ACTE III, SCENE IV
Partout l'affreux signal en même temps donne
De meurtres remplira l'univers étonné.
On verra, sous le nom dû plus juste des princes,
Un perfide étranger désoler vos provinces,
Et, dans ce palais même, en proie à son courroux,
Le sang de vos sujets regorger jusqu'à vous.
Et que reproche aux Juifs sa haine envenimée ? Quelle guerre intestine avons-nous allumée ? Les a-t-on vu marcher parmi vos ennemis ? Fut-il jamais au joug eselaves plus soumis ? Adorant dans leurs fers le Dieu qui les châtie, Pendant que votre main sur eux appesantie A leurs persécuteurs les livrait sans secours, Ils conjuraient ce Dieu de veiller sur vos jours, De rompre des méchants les trames criminelles,
noo
no5
ino
ioi)Ç). Etonner avait alors, ainsi quVtonnement (v. H42 , un sens plus rapproché de l'étymologie (ébranler comme par un coup de tonnerre), et, par conséquent, plus énergique qu'aujourd'hui.
Ces mots expriment l'épouvante, une forte commotion, un grand trouble moral. Cf. Athalie. 1043 :
De vos sens étonnés quel désordre s'empare?
iioi. Perfide étranger. Voir 922. — Désoler i dévaster (lat. desolare). C'est une expression assez fréquente chez les prophètes. « Les étrangers dévorent votre pays devant vous, et il sera désolé comme une terre ravagée par ses ennemis. » (Isaïe. I, j.)
uo3. Regorger, se dit. comme ici d'un liquide qui reflue hors du contenant, ou du contenant même, qui se trouve trop plein.
1104. Envenimée ; infectée du venin de son cœur.
1106. tés,.. Le mouvement de la
phrase serait plus régulier si nous du vers précédent était répété : mais, avec marcher, Esther dit /<•* au lieu de nous, parce quelle n'est qu'une femme. — Va marcher. Racine emploie ordinairement le participe sans accord devant un infinitif. Cf. Athalie, 1818 :
Tantôt à son aspect je l'ai va (Athàlié) s'jémou-
[voir...
(Avec vue. le vers serait faux.) 1109. Appesantie : s'étant appesantie, mi. Ils conjuraient. . Cf. Corneille [Polyeàcte, IV, 6), au sujet des Chrétiens :
Ils font des vœux pour iiuhs qui les persécutons.
1112. Les trames. Les maclii nations d'une intrigue, d'un complot, se comparent aux fils d'une toile, d'où les expressions : nouer une Intrigue, tramer un complot, ourdir une trame. Cf.
« développer le fil », v .Vî;
lOt ESTHER.
De mettre votre trône à l'ombre de ses ailes.
N'en doutez point, Seigneur, il fut votre soutien.
Lui seul mit à vos pieds le Parthe et l'Indien, iu5
Dissipa devant vous les innombrables Scythes,
Et renferma les mers dans vos vastes limites.
Lui seul aux yeux d'un Juif découvrit le dessein
De deux traîtres tout prêts à vous percer le sein.
Hélas! ce Juif jadis m'adopta pour sa tille. 1120
ASSUÉRUS
Mardochée?
Il restait seul de notre famille.
Mon père était son frère. 11 descend comme moi Du sang infortuné de notre premier roi. Plein d'une juste borreur pour un Amalécite, Race que notre Dieu de sa bouche a maudite, na5
Il n'a, devant Aman, ]>u fléchir les genoux, Ni lui rendre un honneur qu'il ne croit dû qu'à vous.
n i3. .1 l'ambre de ses ailes. « Sub uni- mer Egée, la nier Xoire. la Caspienne, la
bra alarum taarûm protège me. Proté- mer d'Oman, le golfe Persique et la
gcz-inoi en me mettant a couvert sous mer Rouge touchaient à l'empire de
l'ombre de vos ailes. » {Psaumes, XVI. 8 ; Darius. — Vos vastes limites : les limites
cf. XXXV, 8 ; LVI, 2; LXII, 8.) Cette de votre vaste empire. Vastes: démesu-
image rappelle les Chérubins, qui cou- rément étendues ; le sens est plus fort
vraient l'arche de leurs ailes, et qu'aujourd'hui,
semblaient la protéger. u&. De notre premier roi. Mardochée
...... Le Parthe. \ o,r 4,. -L Indien. dcscendait du père de Saiil, Cis,
01I„9' . .. „ A. ,. . de la tribu de Benjamin. Voir 3.
111O. Les innombrables Scythes. Noir *
^j i.i>4. Amalécite. Voir 130.
1117. Les mers ("est une exagération. 1127. Ça'à vous. Le Mardochée de la
Aucune mer n'étant « renfermée» dans Bible dit qu'il ne se prosternera que
ces limites, mais la Méditerranée, la devant Dieu (Livre d'Esthrr, XIII. 14)