloppé : Quelque songe effrayant cette nuit l'a frappé. Pendant que tout gardait un silence paisible, Sa voix s'est fait entendre avec un cri terrible : J'ai couru. Le désordre était dans ses discours : Il s'est plaint d'un péril qui menaçait ses jours; Il parlait d'ennemi, de ravisseur farouche ; Même le nom d'Esther est sorti de sa bouche. Il a dans ces horreurs passé toute la nuit. Enfin, las d'appeler un sommeil qui le fuit1, Pour écarter de lui ces images funèbres, Il s'est fait apporter ces annales célèbres * Où les faits de son règne, avec soin amassés, Par de fidèles mains chaque jour sont tracés; On y conserve écrits le service et l'offense, Monuments éternels d'amour et de vengeance. Le roi, que j'ai laissé plus calme dans son lit, D'une oreille attentive écoute ce récit.
AMAN
De quel temps de sa vie a-t-il choisi l'histoire?
HYOASPE.
Il revoit tous ces temps si remplis de sa gloire, Depuis le fameux jour qu'au trône de Gyrus Le choix du sort plaça l'heureux Assuérus8.
AMAN
Ce songe, Hydaspe, est donc sorti de son idée?
hydaspe .
Entre tous les devins fameux dans la Cbaldée, Il a fait assembler ceux qui savent le mieux
i. t On a jusqu'ici excusé dans ce vers une prétendue faute de grammaire en faveur de la vivacité du tour : mais en examinant mieux la chose, je trouve que la grammaire est ici d'accord avec la pnwio. et qu'il est plus correct (on plus exact) de dire qui le fuit que qui le fuyait : le sommeil fuit Assuérus au moment où parle Hydaspe. » 'Geoffroy.)
2. Ces annales sont appelées Baaùixa\ Sxz'ti^a.i par Diodorede Sicile, (il, Zt.)
3. « Nous rappellerons ce que nous avons dit plus haut, que Racine, d'après l'opinion de D. Calmet, a supposé qu'Assuérus est le même que Darius, fils d'Hystaspe. — t Plusieurs marques, dit Bossuet, le font reconnaître pour l'Assuérus du livre d'Esther, quoique on n'en convienne pas. • — Hérodote raconte comment il dut à l'adresse de son palefrenier d'être nommé roi de Perse, au préjudice des six seigneurs qui avaient avec lui renversé Smerdis de son trône. (Hérod., ix, 159.)