CHAPITRE II
du matin, sans falot; les chevaux sont attachés par (][roupe à un étrier; ils ruent, se dressent, renversent les paquetages et les lances dans la boue; je barbote et nie perds dans la nuit. Le village s'appelle Biesmérée.
Dimanche 16 août. — Le temps s*est éclairci ; je repars avec le régiment. Nous devons cantonner à Maisons-Saint-Géi-ard.
Juste avant d'y arriver, un orage éclate qui nous transperce; l'eau ruisselle dans nos culottes. Je suis aussi mouillé que si j'avais été trempé dans une rivière. Et il faudra coucher comme cela... Et on n'en meurt pas!
17 août. — Dépail, 5 heures. Bivouaquons à Saint-Martin dans un pré, entre deux petites rivières. J'ai le pied gauche
cruellement blesse et, par moments, je ressens une fatigue écrasante, mais il faut marcher quand même. Le bivouac est admirable. De gp'ands feux font chauffer la soupe des pelotons. La petite rivière reluit, toute rouge, et encercle le bivouac; la journée finit, splendide. Des cuirassiers cantonnent un peu plus haut sur la place du village. On les entend chanter la Mar~ seillaise. Nous dormons dans une gi-ange, empilés les uns sur les autres.
19 août. — Le 4' escadron est de reconnaissance. Nous partons seuls, à l'aventure. Nous sommes à cheval toute la journée. Le soir, à Gembloux, nous faisons une entrée triomphale et on nous abreuve de boissons et de nourriture. Les Allemands sont aux portes de la ville, la foule est en délire.
CUAPITUE II kê
Le soleil se couche sans un nuage, rond comme un pain à cacheter. J'oublie la fatig^ue de la journée, nous nous aventurons à travers la plaine et les bois. Le moment est angoissant; nous nous cachons derrière une longue meule de lin; l'ennemi est à quelques centaines de mètres, et toute la nuit nous montons des factions.
J'ai dormi deux heures hier, aujourd'hui la nuit entière se passe debout.
Le froid est cruel. Par moments, mes jambes se dérobent et je manque de tomber à genoux. Nous n'avons mangé que du pain, l'humidité nous pénètre jusqu'aux os. Des taubes passent, semant l'angoisse.
20 aoitt. — Je fais partie de la pointe avec le lieutenant C . . . Nous tirons sur des cavaliers à 600 mètres. L'escadron est
toujours de reconnaissance. La fcitig[ue devient telle qu'on en pleurerait.
Nous nous avançons vers Charleroi, dont les faubourgs ont plusieurs kilomètres de long. Population de mineurs.
Partout des fonderies, des mines, des usines, et pendant deux heures une acclamation perpétuelle. Nous arrivons à un faubourg de Charleroi, fourbus, ne tenant plus en selle. Attente interminable sur la place, la nuit vient. Les campements reviennent; enfin! Mais l'étape n*est pas terminée; on campe à 5 kilomèti'es do là, c'est à en mourir.
Nous arrivons à Landelies. Enfin du repos; nous bivouaquons. Je couche dans un lit pour la première fois depuis trois semaines avec D... Dans un lit, à côté, couche une (grosse vieille dame. N 'impolie, c'est une inoubliable nuil.
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21 aoiH. — Laiidelies; repos. Nous man^jeons à notre faim. Nous pensions avoir toute la journée tranquille et la nuit. A 4 heures, on part par alerte. Nous restons toute la nuit a cheval et arrivons exténués et transis dans un petit villag^e dont j'i(jnore le nom. Les paysans nous donnent du pain. Nous sommes restés toute la journée à cheval.
22 août. — Aurons-nous un peu de repos? Non. Nous ne nous sommes pas couchés de toute la nuit, et nous recommencions. On ne comprend rien aux mouvements que nous faisons. Sommes-nous en retraite? La fatigue devient insupportable. Nous arrivons à Bousig^nies à 3 heures du matin.
Au cours de la route, j'ai perdu mon cheval pendant une halte et me suis ti'ouvé
seul à pied dans la nuit. J'ai eu toutes les peines du monde à rejoindre le peloton en courant. Teint avait suivi l'escadron sans moi.
Dormons deux heures sous la pluie dans un champ de betteraves; repartons à 9 heures. Le canon gronde fort à 20 kilomètres. Tous les paysans émigrent. Ils nous annoncent que Charleroi est en feu.
Et c'est ainsi chaque jour jusqu'à la fin du mois; le 26, nous marchons dans la direction de Cambrai; nous cantonnons à Epehy, que l'ennemi incendie le jour suivant. Les paysans finissent par metti'e eux-mêmes le feu aux moissons pour ne pas les laisser entre les mains de Tennenii.
A Roisel, un train de marchandises tout entier flambe dans la chaleur de midi.
Nous passons à Péronne. Le 28, nous