OBSERVATION N° II
(René CHEVALLIER et RACOUCHOT)
M. Mo... 36 ans. Le malade a eu à diverses reprises dans son enfance des « embarras gastriques » fébriles. Il a été traité plusieurs fois à Vichy pour des troubles vésiculaires. Il est sujet à des accès de migraines susorbitaires (avec, rarement, scotome scintillant et diplopie passagère); à des crises d’urticaire (le plus souvent alimentaire et provoquée par les fraises, les œufs, les poissons de mer) ; à des accidents asthmatiformes et à des sensations d’obstruction nasale (en relation avec les écarts de régime).
Il souffre, depuis quelques années, sur un fond de constipation habituelle, de crises entéritiques. De temps à autre, en période normale, les selles sont mal liées et plus ou moins décolorées. Deux fois il a présenté un état asthénique et dépressif avec bradycardie, aérogastrie, vertiges. À la suite d’une poussée généralisée de lichen plan survenue il y a quelques années et n’ayant
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respecté que le visage, il voit apparaître de temps à autre en des points variables des éléments isolés de lichen. Une nouvelle poussée ayant débuté sur la verge, évolue actuellement depuis un mois et demi. Les éléments peu nombreux sont disséminés un peu partout ; on en découvre quelques-uns sur la muqueuse buccale sous forme de petites plages blanchâtres de la langue et de la face interne des joues. Depuis deux ans, le malade souffre d’autre part de brûlures épigastriques et rétrosternales tardives survenant par courtes périodes de 2 à 3 jours. Une recrudescence de ces brûlures a coïncidé avec la récente poussée de lichen cutané et muqueux. En même temps sont également survenus des pesanteurs, une sensation de barre épigastrique, du ballonnement et des gargouillements.
L'examen clinique est négatif. Les examens radiologiques de l’appareil digestif ne découvrent aucun signe d’organicité. La recto-sigmoïdoscopie montre une muqueuse normale. Les réactions de BW, Meinicke, Kahn, dans le sang sont négatives.
La gastroscopie (Dr. René Chevallier) pratiquée en période douloureuse découvre un peu au-dessus de l’angle gastrique à l’union de la petite courbure et de la face antérieure une plage blanchâtre plus ou moins arrondie d'aspect leucoplasique, en tout point comparable aux placards de lichen observés sur la muqueuse buccale. I1 n’existe aucun autre élément sur la surface de l’organe. Le sphincter de l’antre est le siège d’un œdème angioneurotique qui lui donne l’aspect d’un gros boudin en fer à cheval. La distension œdémateuse atteint son maximum dans la moitié supérieure du pilier antérieur. Au-dessus et au-dessous du splincter antri, l’œdè- .me s’efface rapidement. Le pylore n’est pas modifié. Partout la muqueuse gastrique a conservé son coloris habituel.
2 108—- Les aphtes
On connaît depuis longtemps la fréquence des aphtes chez les dyspeptiques et l’on ne sera pas surpris de savoir que le gastroscope a révélé chez, certains de ces sujets, de véritables gastrites aphtoïdes. Korbsch, Henning, Moutier en ont signalé l'existence. René Chevallier à plusieurs reprises a eu l’occasion de constater sur la muqueuse gastrique, en coïncidence ou en alternance avec des poussées d’aphtes buccaux, des érosions cupuliformes plus ou moins arrondies, bordées d’un étroit liseré purpurique et recouvertes en leur centre d’un enduit crémeux, blanchâtre et verdâtre. Comme nous allons le voir dans nos observations, chez un de ces malades on comptait ainsi, localisées strictement à la muqueuse de lantre et au pilier du sphincter antri, une dizaine de lésions isolées ou groupées, toutes de même aspect et de même taille. Chez tous nos sujets il existait des crises douloureuses épigastriques, rebelles à la thérapeutique, à caractère tardif et se renouvelant depuis plusieurs mois. En l’absence du gastroscope, on aurait pu suspecter l’existence d’un ulcère ; il s’agissait en réalité de gastrite aphtoïde. L’importance de tels faits ne peut nous échapper.
D’après René Chevallier, bien qu’elles évoluent souvent sur le terrain de l’anaphylaxie, les gastrites aphtoïdes ne peuvent entrer dans le cadre des gastropathies allergiques, car elles ne réagissent favorablement à aucune des thérapeutiques de désensibilisation connue.
chaque.