SUR A T H A L I E
•jithaîie avoit ete heureuse, ^thalit a souvent reparu depuis, et paroîrra encore souvent, selon les apparences. ( Aussi long-rems que le bon goût durera , que l’on fera cas du vrai beau ,du grand, du sublime simple et naturel, de la perfection de lart , enfin. ) Quelle peut èhe la, raison de ces deux destinées différentes ? »
« Je ne puis imputer le malheur à'Esther ( si ç en est un ) au jeu des Acteurs Les deux principaux personnages étoient exécutés , l’un par notre Roscius ( Baron ) 3 l’autre par une Actrice extrêmement célébré ( Mademoiselle Duclos ). »
« Je ne puis l'imputer à la sainteté de la Prece ; la meme sainteté régné dans Athalu. »
« Je ne puis l’imputer au goût d’un siccle qui , en 1616 , rendit justice à Athai'u. Le siccle de Louis XIV fut, à la vérité, fovorable à On peut croire sur les représentations faites à Saint-Cyr -ce qu’en ont écrit Madame de Sévigné et Madame de La Fayette , qui n’étoient pas disposées à admirer aisément l’Auteur. Mais comme c’étoit faire sa cour à Louis XIV que de lui de- , mander d’être admis aux réprescntatioiis qui se ibisoient à Saint-Cyr , en sa présence , le succèa
li; JUGEMENS ET ANECDOTES
de CCS représentations ne prouve rien en faveur de la Pièce.»
« Je pourrois dire que le retranchement des Chœurs , où régne toute la douleur , a dû lut faire perdre sur le Théâtre public sa plus grande beauté. Cependant l’action seule ne dcvoit-cllc pas , comme celle à.' ^thalle , faire sur les Spectateurs une vive impression ? Sans doute i et s’ils sont restés froids , c’est la faute de la Picce. Je suis contraint de l’avouer, c’est ce qui contribue à me convaincre des principes d’Arbtote....»>
cc Lorsqu’on parlant des parties essentielles à la Tragédie , comme les caractères, les sentimens , la diction , il recommande, sur-tout, la première et la plus importante partie ; celle qui est l'ame de toute la Tragédie, l’action , il a donc une grande raison. Et qu’cst-ce que l’action, selon lui? Une liaison , un contexte d’incidens, qui amené une péripétie. Voilà cc que n’a point Es^ ther. L’action est défectueuse , et même n’est point action théâtrale , parce qu’un changement de résolution n’est point une action , en prenant cc mot dans le sens d’Aristote. »
« Un Roi , trompé par son Ministre ^ a signé
SUR ATHALIE. liij
un Ëdit qui , dans dix jours , causera le carnage d’un peuple. On trouve le moyen de faire entendre à ce Roi qu’il a été trompé. Un seul entretien le désabuse : il révoque son Édit. Voilà seulement un changement de résolution. Le peuple condamne ne sera pas exterminé dans dix jours. 11 n’y a en cela ni péripétie , ni catastrophe. Ses craintes seulement sont appaisées. La mort d’Aman n’est qu’un événement particulier. C’est un Grand-'>eigneur qui fait étrangler son Visir. Les principaux personnages de la Piece ne changent point d’état j mais seulement cessent de craindre un carnage qui devoit arriver dans di.x jours.
c< Riccoboni s’est donc trompé quand il a écrit > dans sa Réforme du Théâtre : Si Esther avait cinq actes « elle ne plairait gue^es moins fu’Athalie. Elle peut en troiS actes comme en cinq causer une grande émotion , et lorsqu’elle n’en cause pas , c’est que l'action n’est point théâtrale. »
<c Le sujet étoit cependant très-heureusement choisi pour remplit de pieuses intentions sur l’éducation de la jeunesse de Saint-Cyt, L’Autcuç