‹ Esther, tragedie, tiree de l'Ecriture SainteChapitre 84 sur 93 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

ABNER, ÎOAD , JOSABET , ZACHARIE, SALO- MITH, ISMAEL, DEUX LÉVITES, LE CHŒUR.

J O A D , À Abner,

En croirai-je mes yeux.

Cher Abner? Quel chemin a pu jusqu’en ces lieux Vous conduire, au travers d’un camp qui nous assiège? Cn disoit que d’Achab la fille saciüége

84 ATHALIE

Avoit, pour assurer ses projets inhumains.

Chargé d’indignes fers vos généreuses mains i

Oui , Seigneur : elle a craint mon zele et mon courage | Mais c’est le moindre prix que me gardoit sa rage. Pans l’horreur d’un cachot par son ordre enfermé* J’attcndo'S que le Temple en cendres consumé *

De tant de flots de sang non encore assouvie ,

Elle vînt m’affranchir d’une importune vie ,

Et retrancher des jours qu’auroit dû mille fols Terminer la douleur de survivre à mes Roisl

Par quel miracle a t-on obtenu votre grâce ?

Dieu dans ce coeur cruel sait seul ce qui se passe.

Elle m’a fait venir , et d’un air égaré ;

« Tu vois de mes soldats tout ce Temple entouré •

» Dit elle. Un feu vengeur va le réduire en cendre *

» Et ton f)ieu contre moi ne le sauroit défendre.

» Scs l’rêtres , toutefois , mais il faut sc hâter, y> A deux conditions peuvent se racheter.

» Qu’avec Éliacin on mette en ma puissance » Un trésor , dont je sais qu’ils ont ia connoissance.

Par votre Roi David autrefois amassé ,

» Sous le sceau du secret au Grand-Prêtre laissé.

» Va ; dis-leur qu’à ce prix je leur permets de vivre.

Quel conseil . cher Abncr , croyez^vous qu’on doif suivre ^

AliNER.

Et tout l’or de navid , s’il est vrai qu’en effet Vous gardiez de David quelque trésor secret ,

Et tout ce que des mains de cette Reine avare Vous avez pu sauver et de riche et de rare, Donnez^le. Voulez-vous que d’impurs assassins Viennent briser l’Autel , brûler les Chérubins •,

Et y portant sur notre Arche une main téméraire »

De votre propre sang souiller le sanctuaire ÿ

Mais , siéroit-il , Abncr , à des cœurs généreux De livrer au supplice un enfant malheureux ,

Un enfant, que Dieu m6me à ma garde confie.

Et de nous racheter aux dépens de sa vie i

Hélas 1 Dieu voit mon cœur !... Plût à ce Dieu puissant Qu’Athalic oubliât un enfant innocent.

Et que du sang d’Abuer sa cruauté contente ,

Crût calmer par ma mort le Ciel qui la tourmente !

Mais que peuvent pour lui vos inutiles soins ?

Quand vous périrez tous , en périra-t-il moins?

Dieu vous ordonne-t-il de tenter l’impossible î Four obéir aux loix d’un tyran inflexible ,

Moïse , par sa mere au Nil abandonné ,

Se vit , pi esqu’en naissant , à périr condamné :

Mais Dieu , le conservant contre toute espérance t Fit par le Tyran même élever sou enfance.

Qui saie cc qu’il réserve à votre Éliacin ;

Et si , lui préparant un semblable destin ,

Il n’a point de pitié déjà rendu capable

De nos malheureux Rois rhomicide implacable ?

Du moins, et Josabet, comme moi, l’a pu voir," ^ Tantôt à son aspect je l’ai vu s’émouvoir.

3’ai vu de son courroux tomber la violence..*.

{Jl Josabet. )

Princesse , en ce péril vous gardez le silence ?

Eh! quoi, pour un enfant qui vous est étranger, SoufFiez-vous que sans fruit Joad laisse égorger Vous, son fils , tout ce peuple , et que le feu dévore 1.C seul lieu sur la terre où Dieu veut qu’on l’adore i Que feriez-vous de plus si des Rois vos ayeux Ce jeune enfant étoit un reste précieux i

Josabet, las , à Joad.

Four le sang de scs Rois vous voyez sa tendresse* Que ne lui parlez-vous ?

Joad.

Il n’est pas tems , Princesse.

Le tems esc cher , Seigneur, plus que vous ne pensez. Tandis qu’à me répondre ici vous balancez,

Mathan , près d’Athalie étincelant de rage ,

Demande le signal et presse le carnage *,

Paut-il que je me jette à vos sacrés genoux?

Au nom du lieu si saint qui n’est ouvert qu’à vous , Lieu terrible, où de Dieu la majesté repose.

Quelque dure que soit la loi qu’on vous impose ,

De ce coup imprévu songeons à nous parer !

Donnez-moi seulement le tems de respirer.

Demain , dès cette nuit , je prendrai des mesures

Pour assurer le Temple et venger ses injures....

Mais je vois que mes pleurs et que mes vains discours Pour vous persuader sont un foiblc secours i Votre austere vertu n'en peut être frappée ;

£h ! bien, trouvez-moi donc quelque arme, quelque épée ,

Et qu’aux portes du Temple, où l’ennemi m’attend, Abncr puisse, du moins, mourir en combattant!

Je me rends. Vous m’ouvrez un avis que j’embrasse.

De tant de maux , .\bncr , détournons la menace.

Il est vrai , de David un trésor est resté.

La garde en fut commise à ma fidélité.

C’étoit des tristes Juifs l’espérance derniere.

Que mes soins vigilans cachoient à la lumière;

Mais piiisqu’à votre Reine il faut le découvrir.

Je vais la contenter ; nos portes vont s’ouvrir.

De ses plus braves Chefs qu’elle entre accompagnée... Mais de nos saints Autels qu’elle tienne é'oignée D’un ramas d’étrangers l’indiscrete fureur.

Du pillage du Temple épaignez-moi l’horreur.

Des Prêtres, des enfans lui feroicnt-ils quelque ombre? De sa suite , avec vous , qu’elle réglé le nombre ;

Et quant à cet enfant si craint , si redouté ,

De votre coeur , Abncr , je connois l’équité , le vous veux , devant elle , expliquer sa naissance. Vous verrez s’il le faut remettre en sa puissance ;

Et je vous ferai Juge entre Athalie et lui.

H ij

Ah ! je le prends déjà , Seigneur , sous mon appui J Ke craignez rien.... Je cours vers celle qui m’envoie.

( Il sort. )

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