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n’avoit pas non plus destiné son Ouvrage à ntt autre usage. Il paroît même qu’il n’avoit pas voulu le faire imprimer, puisque de toutes scs Pièces celle-ci est la seule dont le Privilège ne soit pas en son nom. il est accordé aux Dames de Saint-Cyr , et conçu en ces termes ; Cts Dames nous ont fait remontrer que le sieur Racine ayant , â leur priere , et pour i édification des jeunes Z?etnoisdUs f composé un Ouvrage de Poésie^ intitulé Esther.... Nous avons auxdites Dames permis de faire imprimer ledit Ouvrage.... avec défenses à tous .Acteurs , et autres montans sur les Théâtres publics^ d'y représenter ledit Ouvragée ; et cet Ouvrage dans le Privilège n’est jamais , comme Athalie , dans un autre Privilège , appelé Tragédie. î>
cc L’Auteur étoit trop instruit de son art pour ne pas sentir , au milieu des applaudissemens donnés à Saint-Cyr , que cet Ouvrage n’avoit point la partie la plus essentielle de la Tragédie. Cette raison l’engagea, sans doute, à en faire un autre également saint , dans lequel il fût maître de conduire son action en Poëtc , et d’etre . créateur du contexte des incidens , pour en faire une véritable Tragédie. »
V, Pourquoi
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SUR ATHALIE. Iv
« Pourquoi cependant ne fut-elle pas si bien reçue <\\x'Esthcr , quand elle parut imprimée î 'et pourquoi ceux qui n’admiroient pas Esther dirent-ils hautement qu’elle valoit encore mieux quAthalie, 11 est aisé de rendre raison de ce jugement précipité , qui prouve que le Public , qui à la fin rend toujours justice , peut se tromper long- tems. n
« Le bruit qu’avoient fiiit les représentations de Saint-Cyr fut cause qu.’ Escher imprimée eut beaucoup de lecteurs. Les personnes sans préjugés admirèrent les caractères , les sentimens , la diction , et ne critiquèrent point le défaut de l’action , parce qu’un lecteur ne s’en apperçoitpas comme un Spectateur. Quand son esprit est content de ce qu’il lit , il loue tout l’Ouvrage. Mais en vain un Spectateur ^ a l’esprit content et les oreilles enchantées par les vers , si son cœur n’est point ému , troublé , agité , il dit que l’Ouvrage est froid , et ne sort jamais content d’un Spectacle qui l’a laissé tranquille. C’est par la représentation que le mérite d’une action théâtrale est connu i et Aristote , qui éciivoit sur des Pièces
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faites pout être jouées , avoit toujours l’action en vue. »
« L’Auteur d'Athalie n’ayant jamais été témoin d’une représentation de cette Tragédie faite avec appareil , devant plusieurs Spectateurs , n’a pu être certain de l’effet qu’elle pouvoir produire. Ainsi lorsqu’il ne lui vit qu’un petit nombre de Lecteurs, son inquiétude fut fondée j et quoique Boileau l’assurât qu’elle étoit son chef-d’oeiivrc » il eut raison d’en douter. Né très-sensible , il ne put s’empêcher de l'être aux railleries , quoique méprisables , qu’elle essuyai et il resta persuadé , voyant continuer la froideur du Public , qu’il avoit manqué son sujet. Quelques personnes croient que le chagrin ( maladie qui pour les Poètes médiocres n’est pas mortelle ) contribua à abréger ses jours.... »
« Les hommes inconcevables en tout le sont aussi dans leurs plaisirs. TIs veulent des vers et des Spectacles , on leur en donne. Ils cherchent si attentivement les fautes de ceux qui ne travaillent que pour les amuser , qu’il ne leur faut ofiiir que des Ouvrages parfaits. Paroît-il un génie ca-
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pable d’en faire ? Aussi-toc , comme die Boileau • .après Pindarc , mille corbeaux croassent ; et ce croassement , qui , à la fin , importune , contribua à faire prendre à TAutcur de Phedre la résolution de renoncer au Théâtre. Il donne, long-tems après , deux Pièces qu’il ne destine point an Théâtre , mais à l’utile amusement des personnes éclairées : le chagrin est toute la récompense de son chef-d’œuvre.... &c. î>
A la suite de ses Remarques sur les Tragédies de son pere , Louis Racine répond d’une manière victorieuse , à une Critique tiès-détailléed’/4rrta- ^ lie , que l’Abbé Pellcgrin avoit fait insérer dans les volumes des mois de Septembre et d’Octobre du Mercure de France , sous le titre de Lettre critique sur les Spectacles , adressée aux Auteurs du Mercure, L’Abbé Pellcgrin n’a pas signé cette Lettre , et ce sont les freres Parfaict qui , dans leur Histoire du Théâtre François , nous apprennent qu’elle est de lui. Au reste, cette Critique est remplie d'honnêtetés pour Racine , et son fils ne s’est point écarté de ce ton , dans sa réponse , qu’il termine ainsi , en parlant de l’Auteur de U
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Critique : « Il a écrit quelques observations trèsbonnes , et l’on ne peut lui savoir mauvais gré de quelques critiques mal fondées , puisqu’il ne les fait que dans une bonne vue. On voit un homme qui ne les propose qu’en doutant , et qui toujours humble , ne se nomme point, écrit dans un style très-modeste et met son Ouvrage dans le Mcr~ cure. »
Une Lettre de feu M. Le Franc de Pompignan, adressée à Louis Racine , à l’occasion des Tragédies de son pere , contient ce passage sur uithalie.
« Esther l’a emporté long-tems sur ^thaîie , et c’est ce qu’on a de la peine à concevoir. Non que j’en estime moins Esther , qui est un fort bel Ouvrage i mais , à la versification près , la différence est grande entre ces deux Tragédies. La . première est sans intrigue d’amour , comme la seconde , les sentimens d’Assuérus pour la Reine n’étant qu’une tendresse d’époux , fondée sur l’estime et sur la vertu. Les beautés de détail sont dans cette Piece d’un ordre supérieur. Tels sont particuliérement les deux morceaux sur la puis-
SUR A T H A L I E. lit
sance de Dieu j T un dans la bouche de Mardochée , parlant de tous les Rois de la terre , scene troisième , acte premier :
Pour dissiper leur ligue il n’a qu’i sc montrer ;
11 parle, et dans la poudre il les fait tous rentrer... &c. t
l’autre dans la bouche d’Esther , s’adressant à Assuérus , scene quatrième du troisième acte :
Ce Dieu , maître absolu delà terre et des Cieux ,
K’est point tel que l’erreur le figure à vos yeux.... &c.
ce Le caractère et les effets de l’ambition et de l’orgueil ne sont représentés nulle part aussi vivement , ni avec autant de vérité que dans le personnage d’Aman. J’exhorterois volontiers lesMir nistres et tout homme en place à parcourir quelquefois , dans leurs momens de loisir , les scenes de ce favori avec Hydaspe et avec Zarès. ( La première du second acte , et la première du ttoisicmc. ) «
. et II m’est venu une pensée en relisant Esiher, Ne scroit-cc point la Pièce que Racine s’est attaché à versifier avec le plus de force et de correction i J’ose , au moins , avancer qu’il n’y a
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