‹ Esther, tragedie, tiree de l'Ecriture SainteChapitre 52 sur 93 · JOAD, ABNER · texte numérisé non relu

JOAD, ABNER

C^ui , je viens dans son Temple adorer l’Eternel,

Je viens, selon l’usag» antique ctsolcmnel,

Célébrer avec vous la fameuse journée Où sur le Mont-Sina la loi nous fut donnée.

Que les tems sont changés î Si-tôt que de ce jour La trompettç sacrée annonçoit le retour.

Du Temple , orné par-tout de festons magniSques.

Le Peuple saint en foule inondoit les portiquesi Et tous , devant l’Autel avec ordre introduits, '

De leurs champs dans leurs mains portant les nouveavm fruits ,

Au Dieu de l’imivcrs consacroient ces prémices.

Les PrStres ne pouvoient suffire aux sacrifices.

L’audace d’une femme, aiiëtant ce concours,

En d€S jours ténébreux a changé ces beaux jours,' D’adorateurs zélés à peine un petit nombre Ose d« premiers tems nous retracer quelque ombres Le reste pour sen Dieu montre un oubli fatal i Ou meme s’empressant aux Autels de Baal Se fait initier à scs honteux mystères.

Et blasphème le nom qu’ont invoqué leurs peres*

Ja tremble qu’Athalie, à ne vous rien cacher. Vous-même de l’Autel vous faisant arracher , N’achçvc enfin sur vous scs vengeances funestes.

Et d’un respect forcé ne dépouille les restes,

D’où vous vient aujourd’hui ce noir pressentiment?

Pensci-vous être saint et juste impunément?

Dès long-tcms elle haie cetre fermeté rare Qui rehausse en Joad l'éclat de la thiarc.

Dès long-rems votre amour pour la Religion Est traité de révolte et de sédition.

Du mérite éclatant, cette Reine jalouse.

Hait sur-tout Josabet, votre fidelle épouse.^

Si du Grand-Prêtre Aaron Joad est successeur.

De rotre dernier Roi Josabet est la soeur.

Mathan, d’ailleurs, Mathan, çe Prêtre sacrilège, plus méchant qu’Athalie , à toute heure l’assiège» Wathan de nos Autels infâme déserteur.

Et de toute vertu zélé persécuteur.

C’est peu que, le front ceint d’une mitre étrangère. Ce Lévite à Baal prête son ministère:

CçTemplç l’importune, et son impiété

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Voudroît anéantir le Dieu qu’il a quitté.

Pour vous perdre il n’est point de ressorts qu’il n’invente j

Quelquefois il vous plaint , souvent rnSme il vous vante* 11 affecte pour vous une fausse douceur ,

It par-là de son Hcl colorant la noirceur.

Tantôt à cette Reine il vous peint redoutable)

Tantôt, voyant pour l’or sa soif insatiable , li lui feint qu’en un lieu, que vous seul connoisseZ) Vous cachez des trésors par David amassés.

Enfin , depuis deux jours , la superbe Athalie Dans un sombre chagrin paroît cnsévclie.

Je l’obscrvois hier , et je voyois ses yeux Lancer sur le lieu saint des regards furieux:

Comme si dans le fond de ce vaste édifice Dieu cachoit un vengeur armé pour son supplice* Croyezrmoi , plus j’y pense et moins je puis douter Que sur vous son courroux ne soit prêt d’éclaterj Et que de Jésabel la fille sanguinaire Ne vienne attaquer Dieu jusqu’en son sanctuaire*

Celui qui met un frein à la fureur des Bots Saie a.ussi des roéchans arrêter les complots.

Soumis avec respect à sa volonté sainte,

Je craint Dieu, cher Abner, et n’ai point d’autre crainte*

Cependant je rends grâce au zcle officieux

Qui sur tous mes périls vous fait ouvrir les yeux*

Je vois que l’injustice en secret vous irrite >

Que vous avez encor le coeur Israélite.

Le Ciel en soit béni!... Mais ce secret courroux»

Aiii

é ATHALIE,'

Cette oisive vertu , vous en contentez-vous î la foi qui n’agit point cst-cc une foi sincère?

Huit ans déjà passés , une impie étrangère Du sceptre de David usurpe tous les droits ,

Se baigne impunément dans le sang de nos Rois»

Des enfans de son fils détestable homicide «

Et meme contre Dieu levé son bras perfide ;

Et vous , l*un des soutiens de ce tremblant Etat, Vous, nourri dans les camps du saint Roi Josaphat,

Qui sous son fils Joram commandiez nos armées.

Qui rassurâtes seul nos villes alarmées,

I Lorsque d’Okosias le trépas imprévu Dispersa tout son camp à l’aspect de Jéhu; ce Je crains Dieu , dites-vous, sa vérité me touché, sa Voici comme ce Dieu vous répond par ma bouche :

Cl Du zèle de ma Loi que sert de vous parer ? as Par de stériles vœux pensez-vous m'honorer ?

ȕ Quel fruit me revient-il de tous vos sacrifices? >

%i Ai- je besoin du sang des boucs et des génisses?^

»> Le sang de vos Rois crie , et n’est point écouté.

SS Rompez , rompez tout pacte avec l’impiété.

O Du milieu de mon peuple exterminez les crimes,

SS Et vous viendrez alors m’immoler vos victimes 1 s*

Eh ! que puis-je au milieu de ce peuple abattu? Benjamin est sans force , et Juda sans vertu.

Le jour qui de leurs Rois vit éteindre la race Eteignit tout le feu de leur antique audace.

Cl Dieu même, disent-ils, s’ast retiré de nous.

V De l’Jionneuc des Hébreux autrefois si jalolUji

H Tl voit sans intérêt leur grandeur terrassée»

)> Et sa miséricorde à la ün s’est lassée.

» On ne voit plus pour nous ses redoutables mains ï> De merveilles sans nombre effrayer les humains.

» L’.^rche sainte est muette , et ne rend plus d’oracles.^v

Eh 1 quel tems fut jamais si fertile en miracles?

Quand Dieu par plus d’effets montra-t il son pouvoir?..* { A part )

Auras-tu donc toujours des yeux pour ne point voir, Peuple ingrat ? Quoi 1 toujours les plus grandes merveilles

Sans ébranler ton coeur frapperont tes oreilles?..,

( A Abner. )

Faut-il, Abner, faut-il vous rappeler le cours Des prodiges fameux accomplis en nos jours?

Des tyrans d’ Israël les célébrés disgrâces.

Et Dieu trouvé hdele en toutes ses menaces.

L’impie Achab détruit , et de son sang trempé Le champ que par le meurtre il avoit usurpé.

Près de ce champ fatal Jésabel immolée ,

Sous les pieds des chevaux cette Reine foulée.

Dans son sang inhumain les chiens désaltérés.

Et de son corps hideux les membres déchirés,

Des Prophètes menteurs la troupe confondue >

Et la flamme du Ciel sur l’Autel descendue,

Elle aux élémens parlant en souverain ,

Les Cieux par lui fermés et devenus d’airain ,

Et la terre trois ans sans pluie et sans rosée ,

Les morts se ranimant la voix d’Elisée ?

ilcçonnoisscz Abner i à ces traits cclatans,

t ATHALIE,

Un Dieu , tel aujourd’hui qu’il fut dans tous les temS*

Il sait, quand il lui plaît, faire éclater sa gloire,

£t son peuple esc toujours présent à sa mémoire.

Mais où sont ces honneurs à David tant promis > ït prédits même encore à Salomon son fils ?

Hélas ! nous espérions que de leur race heurcusc^ Devoit sortir de Rois une suite nombreuse >

Que sur toute tribu , sur toute nation L’un d’eux établiroit sa domination,

Feroit cesser par- tout la discorde et la guerre ,

Et verroic à scs pieds tous les Rois de la terre!

Aux promesses du Ciel pourquoi renoneex-vous î

Ce Roi , fils de David , où le chercherons-nous ï Le Ciel meme peut-il réparer les ruines.

De cet arbre séché jusques dans ses racines ;

Athalie étoulFa l’enfant même au berceau.

Les morts , après huit ans , sortent-ils du tombeauf Ah si dans sa fureur elle s’étoit trompée!

Si du sang de nos Rois quelque goutte échappée..,»

J O A D , l'interrompant.

Hé bien , que feriex-vous?

O jour heureux pour mot !

De quelle ardeur j’irois rcconnoître mon Roi ! Doutex-vous qu’i scs pieds nos tribus empressées,.,» Mais , pourquoi me flatter de ces vaincs pensées! Déplorable héritier de ces Rois triomphans»

Ckosias rC.stoît seul , avec ses enfans.

Par les traits de Jdhii je vis percer le perc •

Vous avez vu les fils massacrés parla mere!

Je ne m’explique point.... Mais quand l’astre du joue Aura sur l’horison fait le tiers de son tour,

Lorsque la troisième heure aux prières rappelle. Retrouvez-vous au Temple, avec ce même zclc.

Dieu pourra vous montrer, par d’importans bienfaits. Que sa parole est stable et ne trompe jamais.

Allez : pour ce grand jour il faut que je m’appretet Et du Temple déjà l’aube blanchit le faîte.

Quel sera ce bienfait que je ne comprends pas?... L’illustre Josabet porte vers vous ses pas.,..

Je sors , et vais me joindre à la troupe fidcllc Qu’attire de ce jour la pompe solemnelle.

( Il sort. )

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