‹ Esther, tragédie, annotéeChapitre 4 sur 46 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

ESTHEB, iLISE. - ESTHER.

Est-ce toi, chère Élise ? jour trois fois heureux ! Que béni soit le ciel qui te rend à mes vœux ! Toî, qui, de Benjamin comme moi descendue, Fus de mes premiers ans la compagne assidue, Et qui, d*un même joug souâfrant foppression. M'aidais à soupirer^ les malheurs de Sion !

Combien ce temps encore est cher à ma mémoire ! Mais toi, de ton Esther ignorais-tu la gloire ? Depuis plus de^ six mois que je te fais chercher. Quel climat, quel désert a donc pu te cacher ?

Au bruit de votre mort justement éplorée, Du reste des humains je vivais séparée,

1 Soupirer— To moum. a Depuis plus de— For more th m

8 ESTHEIU

Et de mes tristes jours n'attendais que la fin, Quand tout à coup, madame, un prophète divin : " Cest pleurer trop longtemps une mort qui t'abuse, " Lève-toi, m'a-t-il dit, prends ton chemin vers Suse,* ^' Là tu verras d'Esther la |)ompe et les honneurs, " Et sur le trône assis le sujet de tes pleurs.' " Rassure, ajout&-t-il, tes tribus alarmées, " Sion ; le jour approche où le dieu des armées " Va de son bras puissant faire éclater Tappui ; '^ Et le cri de son peuple est monté jusquà luL" Il dit : et moi, de joie et d'horreur pénétrée, Je cours. 8 De ce palais j'ai su trouver l'entrée. spectacle ! ô triomphe admirable à mes yeux ! Digne en effet du bras qui sauva nos aïeux !

Le fier Aâsuérus couronne sa captive, Et le Persan* superbe est aux pieds d'une Juive ! Par quels secrets ressorts, par quel enchaînement Le ciel a-t-il conduit ce grand événement ?

•ESTHER

Peut^tre on t'a conté la fameuse disgrâce* De l'altière Vasthi, dont j'occupe la place, Lorsque le roi, contre elle enflammé de dépit, La chassa de son trône, ainsi que de son lit. Mais il ne put sitôt en bannir la pensée : Vasthi régna longtemps dans son âme offensée. Dans ses nombreux états il fallut donc chercher Quelque nouvel objet qui l'en pût détacher.

1 Suge—hea rois de Perse, saccessours du grand Oyrus, aTaient choisi trois villes principales pour y sâjoumer altematiTement^ Sose, Ecbatane, et Babylone. Suae, capitale de la Susiane, aujourd'hui le KoursÏKtan, province du royaume de Perse vers le Tigre. — Oboffbot.

^ Le sujet de te» pleurs assit le trdne— n'est pas le terme propre. Le sujet 80 dit des choses : Fobjet se dit des choses et des personnes. — La Haepb.

8 Je cours — I hurry. J'ai su — I succeeded.

* En prose, on doit appeler Perses les anciens habitants de cet empire, et Persans ceux d'aujourd'hui. — L. Eacinb.

*» Disgrâce— %\aAA of being out of favour ; roisfortune, downfal.

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