NOTULES SUR DES MAITRES
Pour Georges Petit.
Certes, Venise, telle que Ziem la veut voir, n'est pas la Venise que certains artistes nous montrent aujourd'hui, avec des ciels gris et de la pluie, et des côtés de modernité qui battent en brèche d'anciennes légendes. J'ai rencontré un jour un peintre qui revenait de Venise ; il maugréait obstinément contre ceux qui l'avaient décidé à ce voyage ; il déclarait mensongère la célébrité de la ville des Doges. On lui avait parlé de ciel idéal et de rues où on n'allait qu'en gondole, et il s'était heurté là-bas à un terre à terre des plus accentués, tandis que ses souliers se meurtrissaient aux pavés, alors même que les ondées n'avaient pas cessé de noyer le soleil annoncé ; et, de fait, le pauvre n'avait rapporté de là-bas que des études tristes comme un vendredi saint. Il jurait que c'était là la vérité, que ses panneaux étaient exacts comme des procès-verbaux, et il paraissait douloureux : tant de déception était comique.
Ziem, lui, est demeuré dans la vérité : il n'a pas fait de procès-verbal ; il est arrivé à Venise en 1841, à Venise toute palpitante encore de son passé, à Venise qui n'avait pas encore dispersé aux quatre coins de l'Europe, pour satisfaire aux appétits des collectionneurs, ses draperies et ses reliques. Et c'est cette Venise-là, la Venise encore légendaire, qu'il
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s'est plu à voir toujours, à travers même la ville modernisée.