PROLOGUE
Des mêmes ennemis je reconnais l'orgueil :
Ils viennent se briser contre le même écueil :
Déjà rompant partout leurs plus fermes barrières,
Du débris de leurs forts il couvre ses frontières.
Tu lui donnes un fils prompt à le seconder,
Qui sait combattre, plaire, obéir, commander;
Un fils qui, comme lui, suivi de la victoire,
Semble à gagner son cœur borner toute sa gloire ;
Un fils à tous ses vœux avec amour soumis,
L'éternel désespoir de tous ses ennemis :
Pareil à ces esprits que ta justice envoie,
Quand son roi lui dit : « Pars, » il s'élance avec joie :
Du tonnerre vengeur s'en va tout embraser,
Et, tranquille, à ses pieds revient le déposer1.
Mais tandis qu'un grand roi venge ainsi mes injures, Vous qui goûtez ici des délices si pures, S'il permet à son cœur un moment de repos, A vos jeux innocents appelez ce héros ; Retracez-lui d'Esther l'histoire glorieuse, Et sur l'Impiété la Foi victorieuse.
Et vous, qui vous plaisez aux folles passions Qu'allument dans vos cœurs les vaines fictions, Prolanes amateurs de spectacles frivoles 2, Dont l'oreille s'ennuie au son de mes paroles, Fuyez de mes plaisirs la sainte austérité : Tout respire ici Dieu, la paix, la vérité.
la Hollande, aux victoires signalées de Turenne sur le Rhin en 1675, et à la campagne de 1688.
1. Revient le déposer. Allusion à la campagne de 1688, dans laquelle le grand daupliin prit Philipsbourg, Heidelberg, Manheim, et conquit le Palatitiat.
2. Spectacles frivoles. Racine semble ainsi condamner les chefsd'œuvre qu'il avait autrefois donnés à la scène. Ses amis avaient jeté des scrupules religieux dans son âme, et il avait renoncé à la peinture des folles passions qu'il avait su si bien faire parler et agir.