SUR
« Lies applaudissemcns que la Tragédie ther avoir reçus n’empêchoient pas l’Auteur de icconnoître qu’elle n’étoit pas dans toute la grandeur du Poëme Dramatique , dit Louis Racine , dans ses Mémoires sur la vie de son pere. L’unité de lieu n’y étoit pas observée , et elle n’étoit qu’en trois actes.... Il avoir trouvé l’art d’y lier , comme les Anciens , les Chœurs avec l’action j mais il terminoit l’action par un Chœur, chose inconnue , aux Anciens , et contraire à la nature du Poëme Dramatique , qui ne doit pas finir par des chants.3>
«Il entreprit de traiter un autre sujet de l’Êcriture-Sainte , et de faire une Tragédie plus parfaite. Madame de Sévigné doutoit qu’il y pût réussir , et disoit, dans une de ses lettres : IL aura
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iie la peine à faire mieux qu'Esther. Il n'y a plus d'histoire comme celle-là. C'èioit un hasard et un assortiment de toutes choses ; car Judith , Boo\ et Ruth ne sauraient rien faire de beau: Racine a pour^ tant bien de l'esprit : il faut espérer. Elle n’avoit poînr tort de penser ainsi. Elle ne s’ateendoit pas que , dans un chapitre du quatrième livre des Rois t il dût trouver le plus grand sujet qu’aucun Poëtc eût encore traité , et en faire une Tragédie qui , sans amour, sans épisodes , sans confidens, intéresscroit toujours, dans laquelle le trouble iroit croissant , de scene en scene , jusqu’au dernier moment , et qui seroit dans toute l’exactitude des règles, n
cc Le mérite, cependant, de cette Tragédie fut long-tcms ignoré. Elle n’eut point le secours des représentations , qui font, pour un tems , la fortune des Pièces médiocres. On avoir fait un scrupule à Madame de Maintenon des représentations d’Esther , en lui disant que ces Spectacles , où de jeunes Demoiselles , parées magnifiquement , paroissoient devant toute la Cour , étoient dangereux pour les Spectateurs et pour les Actrices mêmes. On ne songeoit point à faire exe»
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cuter Athalu sur le Théâtre des Comédiens.' L’Auteur y avoit mft ordre , en faisant insérer dans le Privilège à'Esther la défense aux Comédiens de représenter une Tragédie faite pour Saint-Cyr.... Ce Privilège > daté du j Février 1^89 , fut accordé aux Dames de Saint-Cyr , et non pas à l’Auteur , et il y est dit : ^yant vu , nous mêmes , plusieurs représentations dudit Ou’ vrage , dont nous avons été satisfaits , nous avons jdonné ces présentes aux Dames de Saint-Cyr « avee défense à tous Acteurs , et autres gens montant sur les Théâtres publics de le représenter . jj
CI On lira , sans doute , avec plaisir , ce que Madame la Comtesse de Caylus a écrit sut Athalie , dans ses Souvenirs.
K Le grand succès d’Esther mit Racine en goâty dit-elle. Il voulut composer une autre Pièce , et le sujet d'Achalie ( c'est-à-dire , de la mort de cette Reine y et la reconnoissance de Joas ) lui parut le plus beau de tous ceux qu'il pouvait tirer de V Ecriture-Sainte. Il y travailla , sans perdre de tems , et l’hiver suivant cette Pièce se trouva en état d'être représentée. Mais Madame de Maintenon re^ut , de tous côtés f tant d'avis et tant de représentations des.
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dévots , qui agissoient en cela de bonne- foi , et de la part des Poètes jaloux de Racine , qui , non contens de faire parler les gens de bien , écrivirent plusieurs lettres anonymes , qu ils empêchèrent enfin Athalie d'être rejprésentie sur le Théâtre de Saint- Cyr. On disoit à Madame de Maintenon qu'il était honteux à elle de faire monter sur un Théâtre des Demoiselles rassemblées de toutes les parties du Royaume pour recevoir une éducation chrétienne , et que c'étoit mal répondre à Pidée que P établissement de Saint-Cyf^ avoit fait concevoir. Pavois pan aussi â ces discours, et on trouvoit encore qu'il étoit indécent à elle de me faire voir à toute la Cour sur un Théâtre-,
« Le lieu , le sujet des Pièces et la maniéré dont les Spectacles s'étoient introduits à Saint-Cyr . dévoient justifier Madame de Maintenon , et elle auroit pu ne pas s'embarrasser de discours qui n'étoient fondés que sur l'envie et la malignité. Mais elle pensa différemment, et arrêta ces 5 pectaies dans le tems que tout étoit prêt pour jouer Athalie. Elle fit seulement venir à Ver failles ,
et
une fois ou deux , les .Aclrices pour jouer dans sa chambre , devant le Roi , avec leurs habits ordinaires. Cette Viéce est si belle que l'action
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n*ea parue pas refroidie. Il me femble même qu'elle produisit plus d'effet qu'elle n'en a produit sur le Théâtre de Paris. Oui $ je crois que*Ra^ cine auroic été fâché de la voir aussi dif garée qu’elle m'a paru l'être par une Josabet fardée , ( Mademoiselle Duclos ) par une Athalie outrée , ( Mademoiselle Desmares ) et par un Grand- Prêtre , ( Beaubourg ) plus capable
d'imiter les Capucinades du petit Pere Honoré » Prédicateur Capucin ) que la Majejlé d’un Prophète divin, IL faut ajouter encore que les Choeurs , qui manquaient aux représentations faites à Paris , ajoutaient Une grande beauté à la Pièce , et que les Spectateurs mêlés et confondus avec les Acteurs , ( les banquettes des jeunes gens placées anciennement fur les deux côtés de l’avant - scene ) refroidissoient infiniment l'action. Mais , malgré ces défauts et ces inconvéniens , ille a été admirée et le sera toujours. On fit , après , à l’envi de Racine , plufieurs Pièces pour Saint - Cyr ; mais elles y sont ensevelies. La Judith , Pièce que l'^bbi Testa fit faire par Boyer , et à laquelle il travailla lui - même , fut jouée ensuite, sur le Théâtre
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Paris , avec le succès marqué dans cette Epi~
gramme de Racine.
A sa JudUh , Boyer , par aventure,
Étoit assis près d'un riche caissier;
Bien aise étoit, car le bon financier S’attcndrissoit et pleuroit sans mesure.
<( Bongré vous sais, lui dit le vieux Kimeur,
» Le beau vous touche, et ne sciiez d’humeur » A vous saisir pour une baliverne. «
Lors le Richard , en larmoyant , lui dit:
« Je pleure , hélas ! pour ce pauvre Holopherne,
»>Si méchamment mis à mort par Judith! »
ce ... . Madame de Caylus fît , peut-être, une prédiction véritable lorsqu’elle dit qu’.^^thalie scroit toujours admirée , continue Ra'cine le fils. Elle ne le fut pourtant pas trop d’abord du Public , et lors qu’elle parut imprimée, en , elle fut très-peu recherchée.
On avoir entendu dire qu’elle étoit faite pour Saint-Cyr , et qu’un enfant y faisoit un principal personnage. On se persuada que c’étoiC une Pièce qui n’étoit bonne que pour des en- • fans j et les gens du monde furent peu empressés à la lire. Ceux qui la lurent parurent
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froids d’abord , et M. Arnaud t en la trouvant fort belle , la mettoit au-dessous d' Esther. Un Docteur de Sorbonne peut aisément se tromper en jugeant des Tragédies j mais la maniéré dont- il avoit parlé de Phèdre faisoit voir qu’en ces matières mêmes il n’avoit pas coutume de se tromper.... Il avoit approuvé le caractère de Phèdre , et cette Tragédie , en général , en disant seulement de l’Auteur : Mais pourquoi a-t-il fait Hippolyte amoureux ? Cette critique est , en effet , la seule qu’on puisse faire contre cette Tragédie , et l’Auteur , qui se l’étoit faite à lui - même , se justifioit , en disant : Qu'auroient pensé Us Petits-Maîtres d'un Hippolyte ennemi de toutes Us femmes ? Quelles mauvaises plaisanteries n*auroient-ils point faites} . » , Voici la lettre qu’écrivit M. Arnaud à un de ses amis , au sujet d'Athalie. »
« J'ai reçu Athalie , et Vai lue , aussi-tôt , deux ou trois fois , avec une grande satisfaction» Si j*avois plus de loisir je vous marquerais , plus • au long ce qui me la fait admirer. Le sujet y esc traité avec un art merveilleux ; Us caractères lien soutenus , Us vers nobles et naturels. Ce
qu'on
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^n'on y fait dire aux gens de bien inspire du respect pour la Religion & pour la vertu ; et ce ^Won fait dire aux méchans n'empêche point qu'on naic horreur de leur •malice : en quoi je trouve que beaucoup de Poètes font blâmables , mettant tout leur esprit à faire parler leurs per~ sonnages d'une maniéré qui peut rendre leur cauje si bonne qu'on est plus porté à approuver , ou à excuser les plus méchantes actions qu'à en avoir de la haine. Mais comme il est bien difficile que deux enfans d'un pere soient si également parfaits qu'il naît pas plus d'inclination pour l'un que pour l’autre t je voudrais bien savoir laquelle de ces deux Pièces il aime davantage. Four moi , je vous dirai franchement que les charmes de la cadette n'ont pu m'empêcher de donner la préférence à l'aînée. J'ai beaucoup de raisons dont la principale ejî que j'y trouve beaucoup plus de chofes très- édifiantes et très-capables d'inspirer de la piété • ••« &c« »
cc Un pareil jugement , quelque flatteur qu’il soit , poursuit Louis Racine , ne satisfait point un Auteur , toujours plus content de son detniei ouvrage que des auues, sur-tout, lorfqu’il