‹ Esther, tragedie, tiree de l'Ecriture SainteChapitre 2 sur 93 · M. DCC. LXXXVII · texte numérisé non relu

M. DCC. LXXXVII

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PRÉFACE

JLjA célèbre *Maison de Saint -Cyr ayant étc principalement établie pour élever dans la piété un fort grand nombre de jeunes Demoiselles ^ rassemblées de tous les endroits du Royaume on n*y a rien oublié de tout ce qui pouvolt contribuer à les rendre capables de servir Dieu , dans les différens états où il lui plaira de les ap- ' peler j mais , en leur montrant les choses essentielles.et nécessaires , on ne néglige pas de leur apprendre celles qui peuvent servir à leur polie l’esprit et à leur former le jugement. On a imaginé pour cela plusieurs moyens , qui > sans lea détourner de leur travail et de leurs exercices ordinaires, les instruisent, en les divertissant. Onleur met , pour ainsi dire > à profit leurs heures de récréation. On leur fait faire entr’elles, sur leurs principaux devoirs , des conversations ingénieuses , qu*on leur a composées exprès , ou qu’clles-mêincs composent, sur le champ. Ou

PREFACE

les fait parler sur les histoires qu’on leur a lues » ou sur les importantes vérités qu’on leur a enseignées. On leur fait réciter par cœur et déclamer les plus beaux endroits des meilleurs Poètes j et cela leur sert sur. tout à les défaire de quantité de mauvaises prononciations , qu’elles pourroieut avoir apportées de leurs Provinces. On a soin aussi de faire apprendre à chanter à celles qui ont de la voix , et on ne leur laisse pas perdre un talent qui les peut amuser innocemment, et qu’elles peuvent employer un jour à chanter les louanges de Dieu.

Mais la plupart des plus excellens vers de notre langue ayant été composés sur des matières fort profanes , et nos plus beaux airs étant sur des paroles extrêmement molles et efféminées , capables de faire des impressions dangereuses suc de jeunes esprits , les personnes illustres qui ont bien voulu prendre la principale direction de cette Maison ont souhaité qu’il y eût quelque Ouvrage qui , sans avoir tous ces défauts , pût produire une partie de ces bons effets. Elles me firent l’honneur de me communiquer leur dessein , et même de me demander si je ne pourrois

jpas faire , sur quelque sujet de piété et de moxale , une espece de Poëme , où le chant fut mêlé avec le récit j le tout lié par une action qui rendit la chose plus vive et moins capable d’ennuyer.

Je leur proposai le sujet d’Esther , qui les frappa d’abord , cette histoire leur paroissant pleine de grandes leçons d’amour de Dieu , et de détachement du monde, au milieu du monde même 5 €t je crus , de mon côté , que je trouverois assea de facilité à traiter ce sujet , d'autant plus qu’il me sembla que , sans altérer aucune des circonstances tant soit peu considérables de l’Ecriture- Sainte', ce qui seroit, à mon avis , une espece de sacrilège , je pourrois remplir toute mon action, avec les seules scenes que Dieu, lui-même, pour: ainsi-dire , a préparées.

J’entrepris donc la chose , et je m’apperçus. qu’en travaillant sur le plan qu’on m’avoit.

donné , j’exécutois , en quelque sorte , un dessein, qui m’avoit souvent passé dans l’esprit , qui étoit de lier , comme dans les anciennes Tragédies- Grecques, le Chœur et le chant avec l’action , et d’employer à chanter les louanges du yra Dicuk

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cette partie du Chœur que les Payens cm»

ployoient à chanter les louanges de leurs fausses Divinités,

A dire vrai , je ne pcnsois gueres que la chos« dût être aussi publique qu’elle l’a été j mais les grandes vérités de l’Ecriture , et la maniéré sublime dont elles y sont énoncées , pour peu qu’on les présente , même imparfaitement , aux yeux des hommes,*^s’Ônt si propres à les frapper , et d’ailleurs ces jeunes Demoiselles ont déclamé et chanté cet Ouvrage avec tant de grâce , tant de modestie et tant de piété , qu’il n’a pas été possible qu’il demeurât renfermé dans le secret de leur Maison : de sorte qu’un divertissement d’enfans est devenu le sujet de l’empressement de toute la Cour 5 le Roi lui-même, qui en avoir été touché , n’ayant pu refuser tout ce qu’il y a de plus grands Seigneurs de les y mener, et ayant eu la satisfaction de voir , par le plaisir qu’ils y ont pris , qu’on se peut aussi bien divertir aux choses de piété qu’à tous les spectacles profanes.

Au reste , quoique j’aie évité soigneusement de mêler le profane avec le sacré , j’ai cru néanmoins que je pouvois emprunter deux ou trois

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ttaits d’Hérodote , pour mieux peindre Assuérus i car j’ai suivi le sentiment de plusieurs savans interprètes de l’Ecriture , qui tiennent que ce Roi est le mêm*e que le fameux Darius , fils d’Hystaspe , dont parle cet Historien. En effet , ils en rapportent quantité de preuves , dont quelques-unes me paroissent des démonstrations. Mais je n’ai pas jugé à propos de croire ce même Hérodote sur sa parole , lorsqu’il dit que les Perses n’élevoient ni Temples , ni Autels , ni Statues à leurs Dieux , et qu’ils ne se servoient point de libations dans leurs sacrifices. Son témoignage est expressément détruit par l’Ecriture , aussi-bien que par Xénophon , beaucoup mieux instruit que lui des moeurs et des affaires de la Perse , et enfin par Quinte-Curce.

On peut dire que l’unité de lieu est observée dans cette Piece, en ce que toute l’action se passe dans le Palais d’ Assuérus. Cependant , comme on vouloit rendre ce divertissement plus agréable à des enfiins , en jettant quelque variété dans les décorations , cela a été cause que je n’ai pas gardé cette unité avec la même rigueur que j’ai fait autrefois dans mes Tragédies.

Je crois qu’il est bon d’avettir ici que bien qu^îl’ y ait dans Esther des personnages d’hommes 9 ces personnages n’ont pas laissé d’être représentes par des filles , avec toute la bienséance de leur sexe. La chose leur a été d’autant plus aisée qu’anciennement les habits des Persans et des Juifs étoient de longues robes , qui tomboient jusqu’à terre.

Je ne puis me résoudre à finir cette Préface , sans rendre à celui qui a fait la Musique (i) la justice qui lui est duc , et sans confesser franchement que ses chants ont fait un des plus grands agrémens de la Pièce. Tous les connoisseius demeurent d’accord que depuis long-tems on n’apoint entendu d’airs plus touchans ni plus convenables aux paroles. Quelques personnes ont trouvé la Musique du dernier Chœur un peu longue, quoique ttcs-bellc j mais qu’auroit-on dit de ces jeunes Israélites qui avoknt tant fait de vœux à Dieu , pour être délivrées de l’horrible péril oùelles étoient , si ce péril étant passé , elles lui en.

(i) Jean-Baptiste Moreau , Musicien , né à Angers.,, mort, à l’aris, en 17^.

PRÉFACE. vif

avoîcnt rendu de médiocres actions de grâces î Elles auroient directement péché contre la louable coutume de leur nation , où l’on ne recevoir de Dieu aucun bienfait signalé qu’on ne l’en remer* ciât , sut le champ , par de fort longs Cantiques j témoins ceux de Marie, sœur de Moyse, de Débora et de Judith , et tant d’autres dont l’Ecriture est pleine. On dit même que les Juifs , encore aujourd’hui , célèbrent , par de grandes actions de grâces , le jour où leurs ancêtres fuient délivrés par Esther de la cruauté d’Aman«

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