‹ Esther (volume 2)Chapitre 45 sur 68 · UNE DES PLUS JEUNES ISRAÉLITES · texte numérisé non relu

UNE DES PLUS JEUNES ISRAÉLITES

Parlons plus bas, mes sœurs. Ciel, si quelque infidèle, Ecoutant nos discours, nous allait déceler!

ÉLISE

Quoi ! fille d'Abraham, une crainte mortelle

Semble déjà vous faire chanceler?

Hé ! si l'impie Aman, dans sa main homicide Faisant luire à vos yeux un glaive menaçant,

A blasphémer le nom du Tout-Puissant

Voulait forcer votre bouche timide?

UNE AUTRE ISRAÉLITE

Peut-être Assuérus, frémissant de courroux, Si nous ne courbons les genoux Devant une muette idole, Commandera qu'on nous immole :

Chère sœur, que choisirez-vous 3 î

LA JEUNE ISRAÉLITE

Moi, je pourrais trahir le Dieu que j'aime ! J'adorerais un Dieu sans force et sans vertu*,

1. On sait que les rois de Perse rendaient un culte au soleil, qu'ils adoraient comme un dieu puissant.

L. i Confundantur traînes qui adorant sculptilia, et qui gloriantur in sirnulacris suis. » (P-suL xcvi, v. 7.)

i. Racine, ce maître de l'harmonie et de la parole exquise dans les vers alexandrins, n'a pas toujours surmonté la difficulté de nos vers lyriques. Nos poètes en sont gènes fort souvent.

4. Vertu n'avait pas, au xvne siècle, employé dans une phrase comme si, d'autre sens que celui de force. ; il se rapprochait de l'italien virtù. On -.ni .;iif\ chez les Italiens, le mot virtuoso désigne tout honuue qui pusl iu talent porté à uu Ucs-haut degrô-

54 ESTHEK.

Reste d'un tronc par les vents abattu l, Qui ne peut se sauver lui-même î le chœur chante.

Dieux impuissants, dieux sourds, tous ceux qui vous im- Ne seront jamais entendus. [plurent

Que les démons, et ceux qui les adorent, Soient à jamais détruits et confondus!

une Israélite chante.

Que ma bouche et mon cœur et tout ce que je suis, Rendent honneur au Dieu qui m'a donné la vie ! Dans les craintes, dans les ennuis, En ses bontés mon âme se confie.

Veut-il par mon trépas que je le glorifie? Que ma bouche et mon cœur, et tout ce que je suis, Rendent honneur au Dieu qui m'a donné la vie !

élise.

Je n'admirai jamais la gloire de l'impie.

UNE AUTRE ISRAÉLITE

Au bonheur du méchant qu'une autre porte envie.

ÉLISE

Tous ses jours paraissent charmants ;

L'or éclate en ses vêtements ; Son orgueil est sans borne ainsi que sa richesse : Jamais l'air n'est troublé de ses gémissements; U s'endort, il s'éveille au son des instruments ;

Son cœur nage dans la mollesse3.

UNE AUTRE ISRAÉLITE

Pour comble de prospérité, Il espère revivre en sa postérité ;

1. Racine a dit avec plus d'harmonie dans Athalie (act. III, se. m) :

Pour une raine idole,

Pour un fragile bois ijue malgré mon secours Les vers sur son autel consument tous les jours ?

Corneille fait exprimer à Polyeuete un sentiment conforme à celui de la jeune Israélite :

Allons fouler aux pieds ce foudre ridicn'e

Dont arme un bois pourri ce peuple trop crédule;

Allons briser ces dieux de pierre et de métal.

(Polyeuete, acte U, se. vi.)

2. • Vae qui consurgilis mane ad ebrictatem sectandam et potandum usqae ad vesperam, ut vino œstuetis. Cylhara, et lyra, et tympanum et tibia, et vinum in eonviviis vestris ; et opus Domini non respicitis, nec opéra manuum ejus consideratis. • [IstAe, ch. v, v. U et 12.)

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