CHAPITRE V
truites par le bombardement et par l'incendie, en quête des rares civils qui sont demeurés pendant l'invasion.
Un peu en dehors de la ville, nous trouvons enfin une ferme où sont restés deux habitants dont le contraste est bien touchant : un vieillard paralysé qui n*a pu quitter son clos, et une jeune fille de quinze ans, une petite paysanne frêle, assez laide, dont les étranges yeux verts contrastent avec une toison de cheveux roux admirables, et qui s*est obstinée héroïquement à {jarder le grand-père infirme, bien que tout le reste de la famille eût émigré vei*s l'Ouest, restée fidèle au devoir, malgré le bombardement, les combats qui se sont livrés à sa porte, et les mauvais traitements des soldats bavarois qui ont cantonné dans la ferme. Elle prépare un repas improvisé et elle s'affaire en
lOJ ÉTAPES ET COMBATS
qucte de nourriture, joyeuse et désolée, car ce n'est guère facile de rassasier onze hoiniDes mourant de faim, quand les Allemands ont fait main basse sur tout.
Elle tord le cou d*un poulet étique qui a échappé au massacre, et, en y ajoutant des pommes de terre du jardin, elle nous sert un déjeuner arrosé de vin blanc qui nous fait bégayer de joie comme des enfants. Il faut avoir passé par cinq jours de jeûne, avoir ressenti dans toute leur horreur les douleurs lancinantes de la faim et de la soif, pour réaliser le bonheur qu*on peut éprouver à manger une aile de poulet maigi'C et à boire un verre de piquette, même exécrable.
Elle s'empresse, avec des gestes apitoyés et maternels qui nous vont au cœur, et, pendant que nous mangeons, elle nous fait le plus étonnant récit qui soit, un