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Virgile, Enéide, I, 62, 63. —2. Voyez plus haut, p

3. Daub la SouveUe Tlialie il y a le cuuipaïalif u plus immédiatement. »

l'effet est plus sensible encore, lorsqu'on regarde le ciel la tête renversée en arrière, ce qui en fait également une profondeur, et comme c'est le seul objet qui frappe alors les yeux, l'imagination est irrésistiblement sollicitée à vouloir l'embrasser dans tout son ensemble : c'est-à-dire que les hauteurs et les profondeurs produisent sur nous un effet plus fort que les longueurs, parla raison que l'évaluation de leur grandeur n'est affaiblie par aucune comparaison. Une longueur a toujours, ne fût-ce que dans l'horizon, une mesure où l'on peut la rapporter, et qui lui fait tort ; car, si étendue que soit une longueur, le ciel aura toujours pour le moins autant d'étendue. Sans doute la montagne la plus haute est toujours petite par rapport à la hauteur du ciel ; mais c'est l'entendement seul et non pas l'œil qui nous l'apprend; et ce n'est pas le ciel qui par sa hauteur rapetisse les montagnes , mais bien les montagnes qui par leur grandeur nous montrent la hauteur du ciel.

Ce n'est donc pas seulement une image très-juste par rapport à V optique, mais encore une idée très-vraie comme symbole, qui a fait dire aux anciens qu'Atlas soutenait le ciel. De même en effet que le ciel semble reposer sur l'Atlas, de même l'idée que nous nous faisons de la hauteur du ciel repose sur la hauteur de l'Atlas. Ainsi, la montagne, au sens figuré, porte effectivement le ciel, puisqu'elle le soutient en quelque sorte et le rehausse pour nos sens. Otez la montagne, et le ciel tomberait, en ce sens que pour nos yeux au moins le ciel serait abaissé , et perdrait de sa hauteur ^

1. Ici encore \d, Nouvelle T/mhe promettait une suite, que Schiller n'a point donnée.

Voici le morceau dont il est parlé dans la note 1 de la page 167 et qui a été supprimé dans les Opuscules en prose et dans les OEuvres complètes.

L'imagination , en tant que spontanéité de l'âme, accomplit^ dans la représentation des grandeurs , une double opération. D'abord elle saisit avec une conscience empirique, qui est Vappréhension^ chaque partie du quantum donné. Ensuite, avec la pure conscience d'elle-même, elle embrasse et réunit les parties successivement saisies, et dans cette dernière opération, qui est la compréhension , elle agit tout à fait comme entendement pur. En effet , à chaque partie du quantum s'unit l'idée de mon moi ( conscience empirique ) ; et en réfléchissant sur ces synthèses successivement établies je reconnais l'identité de mon moi dans toute leur succession (pure conscience de soi-même) : c'est par là seulement que le quantum devient un objet pour moi. Je réunis A à B , et B à G , et ainsi de suite , et considérant, comme spectateur en quelque sorte , mon opération, je me dis : « Aussi bien à l'égard d'A que de B et de G , c'est moi qui suis le sujet agissant. »

L'appréhension se fait successivement, et je saisis les idées de parties l'une après l'autre. Or, comme à chaque moment de ternies succède un autre moment, et sans interruption jusqu'à l'infini, je n'ai pas à craindre, en procédant de la sorte, de ne pas mener à fin même le quantum le plus nombreux. Qu'on me donne simplement du temps, et aucun nombre ne sera pour moi inaccessible dans l'appréhension. La compréhension, au contraire, a lieu simultanément ^ et, par l'idée de l'identité de mon moi dans toutes les synthèses précédentes, je supprime la condition de temps sous laquelle elles avaient été opérées. Toutes ces idées de mon moi, empiriques et diverses, se perdent dans la seule pure conscience de moi-même : le sujet qui a agi à l'occasion d'A, de B, de G, etc., c'est moi, c'est ma personne constamment identique.

Pour cette seconde opération , je veux dire pour la réduction

des diverses aperceptions empiriques à la pure conscience de moi, le nombre des parties qui se réduisent ainsi en la pure conscience de moi-même n'est nullement chose indifférente. L'expérience au moins nous apprend que l'imagination a ici une limite, si difficile qu'il puisse être de trouver sur quel fondement nécessaire cette limite repose. Cette limite peut varier dans les divers sujets, et peut-être se reculer par l'exercice et l'application; mais jamais elle ne sera supprimée. Si la faculté de réflexion franchit cette limite et veut réunir des idées placées au delà, en une seule et même conscience personnelle, elle perd en clarté tout ce qu'elle gagne en extension. Entre l'étendue de l'ensemble d'une représentation et la netteté de ses parties il y a un rapport déterminé, qu'il sera toujours irmpossible de dépasser : de là vient, quand notre imagination veut embrasser un grand quantum , que nous perdons en arrière ce que nous gagnons en avant , et qu'au moment où nous atteignons le but nous nous apercevons que le commencement a disparu.

Le maximum de la faculté compréhensive de l'homme serait donc ce nombre d'idées qui est compatible avec la parfaite netteté des diverses parties. Ce maximum peut être franchi, et même très-notablement, par l'imagination, mais c'est toujours aux dépens de la netteté, et au préjudice de l'entendement, qui est forcé de s'y renfermer rigoureusement. Ce nombre ne peut guère être moins de trois, parce que l'acte originel de l'opposition, sur lequel après tout repose toute pensée déterminée, rend ce nombre de trois nécessaire. Peut-il être franchi? c'est ce dont il est permis de douter : au moins l'expérience ne nous fournit-elle rien qui le puisse prouver. Le nombre trois pourrait donc être appelé à bon droit le nombre sacré , parce que ce serait lui qui déterminerait tout le champ de notre pensée.

Eh bien , c'est sur cette mesure logique que se règle aussi la mesure esthétique , quant à l'appréciation des grandeurs : seulement on ne la peut renfermer dans des bornes tout à fait aussi étroites. Il est certain que nous pouvons tout au moins voir à la fois et distinguer plus de trois unités , quoique nous admettions que la netteté diminue de plus en plus à mesure que nous étendons la compréhension. Mais comme, dans l'ap-

préciation des grandeurs , toutes les parties sont considérées comme homogènes, le besoin de netteté devient déjà par cela même un peu moins rigoureux. Nous pourrons peut-être d'un seul regard voir à la fois vingt personnes , mais il nous sera difficile , dans ce nombre , d'en reconnaître plus de trois en un seul moment. En général, nous devons ici nous garder de prendre pour simultané ce qui est simplement une prompte succession. La rapidité avec laquelle l'entendement fait neuf de trois fois trois ne nous permet pas de distinguer si ces neu unités flottent devant notre âme à la fois, ou dans une suite de trois moments. Nous nous figurons souvent saisir d'une manière sensible ce que nous ne faisons que concevoir intellectuellement. Mais il n'y a qu'à essayer si ce que nous embrassons d'un coup d'œil à l'aide d'un ordre commode, produit le même effet dans l'état de désordre. La classification et l'ordre ne peuvent seconder que l'entendement , mais non l'imagination : par conséquent ce que nous embrassons aisément à cette condition , nous ne l'avons pas contemplé tout d'une fois , mais seulement compté ou mesuré.

Ce maximum de compréhension, déterminé par les besoins de notre sujet, est ce qui nous guide , comme mesure dernière, dans toute évaluation de grandeurs , même dans l'évaluation mathématique. Comme toute grandeur ne peut se déterminer que comparativement, l'entendement, sans une telle mesure extrême, manquerait de ce point fixe auquel il faut nécessairement qu'à la fin il s'arrête pour pouvoir déterminer une grandeur quelconque. x\insi , c'est d'après cette mesure subjective qu'est évalué tout quantum dans la nature, et l'identité de celte mesure dans tous les hommes est la seule cause pour laquelle il peut y avoir accord entre les jugements des hommes sur la grandeur. Si cette mesure était agrandie, tous les objets, au moins esthétiquement, entreraient par rapport à nous dans une autre relation de grandeur; des calculs qui maintenant ne se font que par une opération discursive, d'après des idées, seraient l'affaire d'un coup d'œil , et des objets qui maintenant nous émeuvent comme sublimes, perdraient toute leur magie et se confondraient dans la classe des c^ioses ordinaires.

Qu'on admette un moment que ce maximum de la compréhension sensible soit dix. L'imagination pourrait en ce cas embrasser dix unités dans une sans que dans ce tout il en manquât une seule. Or, dans une grandeur donnée, sont comprises mille unités de ce genre , et il faut que le mille entier soit admis dans la conscience. Saisir le quantum, c'est-àdire admettre dans la conscience chacune de ces mille unités, cela ne présente absolument aucune difficulté , parce qu'il n'y faut que du temps ; mais l'embrasser , c'est-à-dire reconnaître comme identique la conscience dispersée dans ces mille unités perçues, comprendre mille aperceptions diverses dans une seule : voilà le problème difficile qui est à résoudre. Or , il n'y a pour cela d'autre expédient que celui de réduire ces mille unités à dix , parce que dix est le nombre le plus haut que, dans notre hypothèse , l'imagination puisse embrasser.

Mais comment mille unités peuvent-elles être représentées par dix? seulement par des idées, qui sont les représentants uniques et constants des phénomènes. L'imagination renonce donc à son opération intuitive , et l'entendement commence son opération discursive (proprement ici symbolique ). Il faut que le nombre nous vienne en aide , l'intuition n'y suffisant plus , et que la pensée se soumette ce que le regard ne peut plus dominer.

De ces dix unités , qui sont le maximum de la compréhension sensible, l'entendement forme une nouvelle unité logique, l'idée de nombre 10. Or, nous admettons que l'imagination peut embrasser ensemble dix unités; cette idée de nombre 10, pensée comme unité, peut donc, prise dix fois, se fondre en une intuition unique de l'imagination. Il est vrai que ces unités logiques, formées par l'entendement, sont admises dans cette seconde compréhension , non comme quantités multiples , mais comme unités, et que les unités que chacune d'elles renferme ne sont plus considérées isolément. L'idée seule compte, en tant que représentant , et ce qu'elle représente s'obscurcit ou s'évanouit. Maintenant, ces dix unités logiques, l'entendement les réunit encore en une nouvelle unité, le nombre 100, qui, dix fois répété , peut à son tour être représenté d'ensemble par l'imagination et produit le nombre 1000, qui achève la mesure

SCHILLER. — ESTHÉT. ' 12

du quantum donné. Dans ce troisième acte de compréhension, ces unités primitives s'effacent nécessairement bien plus encore, parce que leurs représentants immédiats, les idées de nombre 10, ont été eux-mêmes représentés par d'autres, et s'évanouissent aussi dans l'obscurité.

Dans toute cette opération, l'imagination n'a nullement étendu la mesure de sa compréhension, et c'est toujours le même quantum de dix unités qui dans un seul et même instant s'est offert à elle. Mais en échangeant, dans trois opérations successives , ces unités sensibles contre des unités logiques , et continuant toujours de ranger celles-ci sous d'autres unités logiques plus hautes , l'entendement a soumis à l'imagination tout le quantum de ces mille premières , et lui a caché de la sorte sa pauvreté esthétique sous une richesse logique.

Toutefois , pour savoir qu'on ne compte pas dix , mais mille , et que chacune des dix dernières unités en comprend cent autres , il faut que l'esprit se souvienne rapidement des synthèses antérieures par lesquelles il a produit ces unités. Au moins une obscure intuition du contenu de ces idées de nombre accompagne nécessairement la synthèse progressive , comme chacun peut le remarquer en soi, pour peu qu'on s'observe soi-même en comptant. Seulement il est immanquable que plus les idées de nombre croissent, plus le procédé de Tesprit devienne logique et que l'intuition s'affaiblisse à proportion , et de là vient que les plus hautes idées de nombre nous disent à la fin moins que celles des nombres inférieurs, parce qu'au moins nous associons encore à celles-ci quelque chose de concret. Pour être frappé de l'idée d'un million de pièces d'or, il faut au moins se rappeler obscurément quelle grande quantité est déjà contenue dans le nombre mille, et combien une seule pièce d'or renferme déjà de pièces de monnaie.

Qu'un régiment de deux mille hommes se tienne devant nous en longue ligne, sur trois lionnnes de profondeur : nous nous ferons bien vite une idée de sa grandeur. Je veux supposer, pour faciliter la vue de l'ensemble, que tout y est rangé par décades. Une petite section a sera donc maniuée après chaque dizaine ; une plus grande aa après chaciue centaine ; et je veux

que notre regard puisse s'étendre sur toute la longueur du front. Nous embrasserons , d'après notre hypothèse, d'un coup d'œil simultané la première section jusqu'à a, et nous pourrons encore y distinguer les hommes un à un. Or, cette section est en même temps, pour l'entendement qui réfléchit, une unité, et par conséquent, après que le regard a glissé tout le long de dix sections semblables, et que l'imagination a dix fois successivement accompli son œuvre de compréhension, alors l'entendement essaye encore de se représenter par la pensée l'identité de la conscience dans ces dix compréhensions, c'està-dire de faire de ces dix unités logiques une nouvelle unité. Il y réussit en effet, mais aux dépens de la première intuition , qui cache ses dix parties à proportion qu'elle se change elle-même en une partie d'un autre tout. A mesure que les compréhensions successives sont faites simultanées par l'entendement qui réfléchit, les intuitions simultanées de l'imagfnation perdent leur netteté, et elles ne flottent plus que comme des masses devant l'âme. Si cette synthèse est élevée à un degré encore plus haut, et si des unités produites il s'en forme de nouvelles, le particulier s'évanouit entièrement, et tout le front de l'armée se confond en une longueur continue où l'on ne peut plus distinguer une section, bien loin d'y noter une tête isolée. Il résulte donc de là que la netteté de rintuition demeure restreinte à un nombre déterminé, que, malgré tout le progrès discursif de l'entendement, l'imagination n'étend jamais (en ce qui concerne la simultanéité de l'intuition) sa richesse réelle , et que , si même le calcul s'élève à des millions , il y domine toujours un nombre déterminé dans lequel les autres se perdent en quelque sorte et disparaissent. En conséquence, si l'on veut avoir une impression esthétique d'un grand quantum, il faut chercher à rétablir, en les dégageant de l'idée qui les représente, les unités originelles , ce qui aura lieu , dans le cas donné par exemple , si l'on cherche à garder dans les yeux l'image de la première section, tandis qu'on parcourt du regard tout le front.

Mais c'est précisément ici , pendant que l'imagination essaye de rétablir, en la dégageant de la représentation logique faite par des idées de nombre , la représentation sensible , et de

comprendre ainsi dans une seule intuition la longueur avec la largeur, la simultanéité avec la succession, c'est ici, dis-je, que les bornes de cette faculté, mais en même temps la force d'une autre, frappent les yeux, et par cette dernière découverte, la première, celle de cette limite, est plus que compensée.

La raison tend, d'après ses lois nécessaires , à l'absolue totalité de l'intuition, et, sans se laisser rebuter par ces bornes que l'imagination ne peut franchir, elle exige d'elle qu'elle embrasse complètement en une représentation simultanée toutes les parties du quantum donné. L'imagination est ainsi contrainte de pousser à ses dernières limites sa faculté compréhensive ; mais, comme elle ne peut pourtant mener à fin sa tâche, comme elle ne peut, malgré tous ses efforts, agrandir sa sphère, elle retombe épuisée sur elle-même, et l'homme, en tant qu'être sensible, voit avec inquiétude la barrière qui l'arrête.

Mais est-ce une force extérieure qui lui fait faire l'expérience de cette barrière? Est-ce la faute de l'Océan immense ou du ciel infini semé d'étoiles , si je m'aperçois de mon impuissance à représenter leur grandeur? D'où sais-je que la représentation de ces grandeurs excède mes facultés , et que je ne puis me procurer la totalité de leur image? Est-ce peut-être de ces objets mêmes que j'apprends qu'ils doivent former une vue d'ensemble ? Mais je ne le pourrais savoir que par l'image que je me ferais de ces objets, et notre supposition est que je ne puis me les représenter comme un tout. Ainsi , ils ne me sont pas donnés comme un tout, et c'est moi-même qui d'abord y introduis l'idée de la totalité. J'ai donc déjà cette idée en moi, et c'est à moi-même, à ma puissance en tant qu'être pensant, que je succombe en tant que j'exerce en moi la faculté de représentation. J'éprouve, il est vrai, en considérant ces grands objets, ma faiblesse, mais je l'éprouve par l'effet de ma force. Je ne suis pas vaincu par la nature , je suis vaincu par moimême.

Quand je veux embrasser à la fois toutes les parties diverses d'un quantum perçu, quel est proprement mon dessein? Je veux, dans toutes ces représentations partielles, reconnaître l'identité de la conscience que j'ai de moi-même; c'est moi que

je veux trouver dans toutes. Je veux me dire à moi-même : « Toutes ces parties ont été représentées par moi , par ce sujet toujours identique. » II faut se bien souvenir que la raison n'exige jamais que la compréhension d'ensemble de ces parties qui ont été déjà saisies et qui, par conséquent, sont représentées dans la conscience empirique ; car une grandeur ne commence à me toucher qu'après que mon imagination l'a parcourue et que, par conséquent, j'en ai saisi les parties, sans pouvoir les embrasser.

Ainsi ce que je veux , c'est résoudre en un seul tout les images que je me suis représentées, et c'est ce que je ne puis faire, et il m'est pénible de sentir que je ne le puis. Mais pour sentir que je ne puis répondre à une certaine exigence de ma raison, il faut que je me représente en même temps et cette exigence et mon impuissance. Or cette exigence, la voici : somme totale des parties dans la compréhension , ou unité de mon moi dans une certaine série de modifications de ce moi. Il faut donc que je me représente que je ne puis amener à l'état de représentation nette l'unité de mon moi dans toutes ces modifications; mais, par cela même, je me représente cette unité. Car enfin j'ai la pensée de la totalité de la série, par cela seul que je la veux avoir : je ne puis rien vouloir que ce dont j'ai déjà une idée. Cet ensemble que je veux représenter, je le porte déjà en moi , précisément parce que je cherche à le représenter. La grandeur est donc en moi, et non hors de moi. C'est mon propre sujet , éternellement identique , qui persiste dans tout changement et se retrouve lui-même dans toute métamorphose. Ainsi donc cette proposition : « Je puis continuer à l'infini l'aperception , » équivaut à celle-ci : « Ma conscience est identique dans les modifications infinies de ma conscience, l'infini tout entier est dans l'unité de mon moi. »

Cette résolution en un seul tout peut encore s'exprimer par une autre formule. Dans toutes les représentations d'objets, par suite aussi dans celle de la grandeur, l'âme n'est jamais uniquement ce qui est déterminé , mais aussi ce qui détermine. Sans doute, c'est l'objet qui me modifie , mais c'est moi, le sujet qui se le représente, c'est moi qui fais de l'objet un objet, et qui, par conséquent, par mon produit me modifie moi-même.

182 RÉFLEXIONS DÉTxVGHÉES, ETC.

Mais il faut que dans toutes ces modifications il y ait quelque chose qui ne se modifie pas, et ce principe éternellement immuable , c'est précisément le moi pur et identique , le fondement de la possibilité de tous les objets, en tant qu'ils sont représentés. Il s'ensuit que tout ce qu'il peut y avoir de grand dans les représentations est en nous , en nous qui produisons ces représentations. Quelque loi qui nous puisse être donnée pour nos pensées et nos actions , c'est par nous qu'elle nous est donnée; et lors même qu'il nous faut, êtres bornés que nous sommes en tant que natures sensibles, laisser cette loi inaccomplie , comme ici par exemple , théoriquement , la loi de la totalité dans la représentation des grandeurs ; ou bien encore quand nous la violons volontairement , en tant qu'êtres libres, comme par exemple, dans la pratique, la loi morale : c'est pourtant toujours nous-mêmes qui avons établi la loi. Ainsi donc, j'ai beau me perdre dans cette idée qui donne le vertige, dans la représentation de l'espace immense ou du temps infini; j'ai beau sentir mon propre néant à l'idée de la perfection infinie : c'estpourtant toujours 7noi, moi seul, qui donne à l'espace son étendue infinie , au temps son infinie durée ; c'est moi-même qui porte au dedans de moi l'idée de l'être infiniment saint , parce que c'est moi qui élève cette idée dans mon esprit , et la divinité que je me représente est ma création , tout autant qu'il est vrai que ma pensée est mienne.

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