‹ Esther, tragedie, tiree de l'Ecriture SainteChapitre 53 sur 93 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

JOSABET, JOAD.

Î.ES tems sont accomplis , Princesse; il faut parler. Et votre heureux larcin ne se peut plus céler.

Des ennemis de Dieu la coupable insolence,

Abusant contre lui de ce profond silence,

JO

Accuse trop long-tems ses promesses d’erreur* Que dis-je ' le succès animant leur fureur ,

Jusques sur notre Autel votre injuste marâtre Veut offrir à Baal un encens idolâtre!

Niontrons ce jeune Roi que vos mains ont sauvé*. Sous l’aile du Seigneur dans le Temple élevé.

De nos Princes Hébreux il aura le courage.

Et déjà son esprit a devancé son âge.

Avant que son destin s’explique par ma voix.

Je vais l’offrir au Dieu par qui régnent les Rois* Aussi- tôt assemblant nos Lévites, nos Prêtres,

Je leur déclarerai l’héritier de >enrs maîtres.

Sait-il déjà son nom et son noble destin?

Il ne répond encor qu’au nom d’Eliacin ,

Et se croit quelque enfant rejetté par sa mcrc,

A qui j’ai par pitié daigné servir de perc.

Hélas ! de quel péril je l’avois su tirer!

Dans quel péril encore il est près de rentrer!

Quoi ! déjà votre foi s’affoibüt et s’étonne?

A vos sages conseils , Seigneur , je m’abandonne* Du jour que l’arrachai cet enfant à la mort,

Je remis en vos mains tout le soin de son sort. Meme , de mon amour craignant la violence , Autant que je le puis , j’évite sa présence.

De peur qu’en le voyant quelque trouble indisert»,

TRAGÉDIE. Il

iTe Fasse avec mes pleurs échapper mon secret. Sur-tout, j’ai cru devoir aux larmes, aux prières. Consacrer ces trois jours et ces trois nuits entières. Cependant, aujourd’hui puis-je vous demander Quels amis vous avez prêts à vous seconder ?

Abner, le brave Abner viendra-t-il nous défendre? A-t-il prés de son Roi fait serment de se rendre?

Abner, quoiqu’on se pût assurer sur sa foi,

Ne sait pas même encor si nous avons un Itoi.

Mais à qui de Joas confiez-vous la garde?

Est-ce Obede , est-ce Amnon que cet honneur regarde De mon pere sur eux les bienfaits répandus ...

J O A D , l'interrompant.

A l’injuste Athalie ils se sont tous vendus.

Qui donc opposez-vous contre ses Satellites?

Ne vous l’ai-je pas dit ? nos Prêtres , nos Lévites,

Je sais que, près de vous en secret assemblé.

Par vos soins prévoyans leur nombre est redoublé.

Que , pleins d’amour pour vous, d’horreur pour Athalie, Uu serment solemnel par avance les lie A ce fils de David qu’on leur doit révéler;

Mais quelque noble ardeur dont ils puissent brûler. Peuvent-ils de leur Roi venger seuls la queielle?

Pour un si grand ouvrage est-ce assez de leur zelc ? Doutez-vous qu’Athalie , au premier bruit semé

Qu’un fils d’Okosias est ici renfernïé ,

De ses fiers étrangers assemblant les cohortes , K’environne le Temple et n’en brise les portes?

Suffira-t il contr’eux de vos Ministres saints.

Qui, levant au Seigneur leurs innocentes mains «

Ke savent que gémir , et prier pour nos crimes.

Et n’ont jamais versé que le sang des victimes?

Peut-être dans leurs bras Joas percé de coups-. •.

J O A D , l’interrompant.

Et comptez-vous pour rien Dieu qui combat pour nous?

Dieu qui de l’orphelin protège l’innocence.

Et fait dans la foiblcsse éclater sa puissance?

Dieu qui hait les tyrans , et qui dans lézraèl Jura d’exterminer Achab et Jésabel ?

Dieu qui frappant Joram , le mari de leur fille,

A jusques sur son fils poursuivi leur famille i Dieu dont le bras vengeur, pour un tems suspendu à Sur cette race impie est toujours étendu ?

Eh ! c’est sur tous ces Bois sa jusice sévère

Que je crains pour le fils de mon malheureux frere.

Qui sait si cet enfant , par leur crime entraîné ,

Avec eux , en naissant, ne fut pas condamné ^

Si Dieu, le séparant d’une odieuse race.

En faveur de David voudra lui faire grâce ?

Hélas ! l’état horrible où le Ciel me l’offrit Hevicnt à tout moment effrayèr mon esprit!

De Princes .égorgés la chambre étoit remplie, î’n poignard à la main , l’implacable Athalic carnage animoit scsbarbarcs soldats ,

' Et

tt poursiiîroît le cours de scs assassinats.

Joas, laissé pour mort , frappa soudain ma vue.

Je me figure encor sa nourrice éperdue ,

Qui devant les bourreaux s’étoit jettée en vain,

Et foible le tenoit renversé sur son sein.

Je le pris tout sanglant. En b.iignant son visage.

Mes pleurs du sentiment lui rendirent l’usage;

Et, soit frayeur encore ou pour me caresser.

De scs bras innocens je me sentis presser....

( part. )

Grand Dieu ! que mon amour ne lui soit point funeste! Du fidcle David c’est le précieux reste.

Kourri dans ta maison en l’amour de ta loi,

II ne connoît encor d’autre perc que toi.

Sur le point d’attaquer une Heine homicide,

A l’aspect du péril si ma foi s’intimide,

Si la chair et le sang, se troublant aujourd’hui.

Ont trop de part aux pleurs que je répands pour lui , Conserve l’héritier de tes saintes promesses.

Et ne punis que moi de toutes mes foiblcsscsî

Vos larmes, josabet, n’ont rien de criminel;

Mais Dieu veut qu’on espère en son soin paternel.

Il ne recherche point, aveugle en sa colcrc.

Sur le fils qui le craint , l’impiété du perc.

Tout ce qui reste encor de fidèles Hébreux

Lui viendront aujourd’hui renouveler leurs vœux.

Autant que de David la race est respectée,

Autant de Jésabcl la fille est détestée.

Joas ies touchera par sa noble pudeur

14 ATHALIEj

où semble de son rang reluire la splendeur t

Et Dieu , par sa voix même appuyant notre exemple >

r>c plus près à leur cœur parlera dans son Temple.

Deux infidèles Bois, tour-à-tour ^ l’ont bravé i 11 faut que sur le trône un Roi soit élevé Çui se souvienne un jour qu’au rang de ses ancêtres Dieu l’a fait remonter par la main de ses Prêtres ,

X’a tiré pat leur main de l’oubli du tombeau >

Et de David éteint rallumé le flambeau....

( A part. )

Grand Dieu ! si tu prévois qu’indigne de sa race Il doive de David abandonner la trace ,

Qu’il soit comme le fruit en naissant arraché ,

Ou qu’un souffle ennemi dans sa fleur a séché î AJais si ce même enfant, à tes ordres docile,

Doit être à tes desseins un instrument utile , ïais qu’au juste héritier le sceptre soit remis!

Livre en mes foibles mains scs puissans ennemis 1 Confonds dans ses conseils une Reine cruelle !

Daigne , daigne , n^pn Dieu ! sur Mathan et sur elle Répandre cet esprit d’imprudence et d’erreur ,

De la chute des Rois funeste avant-coureur !....

( A Josahet. )

L’heure me presse... Adieu... Des plus saintes famille^ Votre fils et sa sœur vous amènent les filles.-

( Il sort. )

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