LETTRE XIV
vV^ Nous avons été amenés à Tidée d'une corrélation telle entre
( c^ les ^ux impulsions, que l'action de l'une fonde et limite tout à
\j"^ larîoîs raclîun de raulre, et qu'isolément prises, chacune d'elles
-^^ T[*arrive à sa manifestation la plus' élevée que parce que l'autre
est active.
O i5âns^ute, cette corrélation des deux impulsions est simple-
-^^'^ ment un problème que pose la raison , et que l'homme ne
pourra résoudre entièrement que dans la perfection de son
y^ ij-î être. C'est, dans la signification la plus stricte du mot, l'idée
j-jsV de son humanité : partant, un infini dont il peut se rapprocher
"^ de plus en plus dans le cours du temps, mais sans jamais l'at-
teindre. « Il ne doit pas tendre à la forme au détriment de la réalité , ni à la réalité au détriment de la forme. Il faut plutôt qu'il cherche l'être absolu au moyen d'un être déterminé , et l'être déterminé au moyen d'un être infini. Il faut qu'en face de lui il pose le monde parce qu'il est une personne , et qu'il soit une personne parce qu'il a le monde en face de lui. Il doit sentir parce qu'il a conscience de lui-même, et il 'doit avoir . kj cSïïsaence de lui-même i)arcc qu'il sent. » (le n'est que con- ^^formément à cette idée qu'il estTioïîime, dans Ta pleine signi- >^ ,gjvj^ jication du mot; mais il ne peut s'en convaincre tant qu'il vl se livre exclusivement à une de ces deux impulsions, ou qu'il
ne les satisfait que l'une après l'autre; car, tant qu'il ne fait que sentir , sa personnalité ou son existence absolue demeure pour lui un mystère, et tant qu'il ne fait que penser, c'est son état ou son existence dans le temps qui lui échappe. Mais s'il
y avait des cas où iljût faire à la fois cette donhln rxpnn^nrp^ où il aurait à la fois la conscience de sa liberté et le sentiment de son existence , où il se sentirâït à la lois comme matière et se connaîtrait comme esprit : dans ces cas, et seulement dans ceux-là , il aurait une intuition r.npnpIMp ^^ ^^n hnmRnitf^^ et
l'objet qui lui procurerait f^e^tp. intnitinn Ini spr;^jt nn symbole de sa destination accomplie , et conséquemment (puisque cette destination ne peut être remplie que daTis la totalité du temps) lui servirait à représenter l'infînL
En supposant que des cas de ce genre puissent se présenter dans l'expérience , ils éveilleraient en lui une nouvelle impul-
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sion qui , précisément parce que les deux autres coopéreraient X^en elle , serait opposée à chacune d'elles isolément prise , et y pourrait passer à juste titre pour une impulsion nouvelle. L*im- JiJ pulsion sensible veut qu'il y ait changement, que le temps a
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jjhin contenu ; l'impulsion formelle veut que le temps soit supprimé , qu'il n'y ait pas de changement. En conséquence l'impulsion dans laquelle les deux autres agissent de concert ( qu'il me soit permis de lajiomjQier , en attendant que je justifie cette dénomination , fftstinct de jeu^j l'instinct de jeu aurait pour objet de supprimer le temps dans h temps, de concilier le dévenir avec rêtre absolu , le changement avec iidentite^
I),, L'instinct sensible veut être déterminé, il veut recevoir son
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I objet; l'instinct formel veut lui-même déterminer, il veut pro-
I duire son objet : l'instinct de jeu s'efforcera donc de recevoir
il comme il aurait lui-même produit, et de produire comme le
f'sens aspire à recevoir*. y ' ' ^ ^ - ^- i^i^^
L'impulsion sensible exclut de son sujet toute autonomie et
liberté; l'impulsion formelle, toute dépendance et passivité.
Mais l'exclusion de la lihertf^ pst nf^f'P.ssité physique; reYcluRJon
de la passivité , nécessité morale. Ainsi, les deux impulsions
soumettent l'âme , celle-là aux lois de la nature
aux
1. On lit de plus ici dans les Heures les lignes suivantes : a On peut dire que l'instinct réel (ou sensible) tend à multiplier l'unité dans le temps, parce que le sentiment est une succession de réalités. L'instinct formel (ou rationnel) tend à unir la pluralité dans l'idée, parce que la pensée est l'accord du divers. L'ii>~\ stingt^e jeu s'occupera donc de multiplier l'unité de l'idée dans le temps, de \ faire de la loi un sentiment ; ou, ce qui revient au même, d'unir dans le temps \ la pluralité dans l'idée, de faire du sentiment la loi. » —
lois de la raison. 11 en résulte que rinstinct de jeu^ qui réunit la double action des deux autres instincts, njjigprn l'Ame tout- à. sy^^y^ la fois moralement et physiquement : dès lors, parce qu'il supprime toute contingence, il supprimêTa aussi toute coaction et mettra l'homme en liberté à la fois physiquement et moralement. Lorsque nous embrassons avec passion quelqu'un qui mérite notre mépris, nous ressentons avec douleur la contrainte de la nature. Lorsque nous avons des sentiments hostiles envers une personne qui force notre estime, nous ressentons avec douleur la contrainte de la raison. Mais , si cette personne nous inspire de l'intérêt et qu'en même temps elle ait gagné notre estime, la contrainte du sentiment s'évanouit ainsi que la contrainte de la raison % et nous commençons à l'aimer, c'est-à-dire à jouer^ à nous récréer à la fois avec notreinclinatioi^^
De plus eri tant que l'impulsion sensible nous oblige physiquement, et l'impulsion formelle moralement, celle-là rend contingente notre constitution formelle , et celle-ci notre constitution matérielle , c'est-à-dire qu'il y a contingence dans l'accord de notre bonheur avec notre perfection et réciproquement, i L'instinct de jeu dans lequel les deux autres agissent d'accord, [rendra tout à la fois contingentes notre constitution formelle |et matérielle, partant, notre perfection et notre félicité; et, Id'un autre côté, précisément parce qu'il les fait contingentes toutes deux, et qu'avec la nécessité disparaît aussi la contingence, il supprimera dans toutes deux la conlingence et par là donnera la forme à la matière et la réalité à la forme. A mesure qu'il diminuera l'influence dynamique des sentiments et des passions, il lL^s~Tn(3tira un liariiiOlUe avec des idées ration^ rieVlf^s^t, en enlevant aux lois de la rai^au-4^tH*--ujntidfnte morale, il les réconciliera avec l'intérêt des sens -.