‹ Étapes et combats; SouvenirsChapitre 36 sur 100 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

laçe au bout qui paraît vide. Nous nous concertons un instant hésitants, mais tous répu{}nent à rentrer en forêt. Voici le cinquième jour de jeûne; tant pis, il faut en finir et nous entrons résolument dans une ferme abandonnée. Deux heures nous y restons terrés, scrutant la campagne environnante pour y découvrir trace de vie.

Tout paraît mort. Pas un paysan, pas un civil, pas même un animal, et c'est un supplice de plus que cette attente, mais ce devait être le dernier.

Vers 1 0 heures seulement, là-bas, très loin, j'aperçois la mince chenille noire d'une colonne de soldats qui s'approchent pendant mon tour de garde. Le cœur me bat à me faire sauter la poibnne, mais je me retiens de donner l'éveil aux camarades pour ne pas les leurrer d'un faux espoir. Les yeux me brûlent comme des flammes

et mes dents se choquent. Si ce sont des Allemands, la pailie est perdue. Si ce sont des Français, oh ! alors. . . Et je re^yarde, je re(jarde les yeux exorbités. Par moment, à cause de la tension exa(}érée, tout se brouille et je n'aperçois plus rien, puis la seconde d'après je retrouve la chenille {grandissante dont je connnence à distinguer les détails. Ce sont des escadrons de cavalerie, mais c'est la couleur qui m'échappe encoi'e, et tout mon corps passe d'un froid de glace à une chaleur brûlante. Par moment, je m'efforce de ne pas regarder. Je détourne les yeux et je compte jusqu'à vingt, puis je dévore l'espace.

Une patrouille se détache au trot et s'approche rapidement, et cette fois-ci j'ai reconnu des hussards français.

Alors toute ma volonté de vaincre, tout mon effoii de rester calme disparait. Je

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