‹ Estomac et DermatosesChapitre 19 sur 47 · OBSERVATION N° VIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION N° VIII

(Dr. René CHEVALLIER)

Mme Du.…., 32 ans. La malade a eu à 19 ans, à la suite de l’ingestion de fraises, sa première crise d’urticaire. N’ayant plus mangé de fraises, l’urticaire jusqu’à ces derniers temps, ne s’est pas reproduite. fl y a 3 ans sont survenues des migraines avec scotome scintillant, nécessitant le repos au lit. De tout temps les digestions ont été lentes avec une langue saburrale le matin, des ballonnements post-prandiaux, de la constipation. En octobre 1938 on l’examine pour des douleurs gastriques datant de 7 mois. Il s’agit de violentes crampes épigastriques, transfixiantes, tardives, survenant vers une heure du matin, calmées par une prise alimentaire. Ces douleurs évoluent par courtes périodes de 3 à 4 jours séparées par des périodes d’accalmie de 2 à 3 semaines. Jamais de vomissements ni d’hématémèses. Depuis deux mois une poussée d’urticaire généralisée, très prurigineuse, à larges placards saillants et presque confluents,

apparaît tous les soirs vers 18 heures et disparaît dans la nuit. Bien souvent la malade se réveille le matin avec un œdème de Quincke du visage. La malade a noté qu’il existait entre les différents symptômes, des alternances, des balancements. Ainsi les migraines ont disparu dès les premières poussées d’urticaire et ces dernières ne surviennent qu’en période d’accalmie gastrique. L’interrogatoire met en évidence des signes nets d’intolérance alimentaire et médicamenteuse. Le lait, la crème, les fromages frais, les œufs, le pain donnent des nausées, des migraines, de l’urticaire. L’absorption d’un comprimé d’aspirine a déclenché, 20 minutes plus tard, d’une part une violente épigastralgie, non irradiée et d’autre part un œdème de Quincke du visage avec léger œdème laryngé. L’examen clinique ne montre rien de spécial. T. A. — ni sucre, ni albumine. Réflexes normaux.

La palpation découvre de nombreux nodules cellulitiques très douloureux, aux points d’élection. Leur territoire est très exactement limité à la moitié gauche du tronc et aux membres supérieurs et inférieurs gauches.

Les radiographies gastro-duodénales ne découvrent aucun signe d’ulcère. Elles mettent, par contre, en évidence un aspect œdémateux transitoire de l’antre et de la petite courbure fundique qui, très net en période de crise disparaît en période d’accalmie.

La gastroscopie (X-38) — Dr. René Chevallier — en période douloureuse montre un œdème de type angioneurotique de l’antre et de la petite courbure sus-antrale. D’une région à l’autre, cet œdème change de caractère. Dans l’antre c’est un œdème diffus qui boursoufle le pylore, surélève en masse le plancher antral, distend le sphincter antri, dont le pilier antérieur infiltré au maximum dans sa moitié supérieure, revêt à ce niveau, l’as-

gite

pect d’une grosse masse polypoïde. Sur la petite courbure c’est une large coulée d’œdème mamelonné que l’on observe. Tassées les unes contre les autres, au voisinage de l’angle gastrique, les élevures œdémateuses se dispersent au fur et à mesure qu’on s'élève vers le fornix. À mi-hauteur du fundus on en découvre quelques-unes isolées ou groupées par 2 ou 3 éléments qui peuvent être comparées à des papules urticariennes. Toutes ces formations œdémateuses sont instables et ne survivent pas à la crise douloureuse.

Un essai de désensibilisation non spécifique et varié, entraîne une atténuation des accidents. Mais tous les troubles réapparaissent à la première suspension du régime et du traitement. En décembre 1938, on met en œuvre un traitement de désensibilisation spécifique par l’antigène ultra-filtrable de H. Thiers et de René Chevallier retiré d’un repas déclenchant à base de lait et d’œufs. A, la 3° injection l’urticaire et les gastralgies disparaissent. Aucune réaction locale. Par contre la malade accuse une asthénie très marquée qui ne s’effacera que vers la 10e injection. Vers la 15° elle retrouve ses forces. Deux séries sont pratiquées. Une première de 30 injections, puis après quinze jours de suspension, une seconde de 15 injections. La période de suspension a été marquée par quelques papules discrètes d’urticaire. Elles ont disparu à la reprise du traitement. La malade est revue en mars 39. La guérison est complète. Les accidents et les crises gastriques ne se sont pas reproduits. L’appétit est excellent, les digestions faciles, l’état général parfait.

Un nouvel examen au début juin 39 est confirmatif.

A l’occasion d’écarts de régime répétés, on note un ou deux éléments urticariens à peine prurigineux et éphémères, et un peu de pesanteur épigastrique. Elle se considère guérie, ayant suivi pendant plusieurs mois un régime presque normal. Un nouvel ultra-filtrat permettra d’assurer la consolidation.

Le mycosis fongoïde

En 1934, Paul Chevallier, F. Moutier et Stewart (7, 7 bis) ont rapporté un cas de parapsoriasis en plaques avec des lésions gastriques identiques à celles de la peau. La mort du malade en 1935 survint après l’apparition de tumeurs caractéristiques du mycosis fongoïde. L’examen gastrique révélait de la gastrite chronique légère avec lésions à structure de parapsoriasis en plaques. Sur 15 cas de mycosis fongoïde examinés au gastroscope et rapportés dans sa thèse (43), Thibon, élève de P. Chevallier, notait, dans 7 cas, l’existence de tumeurs gastriques identiques aux tumeurs cutanées. Il existait également des plaques non tumorales dont l’aspect est superposable à celui des éruptions prémycosiques des téguments. La gastroscopie permet de déceler l’existence de ces plaques à une période où l’éruption cutanée est si atypique qu’elle excuse les erreurs de diagnostic. Nous possédons là un élément très utile pour le diagnostic précoce du mycosis fongoïde.

Le psoriasis

P. Chevallier et F. Moutier ont publié les résultats des examens gastroscopiques de malades atteints de psoriasis généralisé (4). Leur estomac était normal ainsi d’ailleurs que le suc d’histamine. René Chevallier à noté également l'absence habituelle de toute lésion gastrique dans le psoriasis. Ce-

noie.

pendant, chez deux malades, dont on lira plus loin l'observation, il a pu découvrir au gastroscope des altérations assez spéciales de la muqueuse de la petite courbure fundique. Il s’agit de petites plages, arrondies ou ovalaires, de nuance gris-jaunâtre, rigoureusement sèches, rappelant à première vue les îlots atrophiques de la maladie de Biermer. En réalité, leur surface n’est pas lisse, maïs uniformément recouverte de fines granulations ; elles revêtent un aspect discrètement chagriné. Les aires d'atrophie chagrinée sont-elles un équivalent gastrique de la dermatose ? Ou bien coïncident-elles simplement par pur hasard avec elle ? Il est difficile, en raison de l'extrême rareté des faits observés, de se prononcer. Seules de nouvelles recherches permettront d’établir si de tels aspects appartiennent ou non à l’estomac des psoriasiques.

Page 1