LA TROISIÈME
C'est son breuvage le plus doux * .
ÉLISE
Chères sœurs, suspendez la douleur qui vous presse. Chantons, on nous l'ordonne, et que puissent nos chant3 Du cœur d'Assuérus adoucir la rudesse, Comme autrefois David, par ses accords touchants. Calmait d'un roi jaloux la sauvage tristesse2.
(Tout le reste de cette scène est chanté.)
UNE ISRAÉLITE
Que le peuple est heureux, Lorsqu'un roi généreux, Craint dans tout l'univers, veut encore qu'on l'aime? Heureux le peuple î heureux le roi lui-même !
TOUT LE CHŒUR
0 repos! ô tranquillité, 0 d'un parfait bonheur assurance éternelle,
Quand la suprême autorité Dans ses conseils a toujours auprès d'elle La justice et la vérité?
(Ces quatre stances sont chantées alternativement pa; une voix seule et par tout le chœur.)
UNE ISRAÉLITE
Rois, chassez la calomnie: Ses criminels attentats Des plus paisibles États Troublent l'heureuse harmonie.
Sa fureur, de sang avide, Poursuit partout l'innocent.
Rois, prenez soin de l'aLsent Contre sa langue homicide.
De ce monstre si farouche Craignez la feinte douceur:
La vengeance est dans son cœur, Et la pitié dans sa bouche.
La fraude adroite et subtile
1. Le mouvement de tout ce passage est admirable et fait croître dans l'âme du spectateur la haine qu'inspire Aman. Ou peut comparer ce morcean aux beaux effets produits par les chants du chœur dans la tragédie grecque.
2. Ce roi auquel il est fait allusion, c'est Saûl. — • Quandocumque spiritus malus arripiebat Sanl, David tollebat citharam. et percutiebat manu sua, et refociliabatur Saul et levius habebat ; recedebat enim ab eo spiritus malus. • (Reg., I, ch. xvi, v. 23.)