CHAPITRE IV 9T
tourne vers mes camarades ma tête hallucinée et je m'abats sur l'herbe en criant, en criant comme un possédé des mots sans suite. La fatigue de ces cinq jours sans mang^er et sans boire, presque sans dormir, vivant dans un perpétuel cauchemar, me donne une brutale crise de nerfs, tout mon corps se détend en spasmes de folie; mes camarades me regardent les yeux ronds, n'ayant pas encore compris.
D'un geste, je leur désigne la colonne marchante, dont le bleu pâle est une fanfare dans l'or des feuilles, et tous alors, dès qu'ils ont vu, m'imitent à leur manière; les uns éclatent en brusques sanglots convulsifs et les autres dansent en agitant les bras comme des déments, comme de pauvres êtres plutôt qui ont passé des jours de souffrance et d'angoisse sur un radeau, en pleine mer, et qui
Qg ÉTAPES ET COMBATS
voient brusquement le navire libérateur qui s'approche d'eux.
Nota. — L'illustration de cette cliar(|e a paru dans le numéro du Miroir du dimanche 8 novembre 1914, pa^je 11.