ACTE I.— SCfeNB I
De l'Inde à THellespont ses esclaves coururent : Les filles de TÉgypte à Suse oompanirent ; Celles même du Parthe et du Scythe indompté Y briguèrent^ le sceptre offert à la beauté.
On m élevait alors, solitaire et cachée, Sous les yeux vigilants du sage Mardochée :
Tu sais combien je dois à ses heureux secours. La mort m'avait ravi les auteurs de mes jours : Mais lui, voyant en moi la fille de son frère, Me tint lieu, chère Élise, et de père et de mère. Du triste état des Juifs jour et nuit agité, Il me tira du sein de mon obscurité ; Et, sur mes faibles mains fondant leur délivrance, Il me fit d'un empire accepter l'espérance.
A ses desseins secrets, tremblante, j'obéis ; Je vins ; mais je caclud ma race et mon pays. Qui pourrait cependant t'exprimer les cabaie^ Que formait en ces lieux ce peuple' de rivales, Qui toutes, disputant un si grand intérêt.
Des yeux d'Assuérus attendaient leur arrêt ?* Chacune avait sa brigue» et de puissants suffrages : L'une d*un sang fameux vantait les avantages ; L'autre, pour se parer de superbes atours.
Des plus adroites mains empruntait le secours ; Et moi, pour toute brigue et pour tout artifice, De mes larmes au ciel j'offrais le sacrifice. Enfin, on m'annonça l'ordre d'Assuérus.
Devant ce fier monarque. Elise, je parus.
Dieu tient le cœur des rois entre ses mains puissantes ; Il fait que tout prospère aux âmes innocentes. Tandis qu'en ses projets l'orgueilleux est trompé. De mes faibles attraits le roi parut frappé : Il m'observa longtemps dans un sombre silence ; Et le ciel, qui pour moi fit pencher la balance,
1 Brifpiêrent—Were ambitiouB to attaioi aspind to.
3 Cabaki — Manœuvres.
B Ce peuple— ThsA multitude or crowd.
* Arrêt — Dedsion of their fate.
* Arij^ue— Plot or intrigue.
10 ESTHER
Dans ce temps-là, sans doute, agissait sur son cœur. Enfin, avec des yeux oii régnait la douceur : Soyez reine, dit-il ; et, dès ce moment même. De sa main sur mon front posa son diadème.
Pour mieux fedre éclater sa joie et son amour, Il combla de présents tous les grands de sa cour ; Et même ses bienfaits, dans toutes ses provinces. Invitèrent le peuple aux noces de leurs princes. Hélas ! durant ces jours de joie et de festins, Quelle était en secret ma honte et mes chagrins ! ^ Esther, disais-je, Esther dans la pourpre est assise ; La moitié de la terre à son sceptre est soumise : Et de Jérusalem Therbe cache les murs !
Sion, repaire a&eux de reptUes impurs, Voit de son temple saint les pierres dispersées ! Et du Dieu d'Israël les fêtes sont cessées !
ÉLISE
ITavez-vous point au roi confié vos ennuis P
ESTHER
Le roi, jusqu'à ce jour, ignore qui je suis.
Celui par qui le ciel règle ma destinée
Sur ce secret encor tient ma langue enchaînée.
ÉLISE
Mardochée ? Hé ! peut-il approcher de ces lieux ?
ESTHER
Son amitié pour moi le rend ingénieux.
Absent, je le consulte ; et ses réponses sages Pour venir jusqu'à moi trouvent mille passages : Un père a moins de soin du salut de son fils. Déjà même, déjà, par ses secrets avis,
1 Et mes diagrint — i.e., Et quels étaient meB chagrins. > Ennuiê^Cvn»t sorrows.