BUSTE DE B1ANCA CAPELLO EN MARBRE
Application de l’ÉQUATION DU BEAU à la Statuaire
Castiglione. L’artiste qui nous occupe appartient à la grande famille des Colonna, de Rome, et elle est née comtesse d’Affry, en Suisse.
Pourquoi ce pseudonyme de Marcello ? La Presse l’a attribué naturellement à un motif de prudence; « dans le cas où l’on blâmerait, dit-elle, l’honneur est sauf; si le succès est éclatant, le public brûle de soulever le voile. »
Eh bien, malgré la justesse du raisonnement ci-dessus, la vérité se trouve ailleurs : madame la duchesse Colonna s’est forgé un talent avec un travail soutenu et une longue patience ; elle a suivi avec beaucoup d’assiduité, pendant plusieurs années, les cours d’anatomie élastique de M. le docteur Auzoux, et, plus tard, elle n’a point reculé devant les études anatomiques pour étudier le jeu des muscles sur la nature même. Malgré son rang et ses relations, elle se rendait souvent au travail à l’heure où le monde élégant de Paris rentrait au logis après le bal.
Après des études si fortes et si persévérantes, un artiste ne se méfie plus de soi-même au point de s’abriter sous un pseudonyme, et si BufFon a dit vrai : Le génie est une longue patience, il faut croire que le nom de Marcello a une autre signification : la voici comme nous sommes fondé à le supposer :
« Si je n’ai pas étudié en amateur, mais en artiste, c’est pour pratiquer l’art « en artiste et non en amateur. Je me suis fait inscrire sur le tableau de « l’ordre des artistes, comme un avocat voulant exercer sa profession se fait « inscrire sur le tableau de son ordre, et c’est à ce titre que j’ai pris, sur le « Livret du Salon, le nom de Marcello, avec lequel toutes les affaires d’art « peuvent se traiter d’une manière pratique. »
Puisque nous avons fait un rapprochement entre l’art et le barreau, nous devons compléter notre pensée.
Dans notre siècle d’effervescence où tant de questions s’agitent, on est forcément obligé de circonscrire ses efforts dans une spécialité. Au barreau, il y a les affaires civiles et criminelles ; en fait d’art, il y a l’art profane et l’art religieux. Eh bien , nous croyons savoir que la direction préférée par M. Marcello, serait l’art religieux ; c’est dans la statuaire des églises que l’âme du jeune artiste si fortement trempée par une grande assiduité aux sermons du père Gratry, et par le travail d’une irrésistible vocation, trouverait ses plus beaux accents.
En quoi consiste la composition mathématique du buste à analyser? Prenons, comme Léonard de Vinci, la hauteur du visage pour unité, en plaçant une pointe du compas en haut du front, à la ligne de séparation de la coiffure, et l’autre pointe au menton. Faites faire une demi-révolution au compas, la pointe tombera sur la seconde division du buste, au corsage. Cette ligne est franchement accusée. — Une autre révolution du compas accuse une troisième division égale aux deux premières; c’est à la ceinture,
précisément au-dessous de l’attache qui retient la tunique, et enfin delà à l’assiette du buste une quatrième et dernière division égale aüx trois autres. Le rhythme de cette mélodie plastique, qui rappelle l’antique, se réduit donc avec une majestueuse simplicité d’expression au même chiffré répété quatre fois:
La coiffure est précisément égale à la moitié de ces divisions. On peut faire à cela deux objections non fondées, et la première est celle-ci, que nous avons entendu quelquefois formuler *,
Rien de mieux que de contribuer à l’éducation esthétique des masses, mais aii moins faut-il être clair, précis, et'dansune statue où les séparations ne sont pasfixément déterminées comme en géométrie, on finit par trouver tout ce que l’on veut. — Réponse : faites l’expérience directe; dessinez vous-même le buste de Rianca Capello de deux manières, l’une à l’œil par approximation, et l’autre par précision avec le compas, et demandez à des gens de goût le dessin qu’iis préfèrent, sans même distinguer à l’avance l’épreuve à l’unisson de l’épreuve discordante.
Autre objection : Ce rhythme 1, i, 1, 1 , qui est l’unisson optique, serait bien monotone en musique, et par contre ennuyeux ; ce n’est pas de l’art. — Réponse : Si ! c'est de l'arl qui sait effacer sa trace, suivant l’expression de M. Victor Cousin ; car ces divisions égales se trouvent subdivisées et pour ainsi dire dissimulées, à tel point que le goût éprouve te sentiment de justesse que procure cette égalité, sans la numéroter.
Nous avons ensuite mesuré la plus grande largeur de la tête vue de face, et nous sommes arrivé en définitive au curieux rapprochement que voici, entre les dimensions du buste et les notes musicales des cordes vibrantes qui auraient des longueurs inversement proportionnelles à ces dimensions.
Largeur de la tête Hauteur du visage Hauteur de la tête
Rapports linéaires.
Rapports musicaux.
do
mi
la
C’est ici que doit s’arrêter notre analyse, sans cela nous entrerions dans l’examen des caractères de la sculpture égyptienne, grecque ou romaine, qui se réduisent en dernier lieu à de nouveaux rapports, faciles à chiffrer, mais ne l’oublions pas, presque toujours des rapports en nombres entiers d'un seul chiffre que Von déduirait de Y Equation du beau.
L'harmonie des lignes et nous oserions presque dire l’harmonie de l’Univers n’ont pas d’autre secret.