‹ Étapes et combats; SouvenirsChapitre 18 sur 100 · COMMENT NOUS AVONS TRAVERSÉ LES LIGNES ALLEMANDES · texte numérisé non relu

COMMENT NOUS AVONS TRAVERSÉ LES LIGNES ALLEMANDES

Embarqués de Vei^ailles, nous arrivons le 6 septembre à Saint-Mard, pour tomber en pleine bataille de la Marne. La lutte s'étend autour de nous, d'un bout de l'horizon à l'autre, incompréhensible aux officiers, encore bien plus incompréhensible à nous autres, les simples soldats. La veille, des Loges-en-Josas où nous avons cantonné, on entendait le canon.

Chacun avait l'assurance que Paris serait investi avant deux jours, et puis, brusquement, on nous embarque en chemin de fer, et nous venons échouer à 40 kilo-

mètres au nord-est de Paris, dans T ignorance de tout mouvement, ahuris, dépaysés, n'osant croire possible une retraite de Tennemi qu'on sentait, la veille, au seuil de la capitale.

Pour ma part, je ne conserve des journées du 6 et du 7 septembre, mémorables entre toutes, puisqu'elles virent le début de l'offensive victorieuse des armées de Maunoury, de Foch et de Langle de Cary, qu'un souvenir confus et brûlant.

La chaleur est étouffante. Les hommes, épuisés, couverts d'une couche noire de poussière collée par la sueur, ont l'air de démons. Les chevaux harassés, qu'on ne desselle plus, ont de lar(][es plaies saig^nantes sur le dos. L'air brûle, la soif est intolérable, sans qu'on puisse se procurer une g[outte d'eau. Tout autour de nous le canon tonne. L'horizon

Page 1