‹ Estomac et DermatosesChapitre 6 sur 47 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Depuis toujours, en présence de la plupart des dermatoses on incriminait systématiquement des troubles digestifs. On en était arrivé au point que toute dermatose avait pour origne un dysfonctionnement gastro-intestinal et ainsi n’était que le reflet de ce dernier. Ce vieux raisonnement classique et empirique n'avait pas tout à fait tort, mais une généralisation si commode et si simpliste pour le médecin praticien et le patient ne pouvait être admise par le dermatologiste et le clinicien. Il est indéniable que ces idées universellement admises renferment beaucoup de vérité; la clinique nous montre en effet couramment la co-existence de manifestations cutanées et digestives — une évolution parallèle semblant lier les deux ordres de symptômes. Devons-nous admettre obligatoirement que les troubles gastriques tiennent sous leur dépendance les manifestations cutanées ? Ne peut-on penser plus souvent qu’on ne le croit que ces manifestations cutanées et viscérales ne sont que des localisations différentes d’une même maladie ? D’Ayrignac, dans sa thèse inspirée par Brocq: « Le chimisme gastrique dans les dermatoses » (1), s’est posé ces questions-là. I1 a même conclu que l’estomac était toujours atteint

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dans les dermatoses, les lésions ne se différenciant pas toutefois suivant l’affection cutanée .

Actuellement le problème est de nouveau repris grâce à la gastroscopie. L’œil du dermatologiste voit son domaine d’investigations élargi, de nouvelles surfaces muqueuses lui sont désormais accessibles. La dernière venue des méthodes nouvelles d'exploration gastrique a apporté déjà des résultats des plus intéressants et permet d’envisager sous un aspect nouveau le vieux problème des rapports existant entre l'estomac et les dermatoses. À la manière des maladies infectieuses dont on connaît les manifestations bucco-pharyngées, certaines dermatoses ne comporteraient-elles pas une sorte d’énanthème à localisation gastrique ? La gastroscopie, grâce aux travaux de MM. Paul Chevallier et F. Moutier, de Paris, de René Chevallier, de Lyon, commence à établir la réalité de ces suppositions. La muqueuse gastrique nous montre des lésions : eczéma, lichen plan, urticaire, aphtes, mycosis fongoïde, purpura, comme sur les téguments. Cependant la localisation gastrique de ce que nous appelons, très improprement sans doute, « une maladie de la peau », ne peut-elle exister isolément et évoluer ainsi pour son propre compte ? Ne peut-elle pas souvent alterner par un balancement avec les manifestations cutanées proprement dites? Ces recherches nouvelles doivent nous montrer les dermatoses comme des maladies générales dont l’aspect cutané — le seul jadis visible et palpable — est loin sans doute de résumer toute l'expression clinique de la maladie. Dans cette hypo-

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thèse, nombre de gastrites inexpliquées, de syndromes ulcéreux ou cancéreux sans ulcères ni cancers, ne pourront-ils être éclairés en confrontant les processus observés au gastrocope et ceux que la dermatologie nous à appris à connaître. René Chevallier, en collaboration avec son maître le Professeur Paviot, a apporté sur ce point les résultats de ses recherches et à désigné sous le nom de gastropathies allergiques — ou gastries — certaines gastropathies pseudo-lésionnelles jusqu'ici inexpliquées et qui ouvrent un chapitre nouveau de gastrologie dont l’avenir confirmera certainement toute l’importance. Toutes ces acquisitions récentes encore fragmentaires, parcellaires, inévitablement incomplètes, posent sous un jour nouveau le problème des relations entre l’estomac et la peau. Nul doute qu’il existe là une voie nouvelle et féconde dont non seulement la dermatologie mais la pathologie interne tout entière seront les bénéficiaires. Des conceptions pathogéniques nouvelles naîtront et rendront possibles ainsi que nous le verrons plus loin des thérapeutiques plus efficaces.

Les documents gastroscopiques que nous possédons sur ces questions sont essentiellement l’œuvre de MM. P. Chevallier, F. Moutier et leurs collaborateurs, Colin, V. Stewart, Molines, A. Sevaux, B. Hahn, Eely, Ces auteurs ont systématiquement examiné au gastroscope différents sujets atteints des dermatoses les plus diverses, en particulier d’eczéma, d’urticaire, de psoriasis, de glossites, de lichen plan, de certains prurits. À Lyon, René Chevallier, à la clinique médicale de son maître le Professeur Paviot, partant d’un point

de vue tout différent, a appliqué cette méthode d’endoscopie gastrique à des sujets atteints de gastropathies pseudo-lésionnelles diverses. Ainsi fut mise en évidence pour la première fois l’existence de cet œdème fugace de la région antropylorique et de la petite courbure, de type angioneurotique, qui peut être considéré comme le substratum anatomo-pathologique essentiel des gastries allergiques. De tels faits ont été retrouvés depuis par les auteurs parisiens qui en conformité parfaite avec la pathologie allergique que les auteurs lyonnais avaient soutenue, identifient à leur tour ces œdèmes gastriques à d’authentiques œdèmes de Quincke. A leur tour, le docteur J. Gaté et ses collaborateurs, H. Thiers, P.-J- Michel, Racouchot, devant l'intérêt de la méthode demandèrent au docteur René Chevallier de leur révéler l’état de la muqueuse gastrique dans différentes dermatoses.

Dans une première partie de notre travail nous nous proposons d'envisager en détail et en les sériant suivant la dermatose envisagée, les observations lyonnaises et les différents faits qui ont été établis par les recherches du service de la clinique médicale du Professeur Paviot, et du service de dermato-syphiligraphie de l’Antiquaïille. Nous nous abstiendrons de toute préoccupation pathogénique, autrement dit de toute hypothèse ou interprétation.

Dans une deuxième partie nous nous livrerons à quelques commentaires soulignant les aperçus nouveaux que ces recherches permettent d’envisager tant sur le plan doctrinal que sur celui de la clinique et de la thérapeutique.

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