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A LA RECHERCHE DU BEAU

Pour Ca^in.

La beauté, en art, ne réside pas essentiellement dans une certaine pureté de lignes qui répond à des canons consacrés.

Elle existe, lorsque, dans une œuvre, le génie de l'artiste a su accorder la haute envolée de l'inspiration avec une intense expression de la vie.

L'idéal de l'artiste doit être tout à fois couleur, forme, son ; il faut qu'il y ait chez lui réel et irréel, mélodie et symphonie.

Une peinture se raconte avec de la musique, une sonate avec de la couleur; on peut entendre chanter des voix devant une œuvre de sculpture et, à l'audition d'une page d'orchestre, on voit quelquefois se lever dans le rêve toute une ville, aux architectures magnifiques.

Celui qui n'a pas cette conception de l'idéal et qui partage son âme en tiroirs, cet homme d'ordre n'est qu'un automate.

L'œuvre géniale est celle qui nous arrête et nous émeut spontanément, au point que les mots, qui nous

viennent aux lèvres, ne traduiront jamais complètement la sensation vivement ressentie en face d'elle.

Le talent dépensé, l'originalité mise au service de la cause sacrée de l'esthétique, la conquête lentement opérée de l'idéal, nous obligent, par un devoir de justice, à ne pas nous borner aux considérations d'ensemble, et à remarquer l'effort individuel, dans cette marche laborieusement poussée vers la perfection, et cela par des routes souvent si opposées. C'est peutêtre, au contraire, parce que certains n'ont vu, dans le colossal travail de l'art, que les artistes agissant séparément, sans opérer des groupements nécessaires d'analyse, que l'on a pu, un temps, parler de désordre et de décadence.

Dans son œuvre, l'artiste ne doit mettre qu'une idée, celle qui relève essentiellement de son expression d'art.

C'est à nous, public, qu'il appartient, en l'examinant, d'y mettre des idées.

Je crois que tout individu essentiellement né pour l'art devient artiste, en dépit de toutes les difficultés, de toutes les embûches de l'existence, et cela sans que l'école puisse le former à autre chose qu'à la grammaire, et un peu à la syntaxe manuelle de son art.

Il n'en va pas de même du goût à percevoir utile-

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ment des sensations esthétiques ; ce goût a besoin, chez ceux qui ne seront jamais des créateurs, d'être développé, encouragé ; il faut que, de force, il pénètre partout et à tout moment ; qu'il soit un aide constant et souriant à la parure matérielle de la vie, afin de devenir l'agent le plus puissant et de la beauté morale et de l'harmonie sociale.

L'uniformité de perfection devient la banalité dans la perfection. Les artistes sûrs de leur manière ne se donnent plus la peine de chercher ; ils ont une facilité du bien-faire qui leur suffit ; ils savent qu'avec elle ils plairont à une majorité complaisante, et ils s'en contentent.

Il ne faut pas qu'il en soit ainsi. A côté de la foule, il y a une élite; c'est pour cette élite qu'ils doivent aspirer à quelque chose de mieux, parce que cette élite aidera la foule à les comprendre et les forcera eux-mêmes à grandir.

Le nu n'est indécent que selon le degré de moralité de celui qui le regarde. C'est le geste seul, c'està-dire la manifestation active, qui peut choquer la pudeur. Et encore ! Ce sont les regards cyniques qui en ont la compréhension la plus outrée.

Un artiste peint une académie de femme d'après le modèle vivant, et il se tient aussi près que possible

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de la nature : on crie au scandale, on demande des écrans, on veut le voile discret d'une écharpe.

Le même artiste peint une académie d'homme, sans feuille de vigne. Des jeunes filles passent devant et ne rougissent même pas. Est-ce donc pour les seuls hommes que la tradition exige de ridicules mutilations ?

Concevoir et exécuter sont deux formes d'activité différentes : si l'on est à même de les posséder toutes deux, c'est parfait ; mais le grand problème de la division du travail est là, avec sa solution terrible, pour nous prouver que, dans la plupart des industries, ce n'est pas celui qui conçoit qui exécute. Et pourtant il vaudrait mieux, j'en conviens, dans les industries qui sont directement tributaires de l'art décoratif, que la division du travail ne fût pas la loi habituelle de production. Certes, je suis d'avis qu'un artiste ne pourra utilement dessiner pour une industrie déterminée que lorsqu'il se sera familiarisé avec les ressources de cette industrie, que lorsqu'il aura, pour parler un langage un peu vulgaire, mis la main à la pâte.

Certes, s'il se trouvait un artiste doué d'un cerveau assez puissant, assez heureux, pour enfermer dans une conception le maximum de pensée interprété avec le maximum d'art, cet artiste-là serait un homme de génie, et il n'y aurait qu'à s'incliner ; malheureusement, dans les concours qui se sont ouverts depuis

un quart de siècle — et l'on sait s'ils furent nombreux ! — cet oiseau rare ne s'est pas encore révélé ; je ne voudrais décourager personne, mais il y a des constatations qu'il est permis de faire, parce qu'elles sont du ressort étroit de la vérité.

Ce qui prouve que tout, dans les arts plastiques, doit se ramener à une harmonie, c'est que le langage, pour parler de peinture, emprunte à la musique ses termes de comparaison.

Par contre, on se plaît à juger la musique avec le vocabulaire spécial de la couleur.

Il y a des peintres à qui l'amour immodéré de l'allégorie fait commettre de véritables contre-sens.

Ceux-là, pour figurer l'âme, qu'ils croient immortelle, n'hésitent pas à la représenter sous les traits d'une jeune fille.

Or, la jeune fille est un corps, et le corps n'est que poussière : Mémento quia piilvis es et in pulverem reverteris !

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