‹ Etablissement des Soeurs de Charité à la Rivière Rouge [microforme]Chapitre 2 sur 4 · PAU · texte numérisé non relu

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“ difficile d’en tirer de la communauté de la Congrégation de Mont- “ réal” Mgr Plessis lui répondit: “ Les sœurs de la Congrégation “ n'enverraient pas de sujets à une pareille distance. Il faudra “ donc vous tourner d’un autre côté et trouver, pendant votre séjour “ parmi nous, quelque veuve ou quelques saintes filles qui veulent “ se consacrer à cette bonne œuvre (1). Mais avant d'entreprendre “ cet établissement vous aurez soin de sonder vos fonds.”

Les difficultés de communiquer avec le Canada mais surtout la grande pauvreté de la mission pendant les premières années de son existence, empêchèrent Mgr Provencher de presser l'exécution de son dessein. Il prit son temps pour préparer cette fondation et, en attendant, il tâcha de trouver de bonnes institutrices laïques.

Cependant nous allons voir qu’il fut obligé d'attendre encore longtemps pour avoir ce modeste secours.

Sa première institutrice laïque fut une demoiselle Nolin, métisse de la rivière Rouge. Son père, ancien bourgeois de la Compagnie du Nord-Ouest, l'avait envoyée au Canada, à Montréal, où elle avait reçu de l'éducation chez les sœurs de la Congrégation; puis elle était revenue au Nord-Ouest, chez son père établi à Pimbina.

; En l’année 1824, Mgr Provencher lui proposa d'ouvrir une école à Saint-Boniface. Il eut bien voulu la commencer avant les ministres protestants, qui parlaient déjà d'en avoir une dans la colonie écossaise.

Le 13 juin 1824, il écrivait à Mgr Plessis, à Québec : “ Je voudrais “ bien avoir une demoiselle Nolin pour lui confier l'éducation des “ jeunes filles. Je ne serais pas fâché d’avoir une école sur un bon

“ pied avant les protestants, qui parlent d'en établir une sur un à “ grand plan........ ; fr Mais le père Nolin, qui se faisait vieux, ne voulut pas se séparer | a de sa fille ; il fallut attendre sa mort pour ouvrir l’école. S En janvier 1829, Mgr Provencher écrit à Mgr Plessis : “ Enfin sa “ j'ai une école de filles ; elle à commencé en janvier. Les petites “ filles font des progrès. Dieu veuille que tout cela réussisse.” : C Cette école se continua à Saint-Boniface jusqu'à l’année 1834. À Ti Cette année-là, M. Belcourt, missionnaire, avait établi une mission “à sauvage à 28 milles de Saint-Boniface, sur les bords de l’Assiniboine. pe Les Indiens, réunis à cet endroit appelé la baic Saint-Paul, manifes- se

(1) Cette pre; ‘ière ouverture du projet d’avoir des Sœurs à la rivière Rouge se faisait pendant les deux années que Mgr Provencher passa à Québec de 1820 à 1822, |

taient le désir de faire instruire leurs enfants. M. Belcourt demanda à mademoiselle Nolin, qui parlait la langue de ces sauvages, de vouloir bien venir dans cette mission ponr enseigner le catéchisme,

Mgr Provencher consentit à laisser partir son institutrice et, pendant plusieurs années, Saint-Boniface se trouva sans écuie pour les filles. Cette lacune dans l'éducation fut très dommageable à quelques fgmilles catholiques qui fréquentèrent l’école protestante, et y subirent une influence dont elles se ressentirent toujours dans la suite.

Vers la fin de l’année 1835, Mgr Provencher partit pour l'Europe. Le but principal de son voyage était de tendre la main pour recueillir des aumônes, et pour obtenir de Rome les pouvoirs nécessaires pour ouvrir les missions de la Colombie, sur les bords l'océan Pacifique. Mais, il voulait aussi en même temps chercher, dans les Ordres religieux d'hommes et de femmes, des auxiliaires pour sa mission de la rivière Rouge.

En passant en France, il communiqua ses projets à quelques évêques, en les priant de lui indiquer où il pourrait s'adresser, On lui indiqua diverses communautés: malheureusement son séjour en Europe fut de trop courte durée pour lui permettre d'en visiter aucune.

De retour dans ses missions en 1837, il écrivit au conseil de la Propagation de la Foi, à Lyon, ainsi qu'à Mgr l’évêque d'Amiens pour les prier de lui indiquer des religieuses qui consentiraient à à venir l'aider dans ses pauvres missions.

L'année suivante, en 1838, il reçut une lettre d’une religieuse de la Visitation de Grasse (Var, France), nommée Angélique Aimée Courmel. Elle offrait de venir à la rivière Rouge fonder, à ses frais, une maison de son Ordre. Mgr Provencher lui répondit de vouloir bien lui faire connaître en détail ses moyens et de lui envoyer le témoignage de son évêque ; qu'ensuite il verrait s’il pourrait accepter. Un an après, il n'avait encore reçu aucune réponse.

M. Belcourt, missionnaire à la rivière Rouge, descendit alors au Canada, et, dans une visite qu'il fit au monastère des ursulines à Trois-Rivières, il parla devant ces religreuses du chagrin qu’'éprouvait Mgr Provencher de ne pouvoir se procurer des Sœurs pour enseigner, et du grand bien que celles-ci pourraient faire dans cette mission.

Touchée, sans doute par le récit de M. Belcourt, la Mère supé-

riev-e des ursulines écrivit à Mgr Provencher pour lui offrir des | religieuses de son Ordre.

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Il est probable que Mgr Provencher en parln immédiatement à l'évêque de Québec, mais nous n'avons pas ses lettres de l'année

En 1841, Mgr l'évêque de Québec écrivait ce qui suit à Mgr Pre vencher :

“ Connaissant l’état du monasière des ursulines des Trois-Rivières “ je suis bien d'opinion qu'on ne peut pas s'y passer de là Mère “ Saint-Michel dont la santé d’ailleurs ne lui permettrait pas de “ faire un semblable voyage.”

L'évêque ensuite énumère une longue suite de raisons pour démontrer que des religieuses cloîtrées ne conviendraïent pas du tout dans une mission comme celle de la rivière Rouge. “ Je pense done, “ dit-il, que, sauf meilleur avis, il vous faut renoncer aux religieuses “ cloîtrées ; mais vous allez me dire : Qui nous enverrez-vous à la ‘“ place ? Je n’en sais rien : mais cependant j'ai l'espoir que vous ne “ tarderez pas à avoir d'excellentes institutrices, soit des sœurs de “ la Congrégation, soit des sœurs de Charité, ou autres.

“ Toutefois vous ne pourrez guère espérer en avoir avant que les “ jésuites soit établis dans votre diocèse ; car, c’est chose décidée à ‘“ Rome entre le général des jésuites et Mgr de Montréal que vous “aurez bientôt des jésuites pour auxiliaires.”

Cette lettre de l’évêque de Québec ne parvint à Mgr Provencher que vers la fin de janvier 1842, lorsque, déjà, celui-ci en avait une, datée du 7 janvier, en route pour Québec. Sans connaître l'opinion de l’évêque de Québec, Mgr Provencher préférait beaucoup avoir des religieuses non cloîtrées.

“ Je ne sais, lui écrivait-il dans sa lettre du 7 janvier, où en est “ le projet de faire monter des ursulines ici. Je n'avais jamais eu “ l'idée d’avoir des religieuses cloîtrées. Le grand besoin m'a fait “ parler ; si ça réussit tant mieux ; si le projet manque, je vais tâ- “ cher d’avoir des Amantes de la Croix, du Kentuky. D'après ce “ que j'ai lu dans les annales de Lyon, c’est ce qu'il me faudrait pour “ ici et la Colombie ; je vais en demander pour ces deux postes.

“ Ces filles, outre l'instruction religieuse qu’elles donnent, mon- ‘ trent à faire de la toile et de l’étoffe dont elles font leurs habits, “ La religion et l’industrie, c'est ce qu'il faut ici.”

L'évêque de Québec répondit à cette lettre le 6 avril 1842 : Monseigneur,

“ Jai reçu l'honneur de votre lettre du 7 janvier par laquelle je “ vois que vous êtes venu à mon opinion sur l’article des religieuses.

“ dont vous voulez doter votre mission, quoique pourtant vous ‘ n’eussiez pas reçu ma lettre du 25 novembre dernier, où je vous faisais part de mes objections au projet, que vous aviez l'automne dernier, d’avoir des ursulines.

“Je suis bien aise de savoir que cette lettre n'aura pas contristé vos vues; puisque maintenant nous sommes d'accord à penser que des religieuses non eloîtrées conviennent davantage à votre colonie.

“ Je vous disais, dans ma dernière lettre, qu'il serait peut être “plus à propos d'attendre pour avoir des institutrices chez vous “que vous ayez des jésuites pour collaborateurs,

“ Ce qui me porte à émettre cet avis, c'est que ceux-ci, ayant une “ grande expérience des missions, pourront vous indiquer sur quel “ Ordre religieux doit tomber votre choix. Au reste, votre projet ‘ d'avoir des amantes de la Croix, du Kentuky, pourrait être mis “ tout de suite à exécution. Ces bonnes filles, dont les services sont “si bien appréciés aux Etats-Unis, sont connues des RR. PP. qui ‘ seront bien aises d'en rencontrer à la rivière Rouge, pour y seconder les missionnaires dans l’œuvre de la civilisation.” Monseigneur Provencher attendit en vain une réponse du Kentuky, après plusieurs mois, voyant qu'elle n'arrivait pas, il prit la. détermination de s'adresser ailleurs. Le 30 juin 1842, il écrivit à l'évêque de Québec :

“Je n'ai point reçu de réponse du Kentuky au sujet des religieuses que j'avais demandées pendant l'hiver dernier. J'ai prié Mgr Loras, “ évêque de Dubuque, de s'en occuper pour moi. Je lui &i demandé “ son opinion sur les sœurs du Sacré-Cœur, sur les amantes de la # Croix, sur les sœurs de la Charité, pour un diocèse pauvre où ir “n’y à pas à donner une éducation bien relevée. Votre Grandeur “ pourrait essayer de traiter cette affaire avec les évêques des Etats- “ Unis, et essayer de me pousser des institutrices l’année prochaine. “ Je suis sans écoles ; il n’y a pus une fille ici capable de la fare.

“ Situés comme nous le sommes au milieu des protestants, man- “ quer d'école est une chose grave.”

Le 10 juillet, l’évêque de la rivière Rouge écrit de nouveau à Québec pour insister sur l'envoi de religieuses :

“ Tâchez, dit-il, de me procurer des religieuses pour l'année pro- “ chaine. Il y en a de toutes descriptions aux Etats-Unis. Vous “ remettez tout à l’arrivée des jésuites, qui viendront Dieu sait quand:

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