INITIATION ARTISTIQUE DES MASSES
La note intitulée Explication péremptoire, prouve bien qu’on peut enseigner la loi des proportions agréables sans avoir la prétention de faire descendre le Saint-Esprit, dans l’âme des artistes. — En second lieu, la raison ne répugne pas à généraliser ce fait d’observation, que dans les Beaux-Arts les rapports les plus simples produisent les sensations les plus agréables, et l’on admettra bien aussi que ce principe a dû servir de point de départ au procédé de justesse dont Vitruve, Michel-Ange, Léonard de Vinci ont fait usage dans leurs dessins où les divisions sont marquées par des chiffres d’une extrême simplicité.
L’idée de prétention étant écartée et l’idée de rapports simples admise, toutes les questions d’Art pratique se trouvent par cela même résolues. « Donnez-moi un point d’appui, disait Archimède, et je soulève le monde. »
Le point d’appui c’est la simplicité des rapports oui’ Equation du Beau qui en est l’expression; le levier aura été forgé par le travail, c’est le talent.
S’agit- il d’œuvre d’imagination? mettez un peu de feu sacré au bout de ce balancier et vous frapperez des chefs-d’œuvre. S’agit-il d’art courant, mettez un peu de goût à l’extrémité du balancier et vos produits auront une vogue certaine et durable.
Apprenez à tous, dira-t-on, la manœuvre de cette nouvelle machine.
Rien de plus facile : — par l’enseignement élémentaire, — par les musées, — par les journaux et publications illustrées, — par des cours d’Esthétique populaire comme celui qui rend tant de services à Bruxelles, — et enfin par une clinique monumentale faisant ressortir tout ce qu'il y a de bien et de défectueux dans les monuments qui se construisent sous nos yeux, c’est peutêtre ce qui serait le plus instructif. On aurait nombre d’auditeurs attentifs, ne fût-ce que pour l’Opéra nouveau, auquel tant de personnes s’intéressent.
— Tout ce que peut faire le zèle individuel a été fait, savoir:
— Pour V Enseignement élémentaire , la proposition d’un Musée cantonal économique et pour ainsi dire sans autre dépense que du bon vouloir, a été déposée par nous au dernier congrès des Sociétés savantes qui a nommé une commission d’examen. Oserions-nous dire qu’un des commissaires, officier supérieur, a recueilli en l’appuyant cette encourageante réflexion faite dans son entourage: — « Cela aurait une incalculable portée, ce serait une immense révolution dans l’art industriel ! «
Pour les grands Musées, le principe du classement esthétique venant d’être appliqué par ordre de l’Empereur à l’exposition des artistes vivants, aucune susceptibilité des artistes morts n'est désormais plus à craindre, et le public venant se délasser et s’instruire dans les Musées historiques d'objets d'art plast i» [ue sera saisi par le contraste du Beau etdu Laid soigneusement étiquetés ; son éducation s’effectuera d’elle-même, et il sera affranchi de ce malaise occasionné par le pêle-mêle en fait de goût qui étouffe les bons germes. — Cette proposition d'un classement esthétique pour l'initiation des masses a déjà été faite il y a deux ans. Elle était la conséquence naturelle de l’approbation par l’Académie des Beaux-Arts de la loi des belles formes que nous avions soumise à sa haute sanction.
— Grâce au concours des journaux et publications illustrées nous espérons voir mûrir l'idée d’un cours d’esthétique populaire comme à Bruxelles, pour exercer nos industriels à s’assimiler, sans barbarismes et avec justesse, les productions artistiques où l’imagination a la plus grande part.
Clinique monumentale. — Nous faisons dans Y Encyclopédie du XIXe siècle (Annuaires 1862, 1863) l’analyse harmonique de l’art vivant de celui qui se crée sous nos yeux ; c’est dès lors une clinique ou bien une sorte de vivisection qui, pour les praticiens, nous a paru plus utile qu'un chant rhythmé sur les temples grecs et les ruines égyptiennes. Nous étudions ainsi les monuments qui s’élèvent à Paris: le nouvel Opéra, l'église de Saint- Augustin, l’église de la Trinité, etc. — Cet exercice est en outre étendu aux projets monuments mis au concours.
On n’a jamais fait qu’une seule objection à toutes ces idées :
— Quel serait le Grand Électeur de ces classements esthétiques9
— Réponse : Le goût sûr qui a déjà tracé la limite qui sépare la région du Beau de la région du Laid (sauf exceptions) au salon de 1863, et ensuite le compas de justesse ou I’Équation du Beau.
— Dans la Statuaire nouvelle à quoi bon ce compas?
— Réponse: Il adonné une armature au pressentiment favorable qui avait placé le buste de Bianca Capello à un poste d’honneur, à l’entrée du grand salon de peinture, où il est resté pendant tout, le mois de mai ; — il a aiguillonné la curiosité d’un grand peintre qui sans cela n’aurait peut être pas vu les bustes de M. Marcello et la morale en action aurait perdu cette lettre à M. Vitet, placée au frontispice de cette publication. — Enfin ce compas est prêt a dessiner les planches du Manuel de sculpture populaire ou bien du Manuel de statuaire industrielle, ouvrage qui attend d’être souhaité, car il n’y a pas de spectacle sans spectateurs, de leçons sans lecteurs et d’éditions sans éditeurs.
23793 Paris. — lmp. R F. N ou et M.ui ftK , rue de Rivoli, 14»,