‹ Esther (volume 2)Chapitre 40 sur 68 · ACTE II, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VII

ASSUÉMJS.

0 soleil ! ô flambeau de lumière immortelle1 ! Je me trouble moi-même ; et sans frémissement Je ne puis voir sa peine et son saisissement. Calmez, reine, calmez la frayeur qui vous presse. Du cœur d'Assuérus souveraine maîtresse, Eprouvez seulement son ardente amitié.

Faut-il de mes Etats vous donner la moitié *?

Eh! se peut-il qu'un roi craint de la terre entière, Devant qui tout fléchit et baise la poussière, Jette sur son esclave un regard si serein, Et m'offre sur son cœur un pouvoir souverain ?

ASSUÉRUS

Croyez-moi, chère Esther, ce sceptre, cet empire,

Et ces profonds respects que la terreur inspire,

A leur pompeux éclat mêle peu de douceur,

Et fatiguent souvent leur triste possesseur.

Je ne trouve qu'en vous je ne sais quelle grâce

Qui me charme toujours et jamais ne me lasse.

De l'aimable vertu doux et puissants attraits !

Tout respire en Esther l'innocence et la paix.

Du chagrin le plus noir elle écarte les ombres,

Et fait des jours sereins de mes jours les plus sombres;

Que dis-je? sur ce trône assis auprès de vous,

Des astres ennemis j'en crains moins le courroux3,

Et crois que votre front prête à mon diadème

Un éclat qui le rend respectable aux dieux même.

Osez donc me répondre, et ne me cachez pas

Quel sujet important conduit ici vos pas.

Quel intérêt,' quels soins vous agitent, vous pressent4?

Je vois qu'en m'écoutant vos yeux au ciel s'adressent.

Parlez : de vos désirs le succès est certain,

Si ce succès dépend d'une mortelle main,

1. Exclamation naturelle dans la bouche d'un roi qui adorait le soleiï et le9 astres.

2. « Dixitque ad eam rex : Quid vis, Esther regina? Quee est petitio tua? Etiamsi dimidiam partem regni petieris, dabitur tibi. ■ (Esther. r.h. v, v. 3.)

i. En se rapporte à l'idée contenue dans le vers précédent : par cela que

je suis auprès de vous, je crains moins... — Cotte expression d'astres

ennemis, si belle, si poétique par elle-même, a de plus le mérite de la

convenance dana la bouche d'un prince qui adorait le soleil et les astres et

■ j ait à l'astrologie.

4. Soins, ea poésie, a le sens énergique de vives inquiétudes.

UWJOTHECA )

60 ESTHBR.

0 bonté qui m'assure autant qu'elle m'honore * !

Un intérêt pressant veut que je vous implore :

J'attends ou mon malheur ou ma félicité ;

Et tout dépend, seigneur, de votre volonté.

Un mot de votre bouche, en terminant mes peines,

Peut rendre Esther heureuse entre toutes les reines.

assuérus.

Ali ! que vous enflammez mon désir curieui!

Seigneur, si j'ai trouvé grâce devant vos yeux, Si jamais à mes yeux vous fûtes favorable, Permettez avant tout, qu'Esther puisse à sa table Recevoir aujourd'hui son souverain seigneur, Et qu'Aman soit admis à cet excès d'honneur \ J'oserai devant lui rompre ce grand silence; Et j'ai pour m'expUquer besoin de sa présence.

assuérus.

Dans quelle inquiétude, Esther, vous me jetez ! Toutefois qu'il soit fait comme vous souhaitez.

[A ceux de sa suite.) Vous, que l'on cherche Aman; et qu'on lui fasse entendra Qu'invité chez la reine, il ait soin de s'v rendre 3.

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