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L'EXIL DE LA POÉSIE

Nos politiciens modernes, d'ordinaire si peu platoniques, s'accordent cependant avec Platon sur un point : l'horreur de la poésie. Lamartine n'a été subi qu'avec défiance et dédain. Hugo ne s'est imposé qu'après cinquante ans de lutte et de gloire ; et encore, les meneurs ne lui ont-ils pas, jusqu'au bout, préféré Childebrand ?

A l'Exposition de 1889, tout était représenté somptueusement. Les produits de tous les ateliers du globe resplendissaient sous les gigantesques coupoles. A droite, à gauche, résonnaient les instruments, retentissaient les machines. La Terpsychore javanaise dansait la danse des mains, et la Terpsychore africaine la danse du ventre. Le pastel et l'aquarelle

étaient iuxiicuscnicnt installés ; la presse avait son pavillon ; la couleur à l'huile, son palais. L'Amérique érigeait une Venus en chocolat. Les Aïssaouas mangeaient des scorpions. Tout ce que la barbarie et la civilisation ont inventé la démocratie française l'exhibait complaisamment aux yeux de Paris et du monde ; et notre République faisait dévotement défiler ses visiteurs déviant le chapeau lamentable que Napoléon i^^ portait à Waterloo. C'était complet. Il n'y avait qu'une absente : la Poésie. On Tavait mise à la porte.

Sous le dôme central, à la place d'honneur, parmi les rayons d'or et les représentations allégoriques, on voyait briller en grosses lettres ces noms :

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