ACTE II, SCÈNE IX
Et d'enfants à sa table une riante troupe Semble boire avec lui la joie à pleine coupe1.
(Tout le reste est chante.)
LE CHŒUR
Heureux, dit-on, le peuple florissant Sur qui ces biens coulent en abondance ! Plus heureux le peuple innocent Qui dans le Dieu du ciel a mis sa confiance2 !
UNE ISRAÉLITE Seule.
Pour contenter ses frivoles désirs L'homme insensé vainement se consume :
Il trouve l'amertume Au milieu des plaisirs 8.
une autre seule.
Le bonheur de l'impie est toujours agité; Il erre à la merci de sa propre inconstance. Ne cherchons la félicité Que dans la paix de l'innocence.
la même, avec une autre.
0 douce paix !
0 lumière éternelle !
Beauté toujours nouvelle !
Heureux le cœur épris de tes attraits ! 0 douce paix !
0 lumière éternelle !
Heureux le cœur qui ne te perd jamais!
1. Boire la joie. Expression énergique et audacieuse empruntée de Virgile, qui dit que Didon buvait l'amour à longs traits :
Longumque bibebat amorem. (Enéide, liv. I, v. 749.) Mais Virgile est beaucoup plus hardi : Racine emploie un correctif; il se sert du mot coupe qui adoucit la métaphore. J.-B. Rousseau, dans sa Cantate à Bacchus, a plus imité Racine que Racine n'a imité Virgile :
La céleste troupe, Dans ce jus vanté, Boit à pleine coupe L'immortalité. (Geopfrot.)
2. i Beatum dixerunt populum cui haec sunt; beatus populus cujus Dominua Deu9ejus. » (Psal. cxliii, v. 15.)
Heureux, disent-ils, le rivage
Où l'on jouit d'un tel bonheur!
Qu'ils restent dans leur rêverie;
Heureuse la seule patrie
Où l'on adore le seigneur! (J.-B. Rousseau, Odes, x, 8.)