‹ EstherChapitre 95 sur 146 · ACTE II, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VII

ESTIIER.

Hé! se peut-il qu'un Roi craint de la terre entière, Devant qui tout fléchit et baise la poussière, Jette sur son esclave un regard si serein, Et m'offre sur son cœur un pouvoir souverain ?

ASSUÉRUS

Croyez-moi, chère Esther, ce sceptre, cet Empire, 665

Et ces profonds respects que la terreur inspire,

A leur pompeux éclat mêlent peu de douceur,

Et fatiguent souvent leur triste possesseur.

Je ne trouve qu'en vous je ne sais quelle grâce,

Qui me charme toujours, et jamais ne me lasse. G70

De l'aimable vertu doux et puissants attraits !

Tout respire en Esther l'innocence et la paix.

Du chagrin le plus noir elle écarte les ombres,

Et fait des jours sereins de mes jours les plus sombres.

ajouta avec serment: Oui, je vous don- de Mme de Maintenon. qu'il faut voir

nerai tout ce que vous me demande- à travers Esther. Portrait flatté, sans

rez. quand ce serait la moitié de doute, autant que flatteur! Mais par les

mon royaume. » (S. Marc. VI. 23.) Il faut lignes suivantes, où elle est dépeinte

voir dans une telle offre un simple par un écrivain qui la détestait cordia-

trait d'exagération orientale, et les lement, on jugera que tout le monde

deux monarques eussent vite fait de devait rendre hommage à sa grâce non

remettre les choses au point, si Esther moins qu'à son habileté : « C'était une

ou Salomé avaient voulu les prendre femme de beaucoup d'esprit, que les

au mot. meilleures compagnies... avaient fort

rite J5af.se la poussière, a Et inimici polie et ornée de la science du monde...

ejasterram tinrent. Et ses ennemis bai- Ses divers états l'avaient rendue flat-

seront la terre. » {Psaumes. LXXI, 9.) teuse, insinuante, complaisante, cher-

i'r'3. Les ombres, qui obscurcissent la chant toujours à plaire... Une grâce

sérénité de l'âme; l'image se poursuit incomparable à tout, un air d'aisance

au vers suivant. et toutefois de retenue et de respect,

&-+. Je ne trouve... de mes jours les plus qui, par sa longue bassesse, lui était

sombres. Il y a là. ainsi que dans les v. devenu naturel, aidaient merveilleuse-

1017-1019 du IIIe acte, un éloge délicat ment ses talents, avec un langage doux.

Que dis-je? sur ce trône assis auprès de vous, 6^5

Des astres ennemis j'en crains moins le courroux,

Et crois que votre iront prête à mon diadème

Un éclat qui le rend respectable aux Dieux même.

Osez donc me répondre, et ne me cachez pas

Quel sujet important conduit ici vos pas. 68b

Quel intérêt, quels soins vous agitent, vous pressent?

Je vois qu'en m'écoutant vos yeux au Ciel s'adressent.

Parlez. De vos désirs le succès est certain,

Si ce succès dépend d'une mortelle main.

O bonté, qui m'assure autant qu'elle m'honore ! 685

Un intérêt pressant veut que je vous implore.

J'attends ou mon malheur ou ma félicité;

Et tout dépend, Seigneur, de votre volonté.

Un mot de votre bouche, en terminant mes peines,

Peut rendre Esther heureuse entre toutes les reines. 600

ASSUÉRUS

Ah ! que vous enflammez mon désir curieux !

juste, eu bons termes, et naturellement éloquent et court.» (Saint-Simon, petite édition Hachette, t. VIII, p. i>i.)

6~(3. Des astres ennemis. Voir 65$.

ii". Diadème. Voir ;(>.

678. Respectable. Ce mot venait à peine d'entrer dans l'usage. On croyait même, dit Louis Racine, que l'auteur à'Esther en était l'inventeur. — Aux Dieux même.

En prose on écrirait mêmes. Cf. Lamartine (Harmonies. IV, j) :

La vie avait quitté jusqu'aux éléments même.

fi8i. Pressent. Voir 603.

G84. If une mortelle main, pour : de la main d'un mortel (Louis Racine).

685. M'assure. Ce verbe était d'un usage général dans le sens de rassurer, tranquilliser. Cf. Athalie, <>it> :

Princesse, assurez-vous, je les prends sous ma

[garde.

Page 1