OBSERVATION N
(Professeur NicoLas, René CHEVALLIER, RACOUCHOT)
Mme Me. 51 ans. La malade présente depuis deux ans, une à deux fois par semaine, des migraines typiques avec nausées et parfois vomissements bilieux, scotome scintillant, photophobie qui nécessitent le repos au lit. Elle a eu à 13 ans une poussée généralisée d’urticaire qui ne s’est jamais reproduite avec la même intensité. Les années suivantes en effet jusqu’à ce jour, l’éruption s’est limitée à quelques éléments disséminés, très prurigineux. Les digestions ont toujours été un peu lentes avec des baïllements et de la somnolence après les repas. Sur un fond de constipation habituelle surviennent de temps à autre des débâcles diarrhéiques. Il existe d’autre part des signes d’intolérance alimentaire : le lait, les œufs, les fromages à la crème, la charcuterie, les pâtes
IG
provoquent des migraines, des aigreurs, des crises diarrhéiques et une asthénie insurmontable. Depuis des années, la malade se plaint de pesanteurs épigastriques, de ballonnements après les repas, d’aigreurs. Malaises supportables auxquels elle ne prêtait pas grande attention. Mais depuis 3 mois, les douleurs sont devenues beaucoup plus fortes et ont changé de caractère. Il s’agit désormais de brûlures épigastriques précoces survenant une demi-heure après les repas, parfois très vives, se reproduisant par courtes périodes de 2 à 3 jours. L’apparition de ces brûlures a nettement coincidé avec celle d’un lichen plan cutané qui intéresse les avant-bras, les mains et le ventre.
Brûlures gastriques et lichen plan cutané sont au surplus, dit-elle, consécutifs à une intoxication alimentaire sévère avec fièvre, migraine, vomissements et diarrhée provoquée par une omelette. L’examen en juillet 1937, découvre des lésions nettes de lichen buccal sous forme de petites plages blanchâtres de la lèvre inférieure, de la face dorsale de la langue et de la face interne des joues. Et la malade insiste sur ce fait que ce lichen buccal a été le premier en date et qu’il est contemporain des premiers troubles digestifs. En somme la maladie a évolué en deux phases : au début lichen buccal et dyspepsie légère, plus tard, à la suite d’un « embarras gastrique fébrile >» provoqué par les œufs, lichen cutané et vives brûlures épigastriques. L’examen radiologique de l’estomac est négatif.
La gastroscopie (Dr. René Chevallier), le 26-7-37 en période douloureuse, montre un œdème angioneurotique modéré de la région antro-pylorique. Seule la partie haute du pilier antérieur du sphincter antri est fortement distendue. Plus ou moins arrondie, elle fait une brusque et forte saillie qui empiète légèrement sur la petite courbure. Assez rapidement cet œdème s’atténue et le pied du
pilier, légèrement spiralé, paraît à peine augmenté de volume. Partout ailleurs la muqueuse antrale revêt un aspect succulent. Le pylore un peu boursouflé a conservé sa souplesse. Dans toute la zone iædématiée, la muqueuse a gardé son coloris normal. Un examen attentif découvre sur la muqueuse de l’angle gastrique presque au contact de la partie haute fortement œdématiée du pilier antérieur du sphincter antri, deux petites plages blanchâtres en tout point comparables aux placards de f-hon buccal. Une % plage, moins accusée, est observée sur la petite courbure fundique à peu de distance des deux autres. Le reste de l’estomac est indemne.