CHAPITRE III
est comme encerclé d'une ligne mouvante d*obus qui éclatent, et nous ne savons rien, toujours rien.
Dans la chaleur torride de midi nous allons toujours, sans savoir où et sans savoir pourquoi. Nous passons la nuit, brisés, roulés dans nos manteaux, en plein champ, sans vivres aucuns, souffrant déjà de la faim.
Le lendemain, même journée, passée dans le malaise de l'épuisement physique et de l'inquiétude morale. Parfois, derrière quelque colline, au delà de quelque bois, tout près, une brusque et violente fusillade éclate ; le canon redouble ; on entend le bruit sifflant des balles qui passent très haut, et le fracas des éclatements. Nous nous disons : on se bat là, là et là, à gauche, à droite, partout; à chaque instant notre colonne doit faire de brusques
détours pour éviter le feu de rartillerie, mais nous n*en sommes pas pi us renseignés et nous continuons cette promenade hallucinante sous le soleil torride, tenaillés par la faim, brûlés de soif, et si épuisés de fatigue, que je vois mes camarades se raidir pour ne pas tomber de leurs selles, foudroyés.
Le soleil se couche dans une (jloire que personne ne songe à admirer. Peu à peu, très insensiblement, les bustes s'inclinent jusqu'à toucher les sacoches, et nous cédons à une sorte de torpeur. Puis un long frisson secoue les rangs, et audessus du village de Troène, nous tombons en pleine bataille.
Cela s'est passé si vite que j'en garde une image visuelle seulement. Nous gravissons lentement une colline, dont l'ombre nous cache le soleil couchant, et quand nous débouchons au sommet, nous avons