‹ Esther, tragedie, tiree de l'Ecriture SainteChapitre 42 sur 93 · XX JUGEMENS ET ANECDOTES · texte numérisé non relu

XX JUGEMENS ET ANECDOTES

en a de si justes raisons. Etonné de voir que

sa Pièce , loin de faire dans le Public Téclat

qu’il s’en étoit promis , restoit presque dans l’obscurité , il s’imagina qu’il avoit manqué son sujet J et il l’avouoit sincèrement* à Boileau, qui lui soutenoit , au contraire , qu.' ^thalic étoit son chef-d’œuvre. Je m'y connoîs , lui disoit Boileau , et le Public y reviendra. Sur ces espérances l’Auteur sé rassuroit. Il a cependant été toujours convaincu que’ s’il avoit fait quelque chose de parfait , c’étoit Phèdre ^ et sa prédilection pour cette Picce étoit fondée sur des raisons très -fortes, car quoi que l’aéfion ài Athalie soit bien plus grande j le caractère de Phèdre est comme celui d’Œdipe , un de ces sujets rares , qui ne sont pas l’ouvrage des Poètes , et qu’il faut que la Fable ou l’Histoire leur fournisse. Tout le monde sait que la principale qualité qu’Aristote , ou plutôt que la Tragédie demande dans son Héros , est qu’il ne soit ni totit-à-fait vicieux , ni tout-à^ fait vertueux , parce qu’un scélérat , quelque malheur qui lui arrive > ne fait jamais pitié , et qu’un homme tout- à -fait exempt de foi-

SUR A T H A L I E. xx| blesse , et qui ne s’est attiré son malheur pat aucune faute , cause plus de chagrin que de pitié. Au lieu que le malheureux qui mérite de l’ctre , et qui , en même-tcms , mérite d’être plaint , intéresse toujours j et c’est ce qui SC trouve admirablement dans Phèdre , qui , dévorée par une infâme passion , est toute la première à se prendre en horreur. Je ne sais si par-là son caractère n’eft pas beaucoup plus tragique que celui d’CËdipe , qui , dans le fonds , n’est qu’un homme fort ordinaire , à qui le hasard a fait commettre de grands crimes , sans qu’il en- ait eu l’intention , et chez qui l’on ne peut voir cette douleur vertueufe qui fait la beauté du caractère de Phèdre. Mais on peut dire aussi que ce caractère est le seul qui soit dans cette Tragédie , au lieu que dans Athalie , oit se trouvent à la fois , plusieurs caractères , l’action . est plus grande , plus intéressante et conduite avec plus d’art : en sorte que l’on pourroit , à mon avis , concilier les deux scntimens , en disant que le personnage de riicdrc est le plus parfait des

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personnages tragiques , et q\x*^thalie est la plus parfaite des Tragédies. »

« On en reconnut enfin le mérite j mais la prédiction de Boileau n’eut son accomplissement que fort tard , et long-tems après la mort de l’Auteur. Les vrais connoisseurs vantèrent cette Piece. Le Duc d’Orléans , Régent du Royaume , voulut connoître quel effet elle produiroit sut le Théâtre , et , malgré la clause insérée dans le Privilège , ( la même que celle insérée dans celui d’Esther , qui intcrdisoit aux Comédiens la représentation de cette Piece > ) il ordonna aux Comédiens de l’exécuter. Le succès fut étonnant j et les représentations faites à la Cour donnoient un nouveau prix à cette Pièce , parce que le Roi étant , à-peu-près , de l’âge de Joas , on ne pouvoir sans s’attendrir sur lui entendre quelques vers , comme ceux-ci :

Du fidclc David c’est le précieux reste....

( Scene seconde du premier acte. )

SUR AT H ALI E. ïxiir

Voilà donc votre Roi , votre unique espérance ! ï’ai pris soin jusqu’ici de vous le conserver,...

Songez, qu’en cec enfant tout Israël réside. •/•.. ôcc.

( Scène quatrième du quatrième acte. ) »

<c Voilà quel fut le sort de cette fameuse- Tragédie, qui, du côté de rinterêt , n’ayant rien produit à l’Auteur , ni à sa famille , a été si utile , depuis , aux Libraires et aux Comédiens , et du côté de la gloire en a acquis une si éloignée du tems de l’Auteur qu’il n’a jamais pu la prévoir. Il étoit heureusement détaché , depuis long tems , de la gloire humaine. Il en devoir connoître , mieux qu’un autre , la vanité. Bérénice , dans sa naissance, fit plus de bruit cp.' yd thalle. ^

« Les premières représentations- de cette Pièce , dit encore Louis Racine , dans scs > Remarques sur les Tragédies de son pere, firent un tel effet sur les Spectateurs , étonnés de se sentir attendris jusqu’aux larmes , cpx* Athalie fut bientôt regardée comme le chef-d’œuvre de l’Au-

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tcur , et même comme le chef-d’œuvre de la Poésie Dramatique. »

« La sainteté d’un sujet n’est pas ce qui touche le plus grand nombre des Spectateurs.

Nous pouvons , à la vérité , prendre un plus grand intérêt à un enfant qui est le reste du sang de David qu’à un autre j mais quand même le sujet d'Athaiu seroit profane , quand le lieu de la scene seroit dans un Temple de la Grcce, on s’itîtéresseroit toujours à un sujet conduit avec tant d’art. Cette Piece , appelée , par une voix générale, la plus parfaite de nos Tragédies , mérite donc une attention toute particulière.... Elle est entièrement conforme aux principes qu’ Aristote a établis sur la Tragédie.... M. de Voltaire , dans l’Epître dédicatoire qu’il a placée au-devant de son OresiCy appelle Athalic L’ouvrage le plus approchant de la perfection , (jui soit jamais sorti de la main des hommes ; et Riccoboni , dans sa Réforme du Théâtre, lui donne le pas sut toutes les Tragédies modernes , en disant : De quelque côté qu'on l’examine , on n’y trouve que des beautés admirables. Tout y est édifiant ; tout y est instructif»

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