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Ainsi \cpicd, lo pouce, la coudée, elc

2. La Nouvelle Thalie a ici une petite phrase de plus : a II faut donc ([uo toute la forme do cette opération cliangc. »

ment, je la rapporte à ma faculté de sentir. Dans le premier cas, c'est une expérience qui m'apprend quelque chose sur l'objet; dans l'autre cas, au contraire, je ne fais qu'une expérience sur moi-même à propos de la grandeur que je me représente comme celle de l'objet. Dans le premier cas, je considère quelque chose qui est hors de moi ; dans le second, quelque chose qui est en moi. Ici donc, à proprement parler, je ne mesure plus, je n'évalue plus aucune grandeur : c'est moi-même qui deviens momentanément pour moi une grandeur et même une grandeur infinie. L'objet qui me fait ainsi de mon propre moi une grandeur infinie, est ce qu'on appelle un objet sublime^.

Le sublime de grandeur n'est donc pas une propriété objective de la chose à laquelle on l'attribue ; ce n'est que Faction du sujet, de notre moi, à l'occasion de cette chose. Le sublime de grandeur tient d'une part à ce que nous avons l'idée de l'impuissance de l'imagination à embrasser complètement, par les moyens de représentation qui lui sont propres, l'idée de la grandeur telle que nous la propose la raison , c'est-à-dire comme une exigence; et de Vautre coté, à ce que nous avons l'idée du pouvoir qu'a la raison d'imposer cette exigence. C'est cette impuissance de l'imagination qui explique la force répulsive du grand et de l'infîni-sensible^ et c'est cette faculté de la Taison qui en explique la force attractive.

Mais bien que le sublime soit un phénomène qui se produit d'abord en nous, dans notre sujet, encore faut-il trouver dans les objets en eux-mêmes la raison pour laquelle ce sont précisément ces objets, et non d'autres, qui donnent lieu à ce phénomène. Et puisque d'ailleurs, dans notre jugement, nous plaçons l'attribut du sublime dans Vobjet même (indiquant ainsi que cette association pour nous n'est point une supposition arbitraire, mais que nous entendons par là établir une loi générale), il faut aussi qu'il y ait dans notre sujet une raison nécessaire pour laquelle une certaine classe d'objets produit précisément en nous cet effet et non aucun autre.

1. Ici Schiller a supprimé un long morceau qui se trouve dans la A^owreW* Thalie, et dont nous donnons la traduction à la fin de cet opuscule, p. 174.

2. C'est-à-dire l'infini tel que nous nous le figurons à l'aide de nos sens, de l'imagination, etc., par opposition à l'infini métaphysique ou mathématique,

Il s'ensuit que le sublime mathématique est subordonné à deux sortes de conditions nécessaires : conditions internes, conditions externes. Les conditions internes supposent un certain rapport déterminé entre la raison et l'imagination ; les conditions externes, un rapport déterminé entre l'objet que nous contemplons et l'unité de grandeur esthétique qui nous est propre.

Il faut que l'imagination aussi bien que la raison se manifeste avec un certain degré de force, pour que la grandeur nous puisse toucher. On exige de l'imagination qu'elle déploie toute sa faculté de compréhension pour représenter cette idée de l'absolu, à laquelle la raison ne cesse d'aspirer. Si l'imagination est inactive et languissante , ou si la tendance de notre esprit nous porte plutôt vers les idées de connaissance que du côté de rintuition , l'objet le plus sublime reste pour nous un simple objet logique, et ne sera même pas cité devant le tribunal esthétique. C'est pour cela que des hommes supérieurement doués du côté de l'esprit d'analyse , se montrent rarement très-sensibles à la grandeur esthétique. Ou bien leur imagination n'est pas assez vive pour essayer de se représenter l'absolu ; ou bien leur entendement est trop préoccupé de s'approprier l'objet et de le faire passer du domaine de l'intuition dans son propre domaine, celui des opérations discursives.

Sans une certaine force d'imagination, un objet quelque grand qu'il soit ne sera nullement esthétique; et, d'autre part, sans une certaine force de raison, un objet esthétique ne sera jamais sublime. La seule idée de l'absolu, pour être saisie, exige un déploiement plus qu'ordinaire de la faculté supérieure, de la raison pure, une certaine richesse d'idées, et une connaissance approfondie de l'homme dans ce qu'il a de plus noble et de plus intime. Celui dont la raison n'a encore reçu aucune culture ne saura jamais faire de la grandeur sensible un usage supra-scnsil)le. La raison ne prendra aucune pari à l'opération, et laissera tout faire à l'imagination seule ou à renlendement seul. iMais l'imagination par elle-même n'a garde d'entreprendre une synthèse qui lui donnerait trop de peine. Elle se contentera donc d'embrasser purement et simplement l'objet, et ne s'avisera point de vouloir généraliser ce qu'elle se sera représenté.

Ainsi s'explique la stupide insensibilité que garde le sauvage au sein de la nature la plus sublime, et au milieu des manifestations de l'infini, sans que ce spectacle le puisse tirer de son lourd et brutal sommeil : il n'entend , il ne soupçonne même point la grande àme de la nature qui, par la voix de l'immensité sensible, parle à tout ce qui a une âme.

Ce spectacle, que le sauvage grossier regarde fixement avec une insensibilité stupide , l'homme amolli , énervé ,- le fuit comme un objet d'horreur qui lui donne le sentiment, non de sa force, mais seulement de son impuissance., Son cœur trop étroit se sent péniblement tendu par les grandes images. Son imagination, à la vérité, est assez susceptible pour chercher à se représenter l'infini sensible; mais sa raison n'est pas assez indépendante pour mener à bonne fin cette entreprise. Il fait efî^ort pour gravir la hauteur; mais à moitié chemin il retombe n'en pouvant plus. Il lutte contre l'ange redoutable, mais avec des armes terrestres et non avec les armes d'en haut. Comme il a conscience de sa faiblesse, il aime mieux se dérober à un spectacle qui Thumilie et demander secours à la règle, la consolatrice de tous les faibles. Ne pouvant s'élever lui-même jusqu'à la grandeur de la nature, il faut bien qu'il fasse descendre la nature jusqu'à sa petitesse, jusqu'à son étroite compréhension. 11 faut qu'elle renonce à ses formes hardies et qu'elle revête en échange des formes artificielles qui lui sont étrangères , mais qui sont un besoin pour le sens énervé des pusillanimes. Il faut bien qu'elle courbe sa volonté sous leur joug de fer, et qu'elle se laisse emprisonner dans une symétrie géométrique. De là, par exemple, les jardins français d'autrefois, mode qui a fini par céder généralement au goût anglais, sans qu'on se soit pour cela sensiblement rap^ proche du goût véritable. La nature, en effet, se plaît aussi peu à la variété seule qu'à l'uniformité seule. Son caractère calme et posé comporte tout aussi peu ces transitions rapides et fantasques si fort à la mode aujourd'hui dans nos jardins, et qui la font sauter à chaque instant d'une décorafion à une autre. La nature, dans sa variété, ne dépouille point son harmonieuse unité ; elle dissimule son inépuisable richesse sous une modeste simplicité, et, lorsqu'elle s'abandonne le plus à sa libre

exubérance, nous la voyons respecter encore la loi de la continuité^.

La première condition objective du sublime mathématique, c'est que l'objet, pour que nous lui reconnaissions cet attribut, forme un tout et offre par conséquent de l'unité; la seconde, c'est que cet objet dépasse, et rende complètement inapplicable la plus grande mesure sensible qui nous serve d'habitude pour l'évaluation de toute sorte de grandeurs. A défaut de la première condition, l'imagination ne serait pas même sollicitée à faire effort pour se représenter l'objet dans tout son ensemble ; et sans la seconde, cette tentative de l'imagination ne pourrait pas échouer.

L'horizon dépasse toute grandeur qui puisse jamais s'offrir à notre vue; car toute autre grandeur, toute autre étendue y est nécessairement renfermée. Nous voyons néanmoins que souvent une seule montagne comprise dans notre horizon peut nous donner par sa hauteur une plus forte impression du sublime que ne fait l'horizon tout entier, bien qu'il renferme non-seulement cette montagne , mais encore mille autres grandeurs. Cela vient de ce que l'horizon ne nous apparaît pas comme un objet unique, et que par conséquent rien ne nous invite à l'embrasser dans un même tout, dans une seule intuition. Mais écartez de l'horizon tous les objets qui appellent particulièrement sur eux le regard; imaginez, par exemple, que vous êtes dans une vaste plaine non interrompue, ou en mer loin des côtes : l'horizon lui-même devient alors un objet , un objet unique, et le plus sublime qui puisse jamais se montrer aux yeux. La ligne circulaire de l'horizon contribue beaucoup à produire cet effet, cette figure étant par elle-même si facile à saisir, et l'imagination pouvant d'autant moins se refuser à essayer de la compléter.

Mais l'impression esthétique de la grandeur repose sur cette

1. L'.'irl (les jardins et la i)o6.sie dramatique ont eu k [icu yvba , dans les tennps rno(3crnes, la même destinée, et cola chez les mêmes peuples. Mùme tyrannie de la rijglc dans les jardins français et dans les trag^lies françaises; môme bigarrure, même irrégularité sauvage, chez les Anglais, dans leurs parcs, et dans leur Siiakcs[K'are ; et comme le goill allemand a toujours subi la loi des étrangers, nalundlcment il devait lloiter aussi, en fait de jardins et de théâtre, entre ces deux extrêmes. {Note do Schiller.)

condition, que l'imagination, malgré ses efforts pour se représenter la totalité de l'objet, sera impuissante à le saisir ; et pour cela, il faut nécessairement que la dernière mesure de grandeur qui puisse être distinctement aperçue, et embrassée à la fois par l'imagination , que cette mesure, dis-je , ajoutée à elle-même autant de fois que l'entendement peut concevoir et embrasser distinctement cette opération, soit encore trop petite pour l'objet. Or, la conséquence à tirer de là serait, à ce qu'il semble, que des objets de grandeur égale devraient nécessairement produire une impression également sublime , et un objet moindre une moindre impression du sublime : ce qui est démenti pourtant par l'expérience. Car, en fait, la partie nous paraît souvent plus sublime que le tout : une montagne , une tour, plus sublimes que le ciel vers lequel elles s'élèvent; un rocher, plus sublime que la mer dont les vagues le baignent tout autour. Mais il faut se rappeler ici la condition dont il a été parlé plus haut, à savoir que l'impression esthétique ne peut se produire que si l'imagination s'attache à embrasser la totalité de l'objet. Si elle recule devant cet effort en présence de l'objet qui est de beaucoup le plus grand, et qu'elle le fasse au contraire pour le plus petit, il pourra arriver qu'elle reçoive de celui-ci une impression esthétique , tandis que l'autre la laissera insensible. Mais qu'elle se représente cet objet comme une grandeur, elle le concevra en même temps comme une unité ; et alors il fera nécessairement sur elle une impression plus forte que l'autre, en raison de sa supériorité comme grandeur.

Toute grandeur qui tombe sous les sens est contenue , soit dans l'espace (grandeur étendue) , soit dans le temps (grandeur numérique). Or, bien que toute grandeur étendue soit en même temps grandeur numérique (puisqu'un objet étant donné dans l'espace, il faut nécessairement que nous le concevions aussi dans le tenips), néanmoins la grandeur numérique par ellemême n'est jamais sublime qu'autant que je puis la convertir en une grandeur étendue. Ainsi , l'éloignement où est la Terre par rapport à Sirius est assurément, dans le temps, un quantum immense et qui écrase mon imagination si je cherche à l'embrasser dans sa totahté; mais jamais il ne me viendra l'idée de chercher à me représenter ce quantum dans le temps : j 'appel-

lerai les nombres à mon aide, et c'est seulement, en faisant réflexion que la dernière grandeur étendue dont mon imagination puisse embrasser l'unité, qu'une montagne, par exemple, est une mesure beaucoup trop petite et tout à fait inapplicable à l'évaluation de cette distance , c'est alors seulement que je recevrai l'impression du sublime. Ainsi, pour cette évaluation, je ne laisse pas d'emprunter ma mesure aux grandeurs étendues et c'est le choix de la mesure qui décidera si tel objet doit ou non nous paraître grand.

Le grand dans l'espace se présente soit en longueur soit en hauteur (et par hauteur il faut entendre aussi la profondeur, qui n'est qu'une hauteur placée au-dessous de nous, de même qu'on pourrait définir la hauteur une profondeur placée au-dessus de nous ; et c'est pourquoi les poètes latins ne font pas difficulté d'employer le mot profundus en parlant des hauteurs :

Ni faceret, maria et terras cœlumque profundum Quippe ferant rapidi sccum.... *.)

A égalité , les hauteurs nous paraissent sans contredit plus sublimes que les longueurs : ce qui s'explique en partie par cette raison que l'idée du sublime dynamique* s'associe nécessairement à la vue d'une hauteur. Une simple longueur, lors même qu'elle s'étendrait à perte de vue, n'a en soi rien de terrible; mais une hauteur est terrible : nous pourrions en être précipités! Par la même raison, une profondeur est encore plus sublime qu'une hauteur, parce qu'à cette idée s'associe immédiatement ^ l'idée du terrible. Pour qu'une grande hauteur soit terrible pour nous , il faut d'abord que notre imagination nous transporte sur le sommet, et par conséquent que cette hauteur devienne pour nous une profondeur. .^ On peut faire aisément cette expérience en regardant un ciel ; chargé de nuages et mêlé de bleu , soit dans un puits , soit en général dans une nappe d'eau sombre : la profondeur immense du ciel y formera un spectacle incomparablement plus effrayant que sa hauteur. La môme chose a lieu , et

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